La volonté d’un Sénégal émergent : au-delà du discours (Partie 3)


 

Rééquilibrer les pouvoirs ou continuer le mirage de la démocratie 

En mars 2016, le président Macky Sall a convié les Sénégalais à un référendum autour de 15 points. L’idée de cette consultation fut de soumettre au peuple un « package » de réformes tendant à moderniser les institutions et à consolider la démocratie sénégalaise. Il faut reconnaître que certaines propositions allaient dans le sens de ce renforcement. C’est sans doute ce qui a conduit bon nombre de citoyens à voter en faveur de « oui » malgré la polémique sur la durée du mandat présidentiel qui connaîtra finalement son terme en 2019. Le président avait en effet renoncé à son engagement à réduire son propre mandat à cinq ans, ce qui aurait conduit à une élection présidentielle dès 2017. L’élargissement des pouvoirs de l’Assemblée nationale en matière de contrôle de l’action gouvernementale et d’évaluation des politiques publiques est de nature à fortifier la démocratie. L’adoption d’une telle prérogative pour les députés permet d’œuvrer à la mise en place de politiques publiques plus efficaces et en cela le regard du législateur est une excellente chose. Seulement, est ce que les priorités n’étaient pas ailleurs? N’y avait-il pas des priorités en matière de révision de la Constitution qui nécessitait un rééquilibrage des pouvoirs des acteurs de la vie institutionnelle de notre pays.

Un président de la République aux pouvoirs trop larges

La constitution par essence définit le mode d’organisation de l’Etat et de la nation. A l’image des pays africains, le Sénégal n’échappe pas à la figure « tutélaire » du président de la République qui constitue l’alpha et l’oméga de la vie politique. Considérée comme la clé de voûte des institutions, la prééminence de l’institution présidentielle sur les autres entités de la République ne souffre d’aucune contestation au Sénégal. Cette réalité est tellement ancrée dans les mentalités qu’il est usuel d’entendre que le président de la République a envoyé un tel en prison. Le locataire du palais présidentiel concentre tous les pouvoirs et se présente comme un « monarque républicain ». La séparation des pouvoirs ne semble exister que dans la Constitution. Le président de la République est une sorte de « Léviathan » car il exerce un pouvoir hégémonique sur notre vie institutionnelle. Les hommes politiques aiment à rappeler que le président de République nomme aux emplois civiles et militaires. Cela traduit la capacité d’un seul homme à placer des hommes à des postes stratégiques du fait de sa seule décision.

L’heure est venue d’encadrer le pouvoir de nomination du chef de l’Etat dans notre pays. L’Assemblée nationale devrait avoir un rôle crucial à jouer dans le contrôle des nominations. Un dispositif de contrôle parlementaire sur les nominations à certains emplois ou certaines fonctions relevant du président de la République est une « évidence démocratique ». La politisation habituelle de l’administration et les nominations surprenantes pour assurer une réélection entravent le bon fonctionnement des institutions. Une nomination doit être  légitimée par la compétence, la probité et le sens du devoir républicain. Les logiques électoralistes et les calculs politiques ont souvent pris le pas sur l’intérêt général. Cette pratique a encore la dent dure dans nos pays. Il est urgent de constitutionnaliser l’interdiction de mener une activité politique et concomitamment de diriger un service public. Il est également indispensable de constitutionnaliser l’interdiction  pour un membre de la famille présidentielle de faire l’objet d’une nomination ou de se présenter à une élection durant tout le mandat. L’immixtion de la famille présidentielle dans la sphère publique ne crée que de la polémique depuis des années et empêche tout débat de fond dans notre pays.

Une Assemblée nationale plus en phase avec la réalité des Sénégalais

Le sens de l’intérêt collectif se pose également dans le cadre du fonctionnement de nos assemblées. L’Assemblée nationale, haut lieu de la représentation populaire est le réceptacle des projets de lois initiés par l’exécutif. Faut-il croire que nos députés ne sont pas suffisamment outillés pour traduire en proposition de lois les aspirations du peuple ?  Et s’ils se décident à déposer une proposition de loi, il s’agit de régler des questions exclusivement « politiciennes ». Les plus célèbres propositions de lois au Sénégal ont été initiées pour neutraliser des adversaires politiques. La dernière en date est la loi Sada Ndiaye. Elle avait été adoptée en septembre 2008  pour écourter le mandat de Macky Sall alors président de l’Assemblée nationale. Cette loi faisait passer de 5 ans à un an renouvelable le mandat du président de l’institution parlementaire.

Dans notre démocratie, l’apport de l’Assemblée nationale semble insignifiant au regard de la mission qu’elle s’assigne en étant « l’obligée » du pouvoir exécutif. Un certain nombre de facteurs explique cette posture de « chambre d’enregistrement » des moindres volontés du gouvernement. Le premier élément est sans aucun doute le mode d’élection des députés. En effet, au moment du scrutin législatif deux listes sont confectionnées. Il s’agit de la liste nationale et de la liste proportionnelle.

Cette première liste est une aberration pour un pays qui se dit porte étendard de la démocratie en Afrique de l’Ouest. Selon le bon vouloir des appareils politiques en charge d’établir cette liste, n’importe quel individu peut du jour au lendemain se retrouver dans l’hémicycle.  Il est urgent de s’arrimer sur les standards internationaux avec une élection uninominale à deux tours basé sur le découpage du territoire. Ce système est plus en phase avec nos aspirations de démocratie moderne et permettra d’avoir une assemblée représentative.

Les acteurs parlementaires doivent disposer d’un minimum de formation. Ce prérequis est indispensable pour une bonne compréhension des lois et du vote des budgets. Une partie des salaires élevés des députés doit servir aux recrutements d’assistants parlementaires pour leur permettre de mieux répondre aux préoccupations du peuple avec l’élaboration de propositions de lois pertinentes. L’idée d’une Assemblée monocolore ne fait pas avancer la démocratie et ne permet pas de réels débats. Une Assemblée nationale où l’on retrouve plus de 120 députés pour le compte de la mouvance présidentielle sur les 150 que compte l ‘hemicycle indique l’urgence de revoir le système et le mode d’élection. Il est normal que le président nouvellement élu dispose d’une majorité confortable à l’Assemblée nationale pour dérouler son programme. Mais disposer d’une majorité écrasante voire absolue n’est pas une bonne chose pour la démocratie.

Une opposition plus crédible et qui constitue une force de propositions doit inverser cette tendance bien « africaine » à vouloir disposer d’une Assemblée nationale totalement acquise aux désidératas du pouvoir. L’assemblée, lieu privilégié par essence du débat est « minimisée » par les leaders politiques d’envergure qui n’ont qu’une obsession le fauteuil présidentiel.  Une démocratie qui marche, c’est également une Assemblée nationale forte dans le rôle qu’elle joue  et plurielle dans les sensibilités politiques qui la composent. Le 30 juillet 2017, les Sénégalais seront appelés à renouveler leur Assemblée nationale. La mouvance présidentielle et l’opposition devront faire de ce scrutin un moment utile de débats. L’enjeu doit être pour les citoyens la mise en place d’une Assemblée nationale de rupture avec les vieilles pratiques et initier un excellent casting des futurs députés qui vont les représenter au sein de l’hémicycle.

