« L’interconnexion » entre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme en Afrique de l’ouest


Le 11 Septembre 2001 fut un tournant dans l’évolution de l’humanité. En effet, le monde s’est réveillé horrifié par les attentats terroristes sur le sol américain. Cette tragédie a soulevé de nombreuses questions notamment la préparation minutieuse des attaques. La question du financement du terrorisme s’est posée immédiatement après 11 septembre 2001. Selon les sources officielles, les terroristes avaient utilisé le circuit financier pour procéder à la levée de fonds dans le but de perpétrer les attentats. L’argent étant le nerf de la guerre, les terroristes financent leurs activités à l’échelle globale. Ce financement du terrorisme provient d’horizons différents mais une des menaces les plus sérieuses est son lien avec le « blanchiment des capitaux ».

Le blanchiment des capitaux est une pratique qui vise à introduire dans les circuits financiers et économiques des fonds de provenance illicite qui ont été acquis par des manœuvres délictuelles et criminelles. C’est par exemple le vol, le trafic de drogues,  toutes sortes de délits et de crimes qui ont permis d’amasser des fonds. Et ce sont ces fonds que le blanchisseur va dissimuler et intégrer dans le circuit financier pour en profiter en toute impunité.

Blanchiment d’argent et financement du terrorisme sont ainsi liés et présentent des points similaires. De par leur nature même, ils constituent des activités secrètes menées à l’échelle internationale. Mais le financement du terrorisme diffère des modèles habituels du blanchiment où les criminels doivent trouver un moyen de blanchir leurs profits illicites. En effet, les sources de financement du terrorisme peuvent être aussi bien légales qu’illégales contrairement au blanchiment d’argent qui est toujours  de nature illicite.

Le financement des activités terroristes peut faire appel à des fonds provenant de sources légales, comme les dons personnels et les profits provenant d’entreprises ou d’organismes caritatifs, que de sources criminelles, comme le trafic de stupéfiants, la contrebande d’armes et d’autres produits, la fraude, les enlèvements ou l’extorsion.

Les terroristes ont recours à des techniques semblables à celles qui sont utilisées pour le blanchiment d’argent afin d’éviter d’attirer l’attention des autorités et de protéger l’identité de leurs commanditaires et des bénéficiaires des fonds amassés. Toutefois, contrairement au blanchiment d’argent, les opérations financières liées au financement des activités terroristes sont en général constituées de petites sommes. Par conséquent, lorsque les terroristes recueillent des fonds de sources légales, il est donc plus difficile de les détecter et d’en suivre la trace. Toute la difficulté  du combat contre le financement du terrorisme réside dans le fait de localiser des sommes qui ont une « provenance propre » ou minimes.

Le transférer des fonds est effectué à travers le système bancaire ainsi que des systèmes parallèles de remise de fonds comme les « hawalas » qui consistent à faire circuler l’argent dans un réseau d’agents de change (les « hawaladars »).

Un client remet  une somme d’argent à l’un de ces agents, qui contacte l’agent le plus proche du destinataire et lui demande de lui verser cette somme (moins une commission, généralement) en échange d’une promesse de remboursement futur.

Ce système fonctionne sans transmission de moyen de paiement, il  repose entièrement sur la confiance existant entre les agents du réseau. Comme il ne dépend pas de l’application légale des contrats, ce système fonctionne en dehors d’un cadre juridique. Il n’y a pas de registre centralisé, et les transactions passées n’ont aucune trace, la seule information nécessaire  pour son  bon déroulement  est la tenue  à jour du montant total de la dette courante entre chaque agent du réseau. Les dettes peuvent être réglées de plusieurs manières selon le souhait des agents. Les terroristes emploient également la plus ancienne méthode de transfert d’actifs : « le transport physique de l’argent », de l’or et d’autres valeurs par les voies de contrebande.

La somme qu’engendrent ces deux activités est colossale et la difficulté réside dans la connaissance exacte du montant  de l’un ou l’autre circulant dans le monde. Le GAFI (Groupe d’Action financière) fut crée à l’origine à Paris en 1989 lors du sommet de G7 pout lutter contre le blanchiment d’argent notamment les techniques et les tendances du phénomène. En 2001, le GAFI s’est lancé comme nouveau défie d’utiliser son 3savoir-faire » pour définir des mesures efficaces de lutte contre le financement du terrorisme et engager toutes les nations à les mettre en œuvre. Cette organisation a comme mandat d’établir des normes en matière de lutte contre le financement du terrorisme. Le GAFI a formulé 9 Recommandations spéciales contre le financement du terrorisme et a adopté un vaste plan d’action.

Ces Recommandations spéciales visent à s’assurer que le financement du terrorisme a été spécifiquement érigé en infraction pénale dans des pays. Elles préconisent également la saisie des biens des terroristes, la déclaration des transactions financières suspectes pouvant être liées au terrorisme, la coopération internationale et l’adoption de mesures pour prévenir le détournement des virements électroniques et autres systèmes de remise de fonds. Enfin, elles indiquent comment empêcher des entités juridiques telles que des organisations à but non lucratif d’être utilisées comme « poches » de financements terroristes.

