La diplomatie des droits de l’homme: sa perception dans les pays du Tiers Monde


Raymond Aron[1] affirmait que « la diplomatie d’une grande puissance ne peut être ni machiavélique ni purement angélique et ceci ni en parole ni en action ».La diplomatie qui s’occupe de la préservation des intérêts de l’Etat au niveau international a incorporer le volet droit de l’homme. L’avènement de la diplomatie des droits de l’homme remonte aux années 70 avec le président américain Jimmy Carter[2] qui en fut l’instigateur. En effet, il voulait rendre à l’Amérique sa grandeur et faire oublier l’épisode tragique de la guerre du Viet Nam. Aujourd’hui, les grandes puissances telles que la France, les Etats Unis et l’Union Européenne évoquent la question des droits de l’homme à tour de bras et le discours est destinée aux pays que l’on appelle communément les pays du « tiers Monde[3] ». Il s’agit pour les pays occidentaux de condamner les dérives des pays du tiers Monde en matière de droits de l’homme. Mais cette condamnation n’est pas toujours appliquée ou quelques fois elle se fait du bout des lèvres contenu des enjeux économiques. Ainsi cette diplomatie des droits de l’homme est beaucoup décriée dans les pays du Tiers Monde du fait de son ambivalence. Le dilemme qui se pose est la conciliation entre d’un coté la préservation des intérêts étatiques et de l’autre le volet droits de l’homme qui est martelé à ces pays. Cette difficile conciliation fut souvent reprochée à la France à travers ses réseaux en Afrique que l’on a appelé par la suite la « Francafrique[4] » car les enjeux économiques primés sur les droits de l’homme. Dès lors  la question qu’il convient de se poser est quelle est la perception des pays du « tiers monde » sur cette diplomatie des droits de l’homme. Quel regard  est porté par les pays du « tiers Monde » sur cet outil des pays occidentaux qui revient fréquemment dans les relations internationales et tant remis en cause ?

Il sera intéressant de voir cette perception de la diplomatie des droits de l’homme à travers trois angles. Tout d’abord, la diplomatie des droits de l’homme : entre messianisme et préservation des intérêts économiques nationaux. Ensuite la revendication d’un droit à la différence culturelle et la mise en avant de la charte des Nations Unies  par certains  pays du « tiers Monde ». Pour finir, il faut constater le manque d’exemplarité des pays occidentaux « défenseurs des droits de l’homme ».

I-  La diplomatie des droits de l’homme : Entre « messianisme » et      préservation des intérêts économiques nationaux.

Dans les « pays du tiers Monde », la diplomatie des droits de l’homme est perçue comme « hégémonique ». En effet, le discours messianique sur les droits de l’homme se heurte souvent à la préservation des intérêts économiques des Etats qui la brandissent aux quatre coins du monde.

Souvent l’idéal des droits de l’homme va devenir une monnaie d’échange ou un moyen de pression sur les états  pointés du doigt. Ils sont  sommés d’incorporer la dimension « droits de l’homme » dans leur gestion du pouvoir. Pour se défendre les pays du « tiers Monde » remettent en cause cette diplomatie et accusent les pays occidentaux « porte-étendard » des droits de l’homme de relancer une politique « colonialiste ». La vision qui est perçue est celle de l’époque coloniale ou l’on avait des missionnaires occidentaux qui se disaient être investis d’une « mission civilisatrice et humaniste » envers les autres peuples.

L’aspect qui se dégage de cette diplomatie des droits de l’homme est la « schizophrénie » dont souffrent les pays occidentaux. D’un coté ces pays brandissent cette diplomatie et de l’autre ils ferment les yeux lorsque des intérêts économiques sont en jeu. L’exemple de cette « schizophrénie » est la diplomatie américaine qui indexe le régime Soudanais et fait pression sur la Chine concernant le Darfour alors qu’au même moment ses grandes compagnies pétrolières[5] pompent « l’or noir » de la Guinée Equatoriale[6] qui n’est pas un modèle de démocratie.

Nicolas Sarkozy nouvellement élu président de la France, le 6 mai 2007, plaçait son mandat sous le signe de la diplomatie des droits de l’homme ; et son discours fut repris dans  tous les médias internationaux. Quelques mois plus tard il accueillait le colonel Kadhafi en visite officielle[7] en France pour conclure d’importants contrats commerciaux. Pourtant, personne n’ignorait à quel point les droits de l’homme étaient bafoués en Lybie. Mais à l’issue des différentes audiences, le colonel Kadhafi affirma que la question des droits  de l’homme n’a jamais été évoquée avec le président français. Ironie de l’histoire, c’est ce même Nicolas Sarkozy qui sera à la tête de la coalition qui a mis fin au régime de Kadhafi cinq ans après.