Le renforcement de l’indépendance de la justice

L’indépendance de la justice doit être une réalité au-delà des mots. Aujourd’hui, il existe une méfiance à l’égard de l’institution judiciaire au regard du traitement de certains dossiers ces dernières années. L’article 91 de la Constitution dispose que « le pouvoir judiciaire est gardien des droits et libertés définis par la Constitution et la loi ». Que faut-il penser de cet article lorsque la pratique nous prouve le contraire certains cas . Au Sénégal, il existe ce sentiment d’impunité pour les personnes qui pensent  qu’il est plus facile d’échapper à la justice lorsque l’on dispose de moyens financiers ou de relais d’influence.  

L’Union des magistrats sénégalais (UMS) appelle depuis des années à une réforme de la composition et du fonctionnement du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), pour davantage matérialiser cette indépendance. Il faut relever que cet organe est encore présidé par le chef de l’Etat et que le ministre de la Justice en est le vice-président. Il serait plus judicieux de laisser à la discrétion des magistrats le soin de désigner eux-mêmes les membres de cette structure. Le juge Ibrahima Dème, démissionnaire du CSM a fustigé le manque de transparence dans le choix des magistrats dans une lettre adressée au président Macky Sall. Il a dénoncé « une magistrature sous influence » et rappelé la nécessité d’une « magistrature indépendante et impartiale, démontrant constamment dans ses décisions, que la justice est exclusivement au service de la vérité » (http://bit.ly/2nsv26O ). Un tel acte inédit posé par un juge, membre du CSM, interpelle les citoyens sur la nécessité de bâtir une justice indépendante et  d’assurer un accès égal à la justice pour tous. Ces éléments sont des piliers de la vie démocratique.

Le candidat Macky Sall en 2012 dans son programme « Yonnu Yokuté » avait soulevé une idée intéressante pour redorer l’image du Conseil constitutionnel. Il proposa une réforme portant sur le nombre et le mode de désignation des membres de cette institution. Il suggéra le  passage de cinq à sept  membres dont trois seront nommés par le président de la République parmi lesquels le président du Conseil, ensuite un par la majorité parlementaire, un par l’opposition parlementaire et deux par le Conseil supérieur de la magistrature. Lors du référendum du 20 mars 2016, cette réforme a été mise en placard au profit de la désignation par le président de l’Assemblée nationale de deux des sept membres du Conseil constitutionnel.

Le Sénégal a toujours connu un président de la République et un président de l’Assemblée nationale issus de la même mouvance présidentielle. Il est difficile de voir l’avancée démocratique et l’intérêt de cette réforme dans le système politique actuel. On ne peut imaginer un président de l’Assemblée nationale proposer des personnalités qui ne rencontreraient pas l’assentiment du président de la République. Le renforcement de la transparence du Conseil constitutionnel aurait également consisté à généraliser la publicité des débats et la publication des avis contraires éventuels (opinion dissidente) de certains membres. Le Conseil constitutionnel a un rôle important dans le système juridique de notre pays.

Les citoyens au cœur du jeu démocratique

Dans une situation ou l’équilibre des pouvoirs semble difficile à mettre en place, les organisations de la société civile doivent pleinement jouer leur rôle de sentinelle. Le citoyen, dans ses choix doit s’assurer que les meilleurs profils sont présents à tous les niveaux de l’Etat. Il doit mettre la même énergie dans le choix du président de la République que dans celui du député et du maire. On constate que les citoyens sont moins intéressés par les élections intermédiaires (élections législatives et communales) avec un niveau d’abstention qui ne cesse de progresser. En réalité, le citoyen est le « maître du jeu » démocratique mais cette conviction n’est pas la chose la mieux partagée au Sénégal et dans le continent. Souvent, nous voyons des citoyens qui sont impuissants face aux agissements de la classe politique. L’impression que donne le personnel politique est celle de disposer d’un « blanc-seing ». Le moment le plus redouté par les politiciens est la période électorale où ils cherchent toujours à donner des gages aux citoyens.

Les citoyens doivent reprendre la main sur la gestion des affaires publiques avec un suivi permanent des politiques publiques dont ils sont les bénéficiaires. La société civile doit initier de meilleures stratégies de mobilisation des citoyens sur les questions essentielles. Elle doit encore et toujours expliquer la force que peut constituer la carte d’électeur.  L’indignation et la mobilisation des citoyens sur les réseaux sociaux et dans les médias, à la suite de la panne de l’unique appareil de radiothérapie du service de cancérologie de l’hôpital Aristide le Dantec (Dakar) a été une démonstration pertinente du pouvoir de ces derniers à provoquer un changement immédiat. Des Sénégalais se sont même mobilisés pour prendre en charge l’évacuation des malades à l’étranger avec une chaîne de solidarité traduite par une campagne de financement participatif. Le gouvernement n’a eu d’autre choix que de se justifier et de procéder rapidement à l’achat de nouvelles machines. Il faut que se reproduisent dans notre pays des « 23 juin citoyennes » pour rappeler aux acteurs publics leur devoir de servir l’intérêt général. Thomas Jefferson disait que « le peuple est le seul censeur de ceux qui le gouvernent».

Babacar Ndiaye, le 29 mars 2017

La volonté d’un Sénégal émergent : au-delà du discours (Partie 2)


Administration sénégalaise

Révolutionner l’administration sénégalaise 

Il semble illusoire d’envisager une quelconque émergence sans la mise en place d’une administration de qualité. Le corps administratif sénégalais dans son ensemble doit être le reflet de cette volonté d’aller vers le changement. Révolutionner l’administration est une condition sine qua none. Jean Jaurès disait  qu’« il ne peut y avoir de révolution que là où il y a conscience ». L’heure est venue pour l’administration sénégalaise de faire sa mue. Il est inconcevable  de perdre des journées de travail pour la délivrance d’un acte administratif. La nécessité d’un contrôle accru des agents  (du directeur au préposé au nettoiement) et la mise en place d’un contrat de performance avec les administrés sont des outils nécessaires pour corriger les tares de l’administration sénégalaise.

Il est urgent de replacer le citoyen au cœur de l’appareil administratif et de mettre en œuvre toutes les dispositions allant dans le sens de sa satisfaction.  La ponctualité, la rigueur et la célérité dans le traitement des dossiers doivent être les maîtres-mots de cette nouvelle administration au détriment de l’absentéisme , des lenteurs et de l’inefficacité. La mise en place effective de sanctions à l’encontre des agents en cas de manquement devient un outil de management indispensable pour bénéficier d’une administration de qualité.   Il est nécessaire de revoir le système de recrutement des agents de l’administration. La compétence doit être le principal critère pour prétendre à un emploi dans la fonction publique.

La vitalité économique d’une nation dépend de la capacité de son administration à s’ adapter aux changements, à les anticiper et à répondre efficacement aux besoins des populations. Il nous  faut bannir les pratiques telles que la mise en avant de liens personnels pour voir son dossier  être traité en priorité. En effet, dans le cadre de dépôts de dossiers, il est trivial d’entendre cette phrase «  je viens de la part de tel…. Ou tel nous a mis en relation ». Dans un autre registre, il est usuel de se voir rétorquer que le document n’a pas encore été signé par le directeur. Dans l’administration, certains bureaux constituent «l’arbre à palabre» au détriment du citoyen qui est confiné dans une situation d’attente indescriptible. Il est temps que les agents de l’administration sénégalaise comprennent le sens et la mission du service public.  Lorsqu’on occupe un poste dans l’administration en totale inadéquation avec ses compétences, le citoyen sénégalais est le premier à ressentir les méfaits et les dysfonctionnements.