Une lutte efficace contre ces deux fléaux passe par une collaboration internationale plus accrue et une législation plus sévère au niveau des états. Le GAFI a mis en œuvre une série de recommandations qui vise à s’assurer que le financement du terrorisme a été spécifiquement érigé en infraction pénale dans la législation des pays. Elle préconise également la saisie des biens des terroristes, la déclaration des transactions financières suspectes ayant un lien avec le terrorisme, la coopération internationale et l’adoption de mesures pour prévenir le détournement des virements électroniques et autres systèmes de remise de fonds. Elles indiquent comment empêcher des structures à but non lucratif d’être utilisées comme sources de financements terroristes.

La Convention de 1999 des Nations unies pour la répression du financement du terrorisme est un instrument de lutte efficient que tous pays doivent ratifier pour mener à bien le combat. En effet, une répression plus efficace du financement diminuerait la menace terroriste à grande échelle.

Cette convention stipule que « commet une infraction au sens de la présente convention toute personne qui par quel que moyen que ce soit directement, illicitement et délibérément fournit et réunit des fonds dans l’intention de les voir utiliser ou en sachant qu’ils seront utilisés en tout ou partie en vu de commettre »… un acte terroriste.

L’Afrique de l’Ouest est une des zones les plus pauvres du monde, elle est en proie à toutes sortes de menaces. De nombreux pays sont minés par des conflits internes qui en font le terreau idéal pour le crime international. En 2004 l’ancien Secrétaire Général des Nations Unies Koffi Annan tirait la sonnette d’alarme sur la situation précaire de l’Afrique de l’Ouest

Lors de sa dernière conférence, tenue à Alger, consacrée au terrorisme dans les pays du Sahel en juin dernier, le directeur du Centre Africain d’Etudes et de Recherche sur le Terrorisme (CAERT) avait attiré l’attention sur l’insécurité de la zone sahélienne. Selon lui, « au moment où les Etats multiplient les efforts de lutte sur les rives de l’Atlantique, des groupes criminels puissants profitent de la vulnérabilité de ces pays pour utiliser le golfe de la Guinée comme point d’accès de la cocaïne, provenant de Colombie et d’Afghanistan, vers la vaste zone sahélienne ». Les cargaisons de cocaïne interceptées dans ces régions sont de plus en plus nombreuses et corroborent les rapports de l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (ONUDC).

Les conflits politiques en Afrique de l’Ouest ont pour conséquence le développement inquiétant du trafic d’armes non répertoriées, ce qui constituent une source d’approvisionnement importante pour les terroristes. Cette situation d’instabilité latente que connaissent ces pays crée un cadre propice pour le développement du financement du terrorisme. La zone ouest africaine devient de plus en plus un espace privilégié pour le terrorisme. Dans l’entretien accordé le 25 avril dernier à El Watan, le président malien, Amadou Toumani Touré, avait insisté sur le fait que son pays n’a pas les moyens de faire face seul aux nombreuses menaces qui pèsent sur la région sahélo-saharienne.

Une région  tend à devenir le « temple » des groupes terroristes agissant sous la bannière d’Al Qaïda au Maghreb Islamique. Il faut noter qu’il est devenu une plaque tournante de toute sorte de trafics, allant des cigarettes aux armes lourdes en passant par la drogue. Depuis deux ans la Mauritanie, le Niger et le Mali font face à des mouvements terroristes et notamment le  GSPC (groupe salafiste pour la prédication et le combat) devenue AQMI.

En 2007, quatre français ont été assassinés à Aleg (250 km à l’est de la capitale mauritanienne). Il fut imputé à trois jeunes Mauritaniens proches d’Al-Qaïda au Maghreb islamique qui sont actuellement détenus et en instance de jugement. Le 20 Juin, à Nouakchott devant l’établissement d’enseignement de langue et d’informatique qu’il dirigeait, Christopher Leggett ressortissant américain de 48 ans, a été tué de plusieurs balles dans la tête, en plein jour.

Seize à vingt-six membres d’al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ont été tués le mardi 15 juin 2009 par des militaires maliens dans le nord, près de la frontière algérienne. Selon les observateurs, c’est la première fois que les troupes maliennes attaquent des islamistes armés dans le nord du pays.

Cette offensive intervient près de deux semaines après l’annonce du 3 juin 2009, par Aqmi de l’exécution d’un otage britannique. Le Mali et l’Algérie ont conjugué leurs efforts pour lutter contre les mouvements terroristes ainsi des patrouilles mixtes  sont organisées tout le long de leur frontière commune.

La situation inquiétante que connait le Niger actuellement peut profiter à AQMI qui ferait de ce pays un « sanctuaire » pour ses opérations en Afrique de  l’Ouest. Le fait le plus déplorable est l’impuissance de certains États de la région face à tous les trafics. L’argent de la drogue finit toujours dans des circuits obscurs et sert le plus souvent, après blanchiment, au financement d’activités terroristes.

