La volonté d’un Sénégal émergent : au-delà du discours


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« La grandeur d’une nation ne se mesure pas uniquement à sa taille, c’est la volonté, la cohésion, la vigueur, la discipline de son peuple et la qualité de ses dirigeants qui lui assurent une place honorable dans l’histoire. » Lee Kuan Yew, le père de l’indépendance de Singapour

 

Ces  trois dernières années, le terme le plus utilisé au Sénégal est « émergence ». Le président Macky Sall élu triomphalement en 2012 affiche l’ambition de propulser le Sénégal dans le cercle des pays émergents d’ici une vingtaine d’années. Le Plan Sénégal Émergent (PSE) est présenté comme le tableau de bord devant permettre l’atteinte de cet objectif. Dés sa diffusion en 2014, ce document a fait l’objet d’attaques et de critiques car  son élaboration a été confiée à un cabinet étranger. Le premier pas vers l’émergence est sans doute de faire confiance à l’expertise sénégalaise pour définir un tel plan d’action. Mais les gouvernements africains ont toujours ce réflexe de faire appel à l’occident pour dessiner une vision.

Il faut tout de même saluer la pertinence d’un tel projet qui a pour objectif d’inscrire le Sénégal sur les rails de l’émergence à l’horizon 2035. Fixer un cap avec des échéances précises a souvent manqué dans les politiques publiques de notre pays. Le contenu du PSE est discutable et son mécanisme de financement est somme toute classique. Une fois de plus les autorités sénégalaises se sont présentées à Paris devant les bailleurs de fonds  pour contracter une dette qui engagera les générations futures. Depuis les indépendances, le Sénégal est l’un des pays de l’Afrique de l’Ouest à avoir reçu le plus d’aide de l’Occident et des institutions de Bretton Woods.

Dans la décennie 2000 à 2010, notre pays a bénéficié de toutes les formes d’aides existantes auprès de ses partenaires traditionnels.  A ce titre, il faut citer l’initiative renforcée en faveur des Pays pauvres très endettés (Initiative PPTE) et plus récemment l’Initiative d’allégement de la dette multilatérale (IADM).  La volonté de passer à l’étape de l’émergence suppose tout d’abord une indépendance financière et la capacité de faire  preuve de créativité dans la mise en œuvre des stratégies. Aucun pays dans le monde n’a atteint l’émergence avec uniquement des prêts contractés auprès de bailleurs étrangers. Hélas! Nous tombons toujours dans le piège sans fin de l’endettement.

Un pays comme le Rwanda a choisi de prendre le chemin inverse pour atteindre les résultats que nous voyons aujourd’hui. Le président Paul Kagame a fait le pari de développer son pays sans le soutien de la communauté internationale, en invitant les populations à relever ce défi. Clay Parker, le directeur général de Bridge2Rwanda, une Organisation non gouvernementale (ONG) dans le développement économique expliquait en ces termes la réussite actuelle de Rwanda. «Le style de management est construit à partir d’un minimum de bureaucratie et d’un maximum de protection. Les gens veulent apprendre et travailler dur. Ils veulent être innovants et ne pas être en concurrence avec l’Afrique mais avec le monde entier ». Kagame porte incontestablement une vision pour son pays. Les performances actuelles  sur le plan économique le montrent à suffisance.

Celle du président Sall déclinée à l’origine dans son programme de campagne intitulé le « chemin  du développement » a fait place au « Plan Sénégal émergent ». Jean Jaurès disait que « quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots ». Installer dans l’imaginaire collective qu’un nouveau programme va impulser une nouvelle dynamique de changement avec des travaux pharaoniques et des investissements à coup de milliards est somme toute  classique. Je me souviens encore d’une rencontre en 2011 au King Fadh Palace et les déclarations de l’ancien président Wade qui annonçait le Sénégal aux portes de l’émergence. Il faudrait d’ailleurs demander à nos dirigeants de nous dire ce qu’ils entendent par « émergence ». La manipulation de concepts et de mots  dans l’air du temps devient insupportable. Nous parlons d’un pays qui conserve les mêmes marqueurs depuis des années.

La maîtrise de l’eau et de l’électricité n’est pas assurée aux populations sénégalaises en 2016 alors qu’elles constituent les bases même de cette émergence tant chantée. L’ épisode du tuyau défectueux de Keur Momar Sarr en 2014 avait paralysé la distribution en eau de la capitale sénégalaise pendant plusieurs semaines. Cette situation a démontré la fragilité de l’Etat à fournir le besoin le plus primaire. Cet article a pour objectif de dégager des pistes de solution sur le Sénégal qui dit-on a choisi d’emprunter le chemin de l’émergence. Il sera décomposé en plusieurs parties correspondant à des réflexions sur les préalables à cette émergence.

Babacar Ndiaye, le 30 août 2016

 

 

 

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