Pour un contrôle de la qualité des services rendus aux usagers, l’Etat devrait mettre en place un organe de surveillance sur cette question essentielle. Il regrouperait des usagers et des membres de l’administration et aura pour  mission de recevoir les griefs des administrés afin d’identifier les structures défaillantes et situer les responsabilités. L’utilisation des Techniques d’informations et de communications (TIC) peut faciliter ce contrôle citoyen avec une remontée rapide des informations. Pour qu’une telle action soit efficace, il est primordial que l’Etat joue sa partition aux côtés des citoyens. Lors du premier forum sur le financement des projets de Partenariat public-privé (PPP) qui s’est tenu à Dakar au mois de mai 2014, le président Sall invita l’administration à faire sa mue. Pour amorcer cette phase de modernisation, la culture de la sanction en cas de manquement doit être la règle de conduite à tous les niveaux. Une administration débarrassée de tous ces tares et constituée de personnes dont la seule volonté est servir les intérêts des citoyens est seul gage d’avancées significatives. Révolutionnons notre administration.

Babacar Ndiaye, le 31 août 2016

 

La volonté d’un Sénégal émergent : au-delà du discours (Partie 1)


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Un changement radical de mentalité

Le premier pas vers l’émergence est un changement de mentalité et de comportement.

Chaque Sénégalais à son niveau doit incarner cette soif de développement. Le premier levier sur lequel les nouvelles autorités porteuses du projet « Sénégal émergeant » devaient s’appuyer  est la dissémination d’une telle ambition. Si toutes les couches de la population ne sont pas suffisamment imprégnées des objectifs du plan et ne sont pas impliquées dans les processus de transformation, alors il ne s’agira que d’un vœu pieux.  La volonté de changement et de progrès  ne peut être portée que par une élite. Il ne s’agit pas d’étaler une liste d’infrastructures réalisées ou  d’agiter les chiffres de la croissance qui n’ont pas d’emprise réelle sur le vécu des populations. La question d’un nécessaire changement de mentalité des Sénégalais et de leurs rapports à la citoyenneté et au civisme ne peut plus être éludée. Le constat est alarmant et impose des actions concrètes.

Les gouvernants doivent agir sur le comportement des populations. Ils doivent constituer des modèles en toutes circonstances et être irréprochables dans la gestion du bien commun. Montesquieu disait que « le plus grand mal que fait un ministre n’est pas de ruiner son peuple, il y en a un autre mille fois plus dangereux : c’est le mauvais exemple qu’il donne ». Les années Wade ont parfaitement illustré cette perte des valeurs.   La parole donnée perdit sous sa gouvernance son caractère sacré. Le poète anglais Edmond Spenser disait que « l’amour est plus précieux que la vie ; l’honneur plus que l’argent : Mais plus précieux que tous deux, la parole donnée ». Les valeurs qui constituent le socle de nos sociétés tendent à disparaître au profit de la facilité.

Au soir du 25 mars 2012, le président Macky Sall avait l’occasion unique d’inviter les sénégalais à une véritable introspection. Chaque citoyen devrait s’interroger sur ses actes au quotidien et la portée qu’ils peuvent avoir sur la construction nationale. Les maîtres mots de cette nouvelle alternance devaient être la « discipline » et le « travail ».  Ce nouvel état d’esprit devait être reflété à tous les étages de la société. Le socle de l’émergence est le travail. Cette valeur  est proclamée à tous les niveaux de la société mais elle  n’est pas assez ancrée dans la mentalité sénégalaise. Ces dernières années, une nouvelle conception est apparue concernant l’argent. En effet, une idée répandue voulait que l’argent ne soit pas le fruit du travail mais plutôt le fait de ruses et de jeux de dupes.

Le président Macky Sall lors d’un séminaire de la mouvance présidentielle en 2014 relevait à juste titre la propension des Sénégalais à faire la fête en toutes circonstances et à ne pas travailler assez. Ce constat ne souffre d’aucune contestation.  Pourtant, il est fréquent de voir l’Etat mobilisé des milliers personnes pour des cérémonies en tous genres aux heures de travail. La sobriété tant proclamée par les tenants du pouvoir s’efface au profit de grande mobilisation pour des inaugurations. Lors des remaniements ministériels ou de changements de direction, on assiste à des spectacles navrants au moment des passations de service. Un folklore indescriptible entoure ces moments de solennités dans l’administration. « Le succès de la Malaisie c’est le travail » affirmait l’ancien premier ministre malaisien Mahathir Ibn Mohamed lors d’un colloque à Riyadh en janvier 2009.

La marche vers l’émergence nécessite un écosystème favorable et un ensemble de pré requis.  Aucun pays ne peut espérer atteindre des progrès significatifs sur le plan économique et social  sans une discipline marquée des différents segments de sa population. Au pays de la téranga, l’indiscipline est érigée en règle de conduite. Il suffit d’observer le comportement des sénégalais sur les routes. C’est sans doute l’exemple qui illustre le mieux le manque de discipline notoire des populations. Il est fréquent de voir  sur les artères de Dakar des gros camions transportant à ras bord des matériaux croisant des charretiers au détriment de l’automobiliste qui ne doit à sa survie qu’à une vigilance de tous les instants. Certains piétons prennent des risques inconsidérés tous les jours en traversant  des autoroutes. Ce type de «spectacle» est devenu banal et revêt même une forme de normalité. Les accidents se multiplient sur les routes de Dakar et du Sénégal.

L’autre spectacle le plus navrant est la désinvolture avec laquelle les Sénégalais jettent dans les rues les sachets ou papiers après utilisation. Pour certains, la seule règle qui prévaut dans les espaces publics c’est qu’il n’y a pas de règles. Avec un tel niveau d’insouciance de la préservation de son cadre de vie, il est difficile d’envisager un quelconque changement dans des villes insalubres.

Une prise de conscience est nécessaire à tous les niveaux de la population. La volonté de changer les choses doit être le plus puissant ciment  de notre nation et cela commence par une remise en question de nos mauvaises habitudes. A l’image de pays asiatiques comme Hong Kong ou les dirigeants ont su changer les mentalités et créer des réflexes de « haine » contre la corruption, nous devons refuser de relativiser les faits d’indiscipline et d’incivisme. Chaque Sénégalais doit être l’artisan  de ce changement. Nous ne devons plus nous contenter de cette situation de fatalité et le discours ambiant que consiste à nous faire croire que le changement est une utopie. Posons les actes.

Babacar NDIAYE, le 31 aôut 2016

La volonté d’un Sénégal émergent : au-delà du discours


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« La grandeur d’une nation ne se mesure pas uniquement à sa taille, c’est la volonté, la cohésion, la vigueur, la discipline de son peuple et la qualité de ses dirigeants qui lui assurent une place honorable dans l’histoire. » Lee Kuan Yew, le père de l’indépendance de Singapour

 

Ces  trois dernières années, le terme le plus utilisé au Sénégal est « émergence ». Le président Macky Sall élu triomphalement en 2012 affiche l’ambition de propulser le Sénégal dans le cercle des pays émergents d’ici une vingtaine d’années. Le Plan Sénégal Émergent (PSE) est présenté comme le tableau de bord devant permettre l’atteinte de cet objectif. Dés sa diffusion en 2014, ce document a fait l’objet d’attaques et de critiques car  son élaboration a été confiée à un cabinet étranger. Le premier pas vers l’émergence est sans doute de faire confiance à l’expertise sénégalaise pour définir un tel plan d’action. Mais les gouvernements africains ont toujours ce réflexe de faire appel à l’occident pour dessiner une vision.