Le lien entre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme semble trouver un point de jonction en Afrique de l’ouest. Il faut souligner que le blanchiment est en forte hausse dans la zone. Ce qui a voulu être mis en exergue ici, c’est que l’Afrique de l’Ouest représente un terrain idéal pour que cette « interconnexion » puisse se faire car elle constitue une zone instable et un nouveau foyer pour le terrorisme.

Le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme constitueraient des facteurs déstabilisant pour la zone qui connait déjà toute sorte de crimes. Afin de lutter contre ces menaces, le GIABA (Groupe Intergouvernemental d’Action contre le Blanchiment de l’Argent en Afrique)  a été créé par la Conférence des Chefs d’Etats et de gouvernement de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en 2005. Le rapport 2008 du GIABA affirme qu’il existe des preuves fondées qui montrent que le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme sont très nuisibles  à la paix et à la sécurité. Ces deux phénomènes sapent la stabilité et le développement de la société et leur essor.

Pour une lutte plus efficace, le GIABA collabore aussi avec d’autres partenaires au sein du réseau du Groupe d’action financière (GAFI). Le renforcement des capacités des pays africains en matière de lutte contre le terrorisme en améliorant les services de renseignement financier devient une nécessité. La prévention contre les abus faits par les organisations à but non lucratif et l’instauration de mesures contre le blanchiment d’argent et les convoyeurs de fonds » doit être une préoccupation particulière pour les décideurs.

En décembre 2008, Boubacar Gaoussou Diarra, Directeur  du CAERT parlait déjà de « signaux alarmants quant aux liens entre le terrorisme et le crime organisé. Selon lui, « la question qui se pose est celle de savoir comment assurer la stabilité des institutions politiques, la sécurité des Etats et des populations du continent et surtout comment protéger les économies de la perversion du crime organisé. Il s’interrogeait également sur le moyen d’éviter que l’Afrique de servir de « base arrière » ou de source de financement pour les terroristes.

Le crime organisé, le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme portent atteinte à l’intégrité des systèmes politique et judiciaire, à la stabilité et à la prospérité des Etats. Le continent devient ainsi une cible facile  non seulement pour le blanchiment mais aussi pour le financement du terrorisme.

La prédominance de l’argent liquide dans les transactions financières des jeunes économies africaines, la prévalence des circuits informels sont porteuses de risques. Les Etats du sahel doivent mener une réflexion sur les moyens d’empêcher la prolifération de « réseaux terroristes  tel qu’Aqmi.  Ce groupe islamiste finance ses activités en utilisant des procédés  tels que le kidnapping et la demande de rançon, la prise d’otages, le racket, le commerce de la drogue et la contrebande ».

Dans l’optique de la lutte contre le financement du terrorisme, une loi cadre modèle a été adoptée afin que tous les Etats membres puissent  l’adapter dans  leurs lois dans l’espace UEMOA. Certains pays l’ont intégré dans leur législation de manière rapide. À titre d’exemple, le Bénin s’est doté d’une Cellule Nationale de Traitement des Informations Financières (CENTIF) que tardivement alors que celle du Sénégal, opérationnel depuis un certain temps donne des résultats probants.

Le rôle des CENTIF est de collecter, analyser et traiter  des renseignements financiers propres à établir l’origine des transactions, ou la nature des opérations objets des déclarations de soupçons des assujettis. Ils ont étendu le champ de leur mission à la lutte contre le financement du terrorisme ce qui montre que le lien entre les deux menaces est préoccupant.

Le Benin comme la plupart des pays de l’Afrique de l’Ouest sont signataire de plusieurs conventions sur le  blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Le blanchiment d’argent étant un délit conformément à la loi uniforme de l’UEMOA.

L’Afrique de l’Ouest reste une zone fragile du fait du nombre important de pays qui sont secoués par des conflits ou crises politiques. Elle constitue un cadre propice pour le crime organisé à cause des foyers d’instabilité multiples. Il semble qu’il y’ ait une corrélation entre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, ce qui fait de cette zone « un eldorado » pour les mouvements terroristes. Le renforcement de la coopération entre les pays devient une urgence ainsi qu’un rôle plus accrue des organisations régionales (UEMOA, UA et CEDEAO) dans la lutte contre ces nouvelles menaces. Les trois pays que sont le Mali, la Mauritanie et le Niger sont les plus touchés par la question du terrorisme. Cette situation peut être expliquée par leur position géographique et leurs frontières communes avec le Maghreb, zone d’origine du groupe islamiste AQMI.

La démonstration d’une interconnexion entre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme semble difficile à porter. Cependant, il convient de noter que le cadre ouest africain est très favorable à cette connexion. Les pays de la zone doivent renforcer leur vigilance aussi bien d’un point de vue préventif que répressif pour enrayer cette menace. Le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme sont deux fléaux qui menacent davantage l’Afrique. Le premier compromet notamment l’efficacité du système financier et le second constitue une composante importante du terrorisme international. Ces deux menaces conjuguées constituent un des socles du crime organisé transnational et une réponse globale est inévitable pour la région et la communauté internationale.

Babacar NDIAYE , le 06 Juin 2009 

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