L’impérieuse nécessité d’une sortie de crise au Mali


Le Mali fait face à une situation sans précédent, en quelques semaines ce qui semblait être une « vitrine démocratique » en Afrique de l’Ouest a volé en éclat. Le coup d’état du 22 Mars perpétré contre le Président Amadou Toumani Touré (ATT) a précipité le pays dans une crise multidimensionnelle. Sur le plan politique, on a assisté à l’effondrement de l’Etat malien et la tentative avortée de la junte de tenir les rênes du pouvoir sous la pression de la CEDEAO. Un gouvernement de transition disposant de peu de leviers a été mis en place pour gérer la crise. Il fut davantage fragilisé suite à l’agression physique du Président intérimaire Diacounda Traoré le 21 Mai 2012 dans l’enceinte du palais présidentiel par des partisans des puschistes. La junte  bien que signataire de l’accord cadre du 1er Avril 2012 avec la CEDEAO octroyant les pleins pouvoir au Premier Ministre Diarra, garde une capacité de nuisance sur le déroulement de la transition.

Sur le plan sécuritaire, le pays connait une scission avec l’implantation au nord des rebelles touareg du Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA), la mouvance islamiste Ançar Eddine et les groupes terroristes Al Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) et le Mouvement pour l’Unicité et le Djihad en Afrique de l’Ouest (Mujao). Ces multiples groupes aux « agendas » différents ont renforcé leur position au nord du Mali. Suite aux événements de Bamako, la revendication indépendantiste du MNLA a connu un « soubresaut » conjugué à la volonté d’Ançar Eddine et de son chef  Iyad Ag Ghali (un touareg initialement marginalisé lors de création du MNLA) d’établir la Charia sur l’ensemble du territoire. Le « nœud gordien » de la crise au Mali réside dans le fait qu’elle a des soubassements étrangers. La mouvance djihadiste algérienne AQMI qui dispose d’importants moyens financiers du fait de ses nombreuses activités (notamment l’enlèvement d’otages) au Sahel et installée au nord du Mali a noué une alliance avec Ançar Eddine. Le Mujao, une dissidence d’AQMI apparu en 2011 prône le djihad en Afrique de l’Ouest et a repris les mêmes méthodes au Sahel. Ces groupes islamistes ont pris le contrôle du nord et évincé le MNLA de leur dernier bastion, la localité d’Ansongo près de Gao. Le nord échappe totalement au contrôle du pouvoir malien et constitue un risque de déstabilisation de toute la sous région.

La situation actuelle du Mali est complexe du fait de la multiplicité des acteurs et des facteurs aux effets déstabilisateurs. Il est nécessaire de procéder à la mise en place d’un véritable gouvernement d’union nationale qui tirera sa légitimité de sa composition. Un consensus sur la formation de ce gouvernement de transition devra rencontrer l’assentiment des principaux partis politiques et la société civile malienne. Le Front uni pour la défense de la République et de la démocratie (FDR), une coalition de partis politiques réclame la démission du Premier Ministre Modibo Diarra. Un gouvernement représentatif est incontournable dans la recherche de solution au Nord Mali.

Les autorités maliennes doivent créer les conditions d’un dialogue avec le MNLA sur sa revendication d’indépendance. La position du mouvement touareg aurait évolué avec les défaites infligées sur le terrain par les groupes islamistes. Une négociation pourrait aboutir à l’octroi d’une large autonomie de la région Azawad et l’abandon de toute velléité indépendantiste. Il est urgent d’entamer une discussion avec le groupe islamiste Ançar Eddine afin de briser sa filiation avec AQMI et trouver un terrain d’entente sur le respect de l’intégrité territoriale. Iyad Ag Ghali bien connu des autorités maliennes, souhaite l’instauration de la charia sur l’ensemble du territoire.

Une sortie de crise au Mali passe inéluctablement par le démantèlement des groupes terroristes implantés au nord. Cette zone est devenue un « sanctuaire » pour AQMI et le Mujao qui y opèrent  en toute impunité. Les Etats de la région ne doivent pas analyser la crise malienne sous le prisme d’un conflit interne, toute la zone est fragilisée du fait des agissements de ces groupes terroristes.

L’idée d’une intervention internationale au Nord Mali fait son « bonhomme de chemin » dans les enceintes africaines et internationales. L’Union Africaine et la CEDEAO, défenseurs d’une action militaire au mali depuis quelques semaines se heurtent aux réserves de l’Organisation des nations unies qui privilégie plutôt la voie diplomatique.

Dés lors tout en installant un cadre de dialogue entre les acteurs de la crise malienne, une véritable coopération régionale dans la lutte contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière est impérative. L’Algérie qui fait figure de puissance régionale et jouissant d’une expérience dans la lutte contre le terrorisme doit être aux avant postes au coté du Niger et de la Mauritanie. Il faudra élargir ce cadre de collaboration au Nigéria et aux pays de l’Union du Maghreb arabe, notamment la Libye, le Maroc et la Tunisie. Les partenaires occidentaux du Mali, en particulier la France, les Etats-Unis et l’Union européenne doivent apporter leur soutien en matière de renseignement à l’armée malienne et tous les pays cités pour faciliter la localisation des groupes terroristes.

La crise qui secoue le Mali menace toute la sous région et les risques d’une déstabilisation sont grands. Toutes les actions qui seront envisagées doivent prendre en compte les réalités sociologiques de la région.

Babacar NDIAYE, le 26 Juillet 2012 

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Un commentaire sur “L’impérieuse nécessité d’une sortie de crise au Mali

  1. merci pour cet article, je m’interesse un peu à l’Afrique.. mais les medias français sont peu « bavards » certaines émissions de la tv abordent le sujet mais sans « se mouiller » au plaisir de découvrir d’autres articles
    Amitiés de………..clermont fd..Auvergne

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