Il faut tout de même saluer la pertinence d’un tel projet qui a pour objectif d’inscrire le Sénégal sur les rails de l’émergence à l’horizon 2035. Fixer un cap avec des échéances précises a souvent manqué dans les politiques publiques de notre pays. Le contenu du PSE est discutable et son mécanisme de financement est somme toute classique. Une fois de plus les autorités sénégalaises se sont présentées à Paris devant les bailleurs de fonds  pour contracter une dette qui engagera les générations futures. Depuis les indépendances, le Sénégal est l’un des pays de l’Afrique de l’Ouest à avoir reçu le plus d’aide de l’Occident et des institutions de Bretton Woods.

Dans la décennie 2000 à 2010, notre pays a bénéficié de toutes les formes d’aides existantes auprès de ses partenaires traditionnels.  A ce titre, il faut citer l’initiative renforcée en faveur des Pays pauvres très endettés (Initiative PPTE) et plus récemment l’Initiative d’allégement de la dette multilatérale (IADM).  La volonté de passer à l’étape de l’émergence suppose tout d’abord une indépendance financière et la capacité de faire  preuve de créativité dans la mise en œuvre des stratégies. Aucun pays dans le monde n’a atteint l’émergence avec uniquement des prêts contractés auprès de bailleurs étrangers. Hélas! Nous tombons toujours dans le piège sans fin de l’endettement.

Un pays comme le Rwanda a choisi de prendre le chemin inverse pour atteindre les résultats que nous voyons aujourd’hui. Le président Paul Kagame a fait le pari de développer son pays sans le soutien de la communauté internationale, en invitant les populations à relever ce défi. Clay Parker, le directeur général de Bridge2Rwanda, une Organisation non gouvernementale (ONG) dans le développement économique expliquait en ces termes la réussite actuelle de Rwanda. «Le style de management est construit à partir d’un minimum de bureaucratie et d’un maximum de protection. Les gens veulent apprendre et travailler dur. Ils veulent être innovants et ne pas être en concurrence avec l’Afrique mais avec le monde entier ». Kagame porte incontestablement une vision pour son pays. Les performances actuelles  sur le plan économique le montrent à suffisance.

Celle du président Sall déclinée à l’origine dans son programme de campagne intitulé le « chemin  du développement » a fait place au « Plan Sénégal émergent ». Jean Jaurès disait que « quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots ». Installer dans l’imaginaire collective qu’un nouveau programme va impulser une nouvelle dynamique de changement avec des travaux pharaoniques et des investissements à coup de milliards est somme toute  classique. Je me souviens encore d’une rencontre en 2011 au King Fadh Palace et les déclarations de l’ancien président Wade qui annonçait le Sénégal aux portes de l’émergence. Il faudrait d’ailleurs demander à nos dirigeants de nous dire ce qu’ils entendent par « émergence ». La manipulation de concepts et de mots  dans l’air du temps devient insupportable. Nous parlons d’un pays qui conserve les mêmes marqueurs depuis des années.

La maîtrise de l’eau et de l’électricité n’est pas assurée aux populations sénégalaises en 2016 alors qu’elles constituent les bases même de cette émergence tant chantée. L’ épisode du tuyau défectueux de Keur Momar Sarr en 2014 avait paralysé la distribution en eau de la capitale sénégalaise pendant plusieurs semaines. Cette situation a démontré la fragilité de l’Etat à fournir le besoin le plus primaire. Cet article a pour objectif de dégager des pistes de solution sur le Sénégal qui dit-on a choisi d’emprunter le chemin de l’émergence. Il sera décomposé en plusieurs parties correspondant à des réflexions sur les préalables à cette émergence.

Babacar Ndiaye, le 30 août 2016

 

 

 

Lutter contre la corruption c’est asseoir la crédibilité de l’OFNAC et de ses rapports


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En 2012, le nouveau président élu Macky Sall fit de la lutte contre la corruption son cheval de bataille avec la création d’une structure dédiée à cette mission au Sénégal. L’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC) vit le jour avec à sa tête Madame Nafi Ngom Keita de l’Inspection générale d’Etat (IGE). L’ambition avouée de cette nouvelle  structure est de contribuer à la mise en place d’une gouvernance vertueuse et sobre prônée par le nouveau pouvoir. La première mission de la nouvelle équipe fut de recevoir la déclaration de patrimoine des autorités étatiques.

Les résistances et les entraves à la bonne exécution de cette mission furent multiples. Certains ministres et responsables de service public avaient refusé de se soumettre à cette exigence légale. Les médias sénégalais avaient fait état de menaces de certaines autorités à l’encontre de la présidente de l’OFNAC.  Ce premier signal a montré à suffisance la complexité de la tâche du nouvel organe en charge de la lutte contre la corruption. A ce jour, personne n’est en mesure de dire si toutes les autorités concernées ont effectué leurs déclarations de patrimoine. Le Sénégal brille encore par sa capacité à mettre en place des institutions qui sur le papier contribuent au renforcement de notre démocratie mais dans la pratique ne répondent pas aux attentes.

L’OFNAC n’échappe pas à cette règle. Personne ne peut douter de la motivation et de l’enthousiasme de Nafy Ngom Keita à conduire à bien sa mission. Mais ceux qui l’ont nommée avaient-ils réellement l’intention de faire de l’OFNAC une institution crédible de lutte contre toutes les formes de corruption. La polémique actuelle avec le départ précipité de madame Keita de la tête de l’institution montre la difficulté de venir à bout de la corruption sous nos cieux. La volonté est proclamée partout mais les actions d’envergure qui témoignent d’un sentiment réel de lutte contre la corruption sont peu visibles.

Lors de sa passation de service avec la nouvelle présidente, madame Ngom Keita a eu des mots justes. Elle a affirmé que  « la difficulté du combat contre la corruption est que les corrupteurs et les corrompus utilisent la force financière obtenue grâce à cette même corruption pour nous combattre ». Cette phrase a particulièrement retenu mon attention. Le premier rapport d’activités (2014-2015) de l’OFNAC a pointé du doigt des faits de corruption dans les secteurs de l’éducation, de la santé, des impôts, de l’emploi, des collectivités locales, des transports terrestres et des marchés publics (http://www.wathi.org/laboratoire/choix_de_wathi/rapport-public-dactivites-2014-2015-office-national-de-lutte-contre-fraude-corruption-ofnac-senegal-partie-2/)

Il est dommage de constater que la presse nationale n’a pas suffisamment exploité les éléments de ce rapport. Elle tombe toujours dans le piège de l’actualité dictée par le pouvoir. Et si le départ de madame Ngom Keita était une diversion pour « noyer » le rapport et détourner l’opinion des éléments constitutifs de ce document ? La gestion des résultats du rapport par les autorités et le sort réservé à sa présidente concourent à décrédibiliser  l’OFNAC. Il ressort de cet épisode que les manquements identifiés dans l’administration sénégalaise et les faits présumés de corruption relevés par l’OFNAC ne semblent pas être la préoccupation première des autorités.