Les profanes en relations internationales salueront le courage du président français qui a tout mis en œuvre pour libérer le peuple libyen de la dictature féroce de Kadhafi. Mais les avertis ont constaté sans grande surprise, le déplacement d’une délégation de près de 80 entreprises françaises de tous les secteurs économiques qui se sont rendus dernièrement en Libye pour préparer avec les autorités libyennes la « reconstruction » du pays. Selon le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Bernard Valero, il s’agissait précisément d’identifier les besoins de la Libye pendant la phase de reconstruction du pays et de proposer l’expertise des entreprises françaises dans différents domaines, allant des travaux publics aux infrastructures, en passant par l’approvisionnement. Cette visite montre l’engagement continu de la France aux côtés du peuple libyen précise t-il.

Le cas Libye illustre parfaitement l’ambigüité des pays occidentaux qui  défendent plutôt des intérêts économiques au dépend des droits de l’homme.  Le constat des pays du  « tiers Monde » à l’égard  de cette diplomatie est que la « realpolitik » prime sur les droits de l’homme. D’ailleurs la primauté des intérêts économiques sur les droits de l’homme avait été constatée dans les années 90. Des pays occidentaux se sont rendus complices de plusieurs violations au sein des Nations Unies en bloquant des votes condamnant le régime Sud africain ou sévissait l’apartheid. Il faut savoir que l’Afrique du Sud, en plein Apartheid et riche de son sous6sol, fournissait une grande quantité de matières premières aux pays occidentaux.

La perception des pays du tiers monde concernant cette diplomatie des droits de l’homme est qu’elle s’efface devant des « contrats commerciaux juteux».

II– La revendication d’un droit à la différence culturelle et la mise en avant de la charte des Nations Unies.

Les deux armes que brandissent les pays du « tiers Monde » pour faire face à l’offensive de la diplomatie des droits de l’homme sont la revendication d’un droit à la « différence culturelle » et l’utilisation de la charte des Nations Unies.

La revendication d’un droit à la « différence culturelle » est souvent l’élément de réponse face au discours sur les droits de l’homme. L’ancien président de la République du Sénégal, Abdou Diouf affirmait que « la démocratie et les droits de l’homme ne sauraient s’exporter clefs en mains. La promotion des valeurs universelles peut se faire dans le respect de l’identité, dans le respect de la diversité des cultures[8] ». La Chine a toujours adopté cette posture vis-à-vis des pays occidentaux en revendiquant son droit à la différence culturelle. Elle met en avant sa culture, ses traditions , son histoire , le rôle central de la famille et la morale dans sa société.

Certains pays musulmans demandent à ce qu’on tienne compte de  la spécificité de l’Islam car on ne peut demander à toutes les cultures de suivre la trajectoire tracée depuis deux siècles par l’Occident.

L’autre argument mis en avant par les pays du « tiers Monde » est la charte des Nations Unies[9].Cette charte soustrait explicitement à l’autorité de la communauté internationale tout ce qui relève de la juridiction intérieur des Etats membres. C’est ce qu’on appelle le principe du domaine réservé reconnu par le droit international. Ainsi la diplomatie des droits de l’homme est vue comme une ingérence dans les affaires intérieures.

Les pays du tiers Monde soulèvent aussi la résolution 2625 du 24 Octobre 1970 de l’Assemblée Générale des Nations Unies. En effet, cette résolution stipule que « chaque Etat a le droit de choisir et de développer librement son système politique, social, économique et culturel » .C‘est véritablement les arguments de riposte des pays du « tiers Monde » et surtout de la chine qui les utilisent lorsqu’elles font l’objet de critiques sur les droits de l’homme.

III- le manque d’exemplarité des pays occidentaux « défenseurs des droits de l’homme ».

La remarque que font souvent les pays du « tiers Monde » aux nations qui brandissent la diplomatie des droits de l’homme est de faire une introspection. En effet, de nombreuses critiques ont été formulées à l’endroit des pays occidentaux défenseurs des droits de l’homme.