Lutter contre la corruption semble se réduire à un slogan au moment où des sanctions étaient attendues contre les personnes qui ont été épinglées dans le rapport. Quelle attitude doit avoir le citoyen face à cette situation et quel regard porter aujourd’hui sur l’OFNAC ? Son utilité est clairement remise en cause car la décision de mettre fin aux fonctions de l’ex-présidente avant son terme interpelle sur la volonté réelle de lutter contre la corruption.

Asseoir la crédibilité de l’institution et de son rapport annuel est le premier pas significatif dans cette lutte contre la corruption sinon elle sera un organe budgétivore de plus au Sénégal. Les organisations de la société civile doivent effectuer un travail de sensibilisation auprès des populations sur la mission de l’OFNAC et sur les résultats des rapports de l’institution. Cette mobilisation citoyenne autour de la question de la corruption est indispensable pour pousser les gouvernants à prendre les mesures adéquates lors de la publication des rapports annuels de l’OFNAC.

 

Babacar Ndiaye, le 24 août 2016

 

Sénégal : est-ce un simple référendum ?


MACKY

Certains amis et lecteurs de mon blog m’ont invité à donner mon point de vue sur le référendum du 20 mars 2016. J’ai écouté les arguments des deux camps qui s’opposent actuellement à travers diverses stratégies. La classe politique sénégalaise a cette faculté de plonger le pays dans une campagne électorale permanente. Le référendum a des allures d’élection présidentielle avec une agitation politique indescriptible.

La décision du président Macky Sall de poursuivre son mandat jusqu’en 2019 cristallise tous les débats. Pour rappel, ce dernier entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2012 avait pris l’engagement de réduire le mandat en ramenant le quinquennat et de se l’appliquer en cas de victoire. Il faut également rappeler le contexte dans lequel cet engagement avait été pris et séduit bon nombres d’électeurs. Le président Wade martelait qu’il lui fallait 3 ans pour finir ses chantiers. Le candidat Moustapha Niasse parlait d’un mandat unique de 5 ans. D’autres hommes politiques soulevèrent la proposition d’un mandat de transition. C’est dans cette surenchère d’annonces que le candidat Macky Sall prit l’engagement de restaurer le quinquennat. Cet engagement a été réitéré dans les premières heures de l’alternance au Sénégal et dans de nombreuses rencontres dans le monde.

« Le référendum a des allures d’élection présidentielle avec une agitation politique indescriptible ».

La volonté de rupture a été clairement exprimée et la nécessité de placer le Sénégal sur les rails du développement semblait animer le nouveau président. Quatre ans après, que s’est il passé pour qu’il prenne le risque politique de se détourner de son engagement. Je ne vais pas aborder ici le débat juridique qui à mon sens n’est pas pertinent dans le contexte. Les plus éminents juristes du Sénégal ont renvoyé à ses contradictions le « juriste du président ». Il faudra également que l’on s’interroge un jour sur le droit constitutionnel sénégalais et  la capacité de certains juristes de défendre des positions en fonction de l’intérêt du moment. La précipitation du camp présidentiel à organiser le référendum est également incompréhensible. La sérénité devrait regagner l’entourage du président dont les ministres et conseillers sont tous devenus des « constitutionnalistes ».

L’élément qui me parait le plus essentiel dans cette décision du président est le non respect de l’engagement pris en 2012. Le respect de la parole donnée est une valeur africaine, dans certaines régions il est plus important que l’écrit. Nos sociétés sont marquées par sa sacralité à plus forte raison lorsqu’elle émane du dirigeant. Le fameux reniement du Président Wade a davantage décrédibilisé la parole politique. Une atmosphère de défiance entoure constamment les déclarations des hommes politiques. Dans la rupture prônait par le président Sall, les termes de vertu et d’éthique sont souvent revenus. Le contexte dans lequel il prend cette décision ne peut pas être détaché de tous ses discours sur les valeurs.

L’impression que l’on peut avoir de ce changement intervenu dans le discours du président est l’éternel « petit calcul politique ». A mon avis il y’ a un élément que les hommes politiques n’intègrent pas suffisamment dans leurs rapports au pouvoir. Il s’agit du facteur temps notamment la rapidité du mandat et la réalisation des  nombreux d’engagements pris durant la campagne électorale. Ils donnent souvent le sentiment de pouvoir tout régler durant un mandat avec des programmes qui n’ont aucune emprise sur le réel. Il est dommage que la décision du président intervienne après 4 ans d’exercice du pouvoir. La séquence temporelle dans laquelle s’inscrit cette annonce ne peut laisser personne indifférente.

On a l’habitude de dire que tout président nouvellement élu jouit d’une période de grâce. Durant cette période, les populations qui l’ont élu sont plus conciliantes. Sans doute, il aurait fallu évacuer la question de la durée du mandat durant cette séquence. Mais durant de nombreux mois le président n’a eu de cesse de réaffirmer son intention de réduire son mandat. En se donnant deux ans de plus, le  président aura à cœur d’inclure dans son bilan les projets en cours. On est toujours dans cette posture qui consiste à vouloir régler toutes les questions dans une séquence temporelle très courte. Cela pousse évidemment les autorités en place à agir de manière imprévisible et à s’accorder toutes les chances pour obtenir un second mandat. En définitif, le diktat ou la pression du second mandat pousse à la faute de nombreux dirigeants qui s’enferment dans des calculs et s’adonnent à de la « politique politicienne ».

Le citoyen sénégalais est choqué de voir à chaque changement le président s’entourer des personnes qui l’ont jadis combattu. Ce que l’on appelle communément « transhumance » au Sénégal est une pratique qui a la dent dure malgré le perpétuel discours de rupture. Ou est la rupture lorsqu’on observe que des figures marquantes de l’ancien pouvoir rejoignent une à une la mouvance présidentielle et sont nommées à des postes importants. Mieux, aujourd’hui ils appellent à voter pour le  « oui » alors qu’ils étaient les partisans d’un retour au septennat en 2008 sous Wade. Sans doute, seront ils recasés au Haut Conseil des Collectivités Locales, une institution budgétivore de plus.  La classe politique doit apprendre à respecter le peuple sénégalais. Le philosophe Emmanuel  Lévinas disait que « La politique doit pouvoir toujours être contrôlée et critiquée à partir de l’éthique ». Il semble que dans notre pays  l’éthique ne soit pas le principal marqueur de la classe politique.

« En se donnant deux ans de plus, le  président aura à cœur d’inclure dans son bilan les projets en cours. On est toujours dans cette posture qui consiste à vouloir régler toutes les questions dans une séquence temporelle très courte ».

Les conséquences de ce référendum seront nombreuses sur l’échiquier politique. Dans cette période de confrontation entre les partisans du « oui » et du  « non ». Les deux camps gagneraient à davantage expliquer aux populations les enjeux. Il est incontestable que le point le plus attendu de ce référendum fut la réduction du mandat présidentiel actuel. La déception de certains sénégalais est grande. Mais il faut reconnaître que certains points soumis au référendum peuvent constituer des avancées démocratiques. Il est toujours bon de consolider une démocratie avec l’intégration de nouveaux droits. La question du « reniement » du président Sall pourra être réglée ultérieurement par les citoyens qui jugent qu’il a failli à sa parole. Le premier temps fort sera les élections législatives de 2017 en l’installant dans le système de la « cohabitation ». Le second temps fort est l’élection présidentielle de 2019, les populations auront la latitude de le pousser vers la sortie.

Les partisans du « non » favoriseraient le statut quo en cas de victoire avec une constitution qui restera inchangée. Non seulement le président Macky Sall poursuivra son mandat de sept ans mais le prochain président qui sera élu en fera de même. Le « non » expose à deux mandats successifs de sept ans, celui en cours et le prochain. Cela devra être bien expliqué au Sénégalais.  La volonté de vouloir sanctionner le président Sall à tous prix suffit-elle pour faire ce choix. Il est certain qu’un « Non » le délégitimerait et l’affaiblirait pour le reste de sa présidence.

« La cohabitation sera possible à l’avenir au Sénégal. La poursuite du mandat de 7 ans peut créer dans le temps cette situation inédite ».

La cohabitation sera possible à l’avenir au Sénégal. La poursuite du mandat de 7 ans peut créer dans le temps une situation inédite. Il est possible que le Sénégal connaisse des séquences de cohabitation. En 2017, nous aurons des élections législatives et si le président Sall venait à perdre cette élection, nous serons dans un cas de figure nouvelle. Le président sera obligé de composer avec une majorité nouvelle et le premier ministre issu de cette mouvance  sera à ce moment charger de définir la politique de la nation.  Habituellement et de façon mécanique lorsqu’il y’a concordance sur la durée des mandats entre celui présidentiel et législatif, le président dispose d’une majorité confortable pour dérouler son programme.

Dans le cas d’espèce, nous allons avoir des élections législatives qui ne vont plus coïncider avec celle présidentielle. C’est le système des élections à mi-mandat qu’installera cette nouvelle donne. Cette situation peut avoir un intérêt  remarquable pour le citoyen qui pourra sanctionner le président en place après quelques années de pouvoir en le cantonnant dans le rôle « d’inaugurer les chrysanthèmes ». Le président qui perdra la majorité aux élections législatives du fait du peuple sera affaibli jusqu’à la fin du mandat et n’aura plus d’emprise sur la politique menée au Sénégal. Le centre névralgique du pouvoir sera la primature.  Attendons le 20 mars pour connaitre l’issue de cette consultation et le choix des sénégalais.

Babacar NDIAYE, le 15 mars 2016

 

 

 

Nous sommes tous concernés par la question du terrorisme en Afrique de l’Ouest


Le magazine de l’Afrique 54 Etats  http://www.54etats.com/actus/article/en-kiosque-le-1-mars-tous-unis-contre-le-terrorisme-2672/  consacre son dernier numéro (mars 2016) à la menace terroriste. Vous aurez sans doute l’occasion de lire mon entretien dans le format papier. En attendant je vous propose une série de questions sur cette thématique et mes analyses.

Bonne lecture

 

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Aqmi, Boko Haram, Daech, Boko Haram et Shebab, le continent africain épicentre du terrorisme mondial ?

1) Quel dénominateur commun entre ces différents groupes ?

Le dénominateur commun qui pourrait exister entre ces différents groupes terroristes est la capacité à constituer une menace permanente pour l’Afrique. Chacune de ces organisations à la volonté d’instaurer un califat ou un Etat islamique dans la partie ou elle est implantée. Selon l’Institute for Economics and Peace (IEP), dans son rapport sur le terrorisme (Global Terrorism Index 2014), Aqmi, Boko Haram et Al-Shebab figurent dans le top 10 des groupes les plus actifs, violents et meurtriers depuis leur création. Cette indication montre le niveau de dangerosité de ces groupes terroristes qui ont déstabilisé des pays et des régions. Ces derniers contrôlent des pans entiers de territoires.

Aqmi est un acteur majeur dans la déstabilisation de l’Etat malien avant l’intervention française en 2013. Il étale ses « tentacules » du nord de l’Algérie au nord du Mali. Boko Haram est présent sur le nord-est du Nigeria. Les Shebab ont  contrôlé pendant des années la capitale et des villes de la Somalie. Depuis l’intervention de la force de paix de l’Union africaine (Amisom), ils sont plus présents dans les zones rurales du sud du pays. Plusieurs groupes djihadistes disséminés en Afrique du Nord ont rejoint les rangs de Daech ces derniers mois. Ils sont localisés en Libye, en Algérie, en Egypte, en Tunisie. Depuis quelques années, le continent africain est devenu le centre de gravité du terrorisme mondial.

L’autre dénominateur commun est assurément les moyens considérables à la disposition des groupes terroristes. En effet, ces moyens colossaux provenant de diverses sources de financements renforcent la présence et la capacité de nuisance des groupes djihadistes dans la région. Pendant des années, l’enlèvement d’otages a représenté pour des mouvances islamistes comme le Mujao et Aqmi l’activité la plus lucrative. Ce qu’on appela  « l’industrie de l’enlèvement » a généré des millions de dollars pour ces groupes. En 2011, Aqmi demandait à la France pour la libération de quatre otages enlevés en 2010 à Arlit sur un site d’extraction d’uranium dans le nord du Niger la somme faramineuse de 90 millions d’euros. Le paiement des rançons des premiers otages au sahel par les occidentaux a modifié considérablement le rapport de force. Boko Haram a pu constituer un « trésor de guerre » avec de nombreux braquages de banques et le paiement de droits de protection d’hommes politiques et de particuliers fortunés au Nigéria.

Daech pèserait  2 200 milliards de dollars selon une étude récente du Centre d’analyse du terrorisme (CAT) et constitue la « première puissance » du terrorisme mondial. Cette somme astronomique provient des ressources pétrolières et de l’impôt qui est prélevé dans sa zone d’activité en Syrie et en Irak.

A cela, il faut ajouter les trafics en tout genre auxquels s’adonnent les groupes terroristes. Cela nous amène à nous poser la question suivante. Que reste t’il de l’idéologie qui sous-tend l’action des terroristes face à des pratiques qui relèvent plus de la criminalité que du « djihadisme » ?  Est-on toujours dans le « terrorisme idéologique » ou dans une forme de « banditisme organisé » ? Il semble que le quotidien de certains groupes islamistes est plus devenu celui de réseaux criminels portés sur le blanchiment d’argent, le trafic de cigarettes, d’armes légères, d’essence, de drogue et les filières d’immigration clandestine.

2) Pourquoi sont-ils si présents en Afrique ?

Plusieurs facteurs  favorables expliquent la présence de divers groupes terroristes en Afrique. Le premier facteur est celui géographique. La bande sahélo saharienne du fait de son immensité a constitué un lieu d’implantation pour ces groupes. C’est une zone faiblement peuplée avec de grands espaces désertiques et montagneux. Le territoire vaste et aride s’étend sur 8 millions de kilomètres carrés  et présente des conditions de vie difficiles. Une grande partie des populations installées dans le Sahara sont des nomades qui ont pour principale activité le commerce. La mobilité des ces populations que l’on retrouve dans les différents pays rende le contrôle des frontières ardu. En réalité, la notion d’intangibilité des frontières s’applique difficilement dans la région pour ces populations. La faible présence de l’Etat dans la bande sahélo-saharienne dû à l’immensité de la zone de contrôle constitue un sérieux handicap dans la lutte contre le terrorisme.

La zone est aussi caractérisée par ce contraste, d’une part nous avons des centres politiques et économiques situés au sud des territoires et d’autre part, des zones périphériques faiblement peuplées localisées dans les régions septentrionales. Les écarts démographiques dans les pays du sahel entre les zones urbaines et le reste du territoire constituent un déséquilibre considérable. La capitale malienne Bamako concentre plus de 1,5 million d’habitants, soit 12% de la population, tandis que la moitié nord du pays est très peu peuplée.