La France, « patrie des droits de l’homme » a été pointé du droit concernant l’Etat de ses prisons qui est va contre courant de la dignité humaine. L’Observatoire Internationale des Prisons avait tiré la sonnette d’alarme sur l’état sanitaire des prisons françaises et les conditions de détentions qui y sont déplorables. La France est souvent fustigé par rapport à la situation des sans papiers dans les centres de rétentions. Le Colonel Kadhafi en 2007, lors de sa visite officielle s’était même permis de porter un jugement moral sur la situation des sans papiers dans ce pays.

En 2005, la communauté Internationale a découvert avec surprise l’autre visage de l’Amérique lors de la catastrophe de l’ouragan Katrina[10] à la Nouvelle Orléans[11]. En effet, les images diffusés dans les télévisions nous ramenés dans les pays du tiers Monde. On s’est rendu compte de l’extrême pauvreté de la population noire abandonnée à elle-même et le temps de réaction des autorités américaines jugé trop lent.

La lecture qui est faite concernant la problématique des droits de l’homme est que finalement « les donneurs de leçon ne sont pas des élèves exemplaires ».Les pays du tiers monde ne manquent pas de souligner cet aspect « des porte paroles » des droits de l’homme.

Conclusion

La diplomatie des droits de l’homme prôné  par les pays occidentaux est très décriée par les pays du tiers monde qui la voient comme un instrument de domination. Ces pays la perçoivent comme une ingérence. La remarque qui est faites aux pays occidentaux est que leurs démocraties a mis plus de deux siècles à se mettre en place comparé à des pays du sud souvent cités en matière de droit de l’homme qui ont accédé à leurs indépendances dans les années 60.Immédiatement après leurs indépendances ,les pays du « tiers Monde » ont adopté tous les textes des Nations Unies qui est toujours un préalable pour une reconnaissance internationale. L’autre pendant de la diplomatie des droits de l’homme est son ambiguïté notamment dans le cas de la Chine. La répression chinoise au Tibet a été condamnée du bout des lèvres par la France, les Etats Unis et l’Union Européenne. Tous ces pays ont uniquement appelé la chine à plus de « retenue »  alors que les droits de l’homme de l’homme sont bafoués et le peuple tibétain réprimé. Rares sont les Chefs d’Etat occidentaux  qui ont le courage de recevoir en visite officielle le Dalai lama sous peine de s’attirer les foudres de Pékin. Le réalisme politique prime sur les droits de l’homme car personne ne prendrait le risque de se voir fermer le marché chinois à cause des droits de l’homme.                       

Babacar NDIAYE, le 18 Novembre 2011

Bibliographie

La diplomatie des droits de l’homme : entre éthique et volontés de puissance, Bertrand Badie, Fayard ,2002

L’ouragan katrina, Patrick Le Tréhondat,syllepse,2005

Les droits de l’Homme en Afrique,Kéba Mbaye, Pédone 1992

Réécrire la Déclaration Universelle des droits de l’Homme,Yacoub (J), Provocation, Desclée de Brouwer, 1998


[1] Philosophe et politique français mort en 1983

[2] 39 ème Président des Etats Unis (1977 à 1981) Prix Nobel de la paix en 2002 pour la promotion de la Démocratie et des droits de l’homme dans le monde

[3] Le terme Tiers Monde a été inventé par l’économiste et démographe français Alfred Sauvy en 1952 pour désigner les pays qui n’appartenaient ni au bloc occidental ni au bloc communiste. Aujourd’hui il désigne les pays en développement (Afrique, Asie, Amérique du sud).

[4] Livre de François Xavier Verschave : La Francafrique,le plus long scandale de la République

[5] Exxon Mobil, Marathon Oil,Chevron Texaco, Devon Energy tous présent à Malabo capitale de la Guinée Equatoriale.

[6] Pays d’Afrique Centrale bordée par le Cameroun et le Gabon. C’est le 3 ème producteur de pétrole brut au sud du Sahara

[7] Visite effectué en Décembre 2007 (le 16 Décembre) en France.

[8] Discours tenu le 20 Mars 2008 lors de la journée internationale de la Francophonie dont il est le Secrétaire Général

[9] La Charte des Nations Unies fut signé le 26 Juin 1945

[10] L’Ouragan Katrina s’est abattu sur la Louisiane en fin 30 aout 2005 ,c’est l’une des catastrophes naturelles les plus importantes aux Etats Unis

[11] Ville du sud des Etats Unis qui compte 67% de noirs

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