Sur le plan socio-économique, nous sommes en présence d’Etats aux « économies modestes » qui ne peuvent à eux seuls soutenir une réelle action d’envergure face au péril islamiste. Les groupes terroristes, notamment Al Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) ont  su profiter des  faiblesses structurelles des Etats de l’arc sud-sahélien pour s’implanter et agir en toute impunité. Dans certaines situations, ils ont pris le relais de l’Etat dans la fourniture de services sociaux de bases aux populations locales. Certaines régions sont marquées par la défaillance des pouvoirs centraux qui se traduit par une absence de politiques publiques dans les espaces éloignés des capitales.

Sur le plan de la gouvernance politique, certaines populations semblent être « déconnectées » du pouvoir central. Les questions récurrentes de corruption et d’enrichissements illicites ont créée une « dilacération » entre les gouvernants et les populations dans les zones les plus reculées. Le manque d’exemplarité de certains dirigeants de la région dans la gestion des deniers publics est un élément du discours radical transmis à une frange de cette jeunesse désœuvrée. Cela renforce un sentiment de repli identitaire et d’exclusion sociale. Un profond sentiment d’abandon anime ces populations qui estiment  que les élites sont loin de leurs préoccupations quotidiennes. Boko Haram avait érigé en « élément de langage » cet aspect peu reluisant de certains dirigeants nigérians cités dans les affaires de corruption.  Les groupes terroristes ont finalement exploité les conditions géographiques de la région conjuguées aux difficultés des Etats à répondre efficacement aux attentes des citoyens et notamment la mauvaise gouvernance.

3) La multiplicité des mouvances appelle-t-elle nécessairement à des réponses plurielles; lesquelles ?

Le volet sécuritaire ne peut être à lui seul la réponse appropriée pour enrayer la menace terroriste dans la région même s’il est indispensable. Malgré le déploiement de la Minusma et de l’opération « Serval » aujourd’hui remplacée par « Barkhane », il demeure évident que la force militaire n’a pas mis fin aux agissements des groupes terroristes au sahel. Nous sommes dans une guerre « asymétrique » ou l’ennemi est mouvant voire insaisissable et profite des contextes nationaux pour perpétrer des attaques. Assurément, les forces de défense et de sécurité ont un rôle majeur à jouer pour enrayer la menace djihadiste. Mais nous sommes en présence de groupuscules répartis dans une zone immense, ce qui rend plus difficile la confrontation.

Une question est en lame de fond pour réduire le niveau de la menace des groupes terroristes. Comment réduire leur influence et les empêcher de recruter auprès de la jeunesse africaine ? La réponse à cette problématique doit être un enjeu national pour chaque président africain. Cela voudra dire qu’il faut apporter les véritables solutions à cette jeunesse qui pourrait être tentée par le discours islamiste. Dans cet environnement, il est devenu aisé de développer un discours radical et de véhiculer une idéologie aux antipodes des préceptes mêmes d’une religion comme l’islam.

Il faut rappeler que ces groupes disposent de moyens financiers importants pour appuyer une stratégie de séduction auprès des jeunes. Il est nécessaire d’affronter les groupes terroristes sur le terrain de l’idéologie. Il est urgent de trouver des voies et moyens  pour juguler le phénomène de la radicalisation auprès de cette tranche de la population qui absorbe cette idéologie extrémiste. La lutte contre l’obscurantisme religieux et les discours radicaux doit être une préoccupation dans les systèmes éducatifs des Etats de la région.

La question du développement des Etats africains se pose dans ce contexte de guerre contre le terrorisme. L’émergence ne doit pas être un slogan de campagne. Il faut briser l’image de l’Etat qui semble loin et qui ne prend pas en compte les préoccupations de ses populations dans les zones lointaines. Il faut combler le gap entre les régions en matière de développement à tous les niveaux. L’Etat se doit d’être exemplaire dans la redistribution des richesses et trouver des mécanismes efficaces pour réduire la corruption massive.

Il faut mettre en place des politiques publiques qui touchent toutes les zones du pays et les populations. La lutte contre le chômage des jeunes et particulièrement dans les régions les plus reculées est une réponse significative face à la menace terroriste. La présence de l’Etat et de ses démembrements doit être effective sur l’ensemble des territoires. Les populations éloignées ne doivent pas être livrées à elles-mêmes. Car, une telle situation facilite leur adhésion aux discours extrêmes des groupes terroristes.

Il faut impliquer de manière plus significative les acteurs de la société civile dans la sensibilisation de la jeunesse sur les dangers que représente le discours radical. Ces derniers ont un rôle important à jouer sur ce registre.

La révision de l’arsenal juridique des pays africains, afin de l’adapter à la menace terroriste et à ses mutations rapides est devenue une exigence. En effet, les législations nationales doivent intégrer des dispositions qui non seulement répondent aux différents types d’actes liés au terrorisme mais également à leurs évolutions.

Il est clair qu’il faut apporter des réponses variées face aux groupes terroristes en fonction de leurs spécificités. Pendant des années, Boko Haram a concentré toutes ses attaques sur le sol nigérian. Le gouvernement  a tenté à plusieurs reprises de nouer un dialogue avec le groupe islamiste mais la multiplication des attaques et les milliers de morts ne laissent plus entrevoir une négociation. L’option prise ces dernières années est le tout sécuritaire avec la mise en place de nouvelles forces telle que le Nigerian Army Special Operations Command (NASOC). Elle regroupe l’ensemble des unités des forces spéciales.

L’armée nigériane a démontré  ces dernières années un manque de savoir faire face aux méthodes qu’imposent le terrorisme actuel. Les soldats déployés sur le terrain dans le Borno manquaient de munitions et ne percevaient pas toujours leurs soldes parce que l’argent était détourné à Abuja. L’ancien chef d’état-major de l’armée de l’air nigériane, le maréchal Adesola Amosun a été arrêté le 27 janvier 2016 afin d’être entendu dans le cadre d’une affaire de détournement de fonds destinés à la lutte contre Boko Haram. Il est difficile d’apporter une réponse décisive lorsque les budgets alloués pour combattre Boko Haram sont utilisés à des fins personnelles.

La nouvelle stratégie de Boko haram consistant à utiliser jeunes filles et des femmes dans le cadre d’attentat suicide renforce les autorités nigérianes dans la prééminence de l’option militaire. Le 22 juillet 2015 au nord du Cameroun un attentat a impliqué des jeunes filles équipées d’explosifs. Ce nouveau modus operandi a pour objectif de déjouer les filets sécuritaires. Seule une armée mobilisée peut obtenir des résultats probants et les nouvelles autorités sous la direction du président Buhari semblent s’inscrire sur cette trajectoire.

4) Rivalités et connexions entre les  groupes terroristes: Que faut-il comprendre ? 

L’heure semble être à la rivalité entre les grands groupes terroristes sur l’espace africain. Aqmi qui semblait manifester un essoufflement ces derniers mois est revenu au devant de la « scène ». En l’espace de deux mois, Al-Mourabitoun qui est un groupe islamiste né en 2013 de la fusion des Signataires par le sang de Mokhtar Belmokhtar lié à Aqmi et du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) a frappé deux capitales ouest-africaines. Les attaques sont très similaires car les cibles choisies sont de grands hôtels généralement fréquentés par les expatriés et les occidentaux de passage dans ces capitales. Il faut se poser la question sur le sens de ces attaques dans un intervalle aussi court. Il y’a manifestement une stratégie de survie pour Aqmi avec cette démonstration de l’organisation d’attaques dans les capitales de la région.

La percée de Daech notamment dans le nord du continent est une mauvaise nouvelle. Je crains que l’Afrique ne devienne davantage le « théâtre » des opérations de ces groupes terroristes (Aqmi et Daech) dans les mois à venir avec des attaques qui ont une résonance médiatique internationale. Cette situation peut conduire à une « guerre de positionnement » sur le continent. Boko Haram a prêté allégeance l’année dernière à Daech et on a pu voir dans certaines vidéos du groupe islamiste nigérian des ressemblances dans la réalisation et la manière de communiquer. Des groupes affiliées à Aqmi ont trouvé un intérêt à aller du côté de Daech qui dispose de mannes financières importantes.  « Internet » est devenu un outil de propagande pour les groupes islamistes et un terrain de rivalité pour attirer de jeunes recrus. Des pays qui semblaient échapper au phénomène du terrorisme comme le Sénégal ont vu de jeunes ressortissants rejoindre les rangs de Daech en Libye.

Il faut craindre une recrudescence d’attentats pour la région car les groupes terroristes sont de mieux en mieux organisés et démontrent une capacité à planifier des attaques d’envergure dans les capitales africaines. Le risque de surenchère entre des groupes comme Aqmi et Daech qui veulent souvent frapper des occidentaux en Afrique fait craindre le pire.

5) Bamako et Ouagadougou, une sérieuse alerte pour les autres capitales de la région ?

Dans un entretien de novembre 2015, je disais que la menace terroriste est réelle et peut toucher à chaque instant chaque pays africain (https://babacarndiaye1.wordpress.com/2015/11/20/mali-terrorisme-babacar-ndiaye-la-menace-est-reelle-et-peut-toucher-a-chaque-instant-tout-pays-africain-entretien-avec-le-journal-le-point-afrique/) . Ces propos faisaient suite aux attaques de l’hôtel Radisson de Bamako. Le nord du Mali qui a constitué un sanctuaire pour des groupes terroristes est devenu une zone de passage. Les récentes attaques d’Ouagadougou ont montré une fois de plus que la menace est globale. Le Burkina Faso, jusqu’ici épargné par des faits de terrorisme a connu ces derniers mois des incursions de groupes djihadistes. Ce qui s’est passé dans ce pays est une sérieuse alerte pour tous les pays de la région et plus globalement pour l’Afrique. Les attaques sont perpétrées par des unités mobiles de quelques hommes qui ont la capacité de traverser les frontières.

Face à cette difficulté à prévenir la menace terroriste il est difficile de dire si les pays épargnés le resteront longtemps encore. J’observe que dans une capitale comme Dakar, la sécurité a été renforcée dans plusieurs points et dans les hôtels avec la présence de policiers. Cela est une bonne chose mais le risque zéro n’existe pas sinon la France n’aurait pas pu être frappée deux fois la même année.  Je crois que le discours du président sénégalais Macky Sall a été constant depuis quelques mois sur la menace terroriste qui est réelle et globale. Il a renforcé le budget alloué aux forces de défense et de sécurité. Il a pris une mesure symbolique en interdisant le port de la burqa au Sénégal à l’image du Tchad.

Longtemps, certains dirigeants africains ont considéré le problème terroriste comme celui du voisin. Mais la donne a changé avec les événements récents.  Il est important de tenir un langage de vérité aux populations pour accroître leur niveau de vigilance.  Il est fort probable que nous assistions à des attaques terroristes dans des capitales jusqu’ici épargnées. Les autorités étatiques semblent prendre la mesure des choses et c’est déjà un élément positif dans le dispositif sécuritaire.

6) L’Afrique lutte t’elle efficacement contre le terrorisme ?

En quinze ans, les pays africains ont du s’adapter à la menace terroriste qui est devenue permanente.  Longtemps considéré comme une menace extérieure au continent, le terrorisme islamiste est devenu la principale source de préoccupation pour les Etats. La lutte contre le fléau a souvent été menée de manière individuelle. La volonté politique accompagnée d’une détermination réelle à lutter efficacement contre le terrorisme a souvent fait défaut au niveau certains Etats.

Comment expliquer que le Nigeria qui a souvent joué au « gendarme » de l’Afrique n’arrive pas à se défaire de Boko Haram ?  Les nombreux faits de corruption révélés au sein de l’armée est un début de réponse. Il a fallu l’intervention des pays voisins pour connaître des avancées significatives dans la lutte contre la mouvance islamiste. Cette coopération militaire était devenue inévitable même si le Nigéria a souvent entretenu des relations conflictuelles avec ses voisins (Cameroun, Tchad). Le problème Boko Haram s’est transposé dans l’espace régionale. La menace est aujourd’hui toujours vivace malgré les succès sur le terrain. L’action militaire qui s’inscrit dans la durée peut affaiblir le groupe islamiste, mais une éradication totale semble difficile à imaginer. L’État nigérian sera appelé à trouver d’autres solutions alternatives pour lutter plus efficacement contre cet ennemi déterminé et disposant de moyens importants pour agir dans cette région.

Une nouvelle dynamique sur le plan militaire amorcée en 2009 a permis a la Mauritanie d’être plus efficace dans sa lutte contre le terrorisme. Aujourd’hui, la sécurité du territoire mauritanien est beaucoup mieux assurée. Son armée a mené des attaques contre des bases d’Aqmi dans le nord du Mali. Cette offensive lui a permis à plusieurs reprises, d’anticiper et de déjouer des attaques terroristes, qui la visaient. Mais quel que soit le niveau d’engagement d’un pays, sans une coopération sous-régionale les effets resteront limités.

le G5 sahel (le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad), créée en décembre 2014 à Nouakchott sous l’impulsion du président Mauritanien Aziz est  un mécanisme ayant pour objectif de coordonner les politiques de développement et de sécurité des pays  de ce cercle. Ces Etats ont identifié de manière précise les besoins et des projets essentiels pour la région comme le désensablement du fleuve Niger, le bitumage de routes régionales, la création d’interconnections électriques entre le Mali et la Mauritanie, le Mali, le Burkina et le Niger. Un Comité d’Etat-major Opérationnel Conjoint (CEMOC) entre les pays du champ regroupant (Algérie, Mali, Mauritanie et Niger) et un centre de renseignement contre le terrorisme dans le sahel (unité de fusion et de liaison), ont vu le jour en 2010.  Ces structures sont chargées de collecter et d’échanger des informations sur les groupes terroristes qui présentent un risque pour leur espace.

La lutte contre le terrorisme est passée du stade d’abstrait à la phase réelle. Les choses demandent à être améliorées mais les cercles de coopération existent et il faut renforcer leur efficacité. L’échange des renseignements en temps réel, l’intensification des patrouilles motorisées le long des frontières  et le partage des expériences doivent être des réflexes systématiques entre les Etats. Une coopération internationale viendra toujours en appui aux initiatives régionales pour permettre aux pays africains de faire reculer le terrorisme. L’appui en renforcement des capacités, en formation et en logistique sont des actions nécessaires pour une coopération accrue. Une bonne coordination et une réponse commune sont les seuls gages d’un succès dans la lutte contre le terrorisme en Afrique. Tous les pays doivent avoir le même niveau d’implication dans les stratégies de lutte contre le fléau.

Babacar NDIAYE

Février 2016