La volonté d’un Sénégal émergent : au-delà du discours (Partie 3)


 

Rééquilibrer les pouvoirs ou continuer le mirage de la démocratie 

En mars 2016, le président Macky Sall a convié les Sénégalais à un référendum autour de 15 points. L’idée de cette consultation fut de soumettre au peuple un « package » de réformes tendant à moderniser les institutions et à consolider la démocratie sénégalaise. Il faut reconnaître que certaines propositions allaient dans le sens de ce renforcement. C’est sans doute ce qui a conduit bon nombre de citoyens à voter en faveur de « oui » malgré la polémique sur la durée du mandat présidentiel qui connaîtra finalement son terme en 2019. Le président avait en effet renoncé à son engagement à réduire son propre mandat à cinq ans, ce qui aurait conduit à une élection présidentielle dès 2017. L’élargissement des pouvoirs de l’Assemblée nationale en matière de contrôle de l’action gouvernementale et d’évaluation des politiques publiques est de nature à fortifier la démocratie. L’adoption d’une telle prérogative pour les députés permet d’œuvrer à la mise en place de politiques publiques plus efficaces et en cela le regard du législateur est une excellente chose. Seulement, est ce que les priorités n’étaient pas ailleurs? N’y avait-il pas des priorités en matière de révision de la Constitution qui nécessitait un rééquilibrage des pouvoirs des acteurs de la vie institutionnelle de notre pays.

Un président de la République aux pouvoirs trop larges

La constitution par essence définit le mode d’organisation de l’Etat et de la nation. A l’image des pays africains, le Sénégal n’échappe pas à la figure « tutélaire » du président de la République qui constitue l’alpha et l’oméga de la vie politique. Considérée comme la clé de voûte des institutions, la prééminence de l’institution présidentielle sur les autres entités de la République ne souffre d’aucune contestation au Sénégal. Cette réalité est tellement ancrée dans les mentalités qu’il est usuel d’entendre que le président de la République a envoyé un tel en prison. Le locataire du palais présidentiel concentre tous les pouvoirs et se présente comme un « monarque républicain ». La séparation des pouvoirs ne semble exister que dans la Constitution. Le président de la République est une sorte de « Léviathan » car il exerce un pouvoir hégémonique sur notre vie institutionnelle. Les hommes politiques aiment à rappeler que le président de République nomme aux emplois civiles et militaires. Cela traduit la capacité d’un seul homme à placer des hommes à des postes stratégiques du fait de sa seule décision.

L’heure est venue d’encadrer le pouvoir de nomination du chef de l’Etat dans notre pays. L’Assemblée nationale devrait avoir un rôle crucial à jouer dans le contrôle des nominations. Un dispositif de contrôle parlementaire sur les nominations à certains emplois ou certaines fonctions relevant du président de la République est une « évidence démocratique ». La politisation habituelle de l’administration et les nominations surprenantes pour assurer une réélection entravent le bon fonctionnement des institutions. Une nomination doit être  légitimée par la compétence, la probité et le sens du devoir républicain. Les logiques électoralistes et les calculs politiques ont souvent pris le pas sur l’intérêt général. Cette pratique a encore la dent dure dans nos pays. Il est urgent de constitutionnaliser l’interdiction de mener une activité politique et concomitamment de diriger un service public. Il est également indispensable de constitutionnaliser l’interdiction  pour un membre de la famille présidentielle de faire l’objet d’une nomination ou de se présenter à une élection durant tout le mandat. L’immixtion de la famille présidentielle dans la sphère publique ne crée que de la polémique depuis des années et empêche tout débat de fond dans notre pays.

Une Assemblée nationale plus en phase avec la réalité des Sénégalais

Le sens de l’intérêt collectif se pose également dans le cadre du fonctionnement de nos assemblées. L’Assemblée nationale, haut lieu de la représentation populaire est le réceptacle des projets de lois initiés par l’exécutif. Faut-il croire que nos députés ne sont pas suffisamment outillés pour traduire en proposition de lois les aspirations du peuple ?  Et s’ils se décident à déposer une proposition de loi, il s’agit de régler des questions exclusivement « politiciennes ». Les plus célèbres propositions de lois au Sénégal ont été initiées pour neutraliser des adversaires politiques. La dernière en date est la loi Sada Ndiaye. Elle avait été adoptée en septembre 2008  pour écourter le mandat de Macky Sall alors président de l’Assemblée nationale. Cette loi faisait passer de 5 ans à un an renouvelable le mandat du président de l’institution parlementaire.

Dans notre démocratie, l’apport de l’Assemblée nationale semble insignifiant au regard de la mission qu’elle s’assigne en étant « l’obligée » du pouvoir exécutif. Un certain nombre de facteurs explique cette posture de « chambre d’enregistrement » des moindres volontés du gouvernement. Le premier élément est sans aucun doute le mode d’élection des députés. En effet, au moment du scrutin législatif deux listes sont confectionnées. Il s’agit de la liste nationale et de la liste proportionnelle.

Cette première liste est une aberration pour un pays qui se dit porte étendard de la démocratie en Afrique de l’Ouest. Selon le bon vouloir des appareils politiques en charge d’établir cette liste, n’importe quel individu peut du jour au lendemain se retrouver dans l’hémicycle.  Il est urgent de s’arrimer sur les standards internationaux avec une élection uninominale à deux tours basé sur le découpage du territoire. Ce système est plus en phase avec nos aspirations de démocratie moderne et permettra d’avoir une assemblée représentative.

Les acteurs parlementaires doivent disposer d’un minimum de formation. Ce prérequis est indispensable pour une bonne compréhension des lois et du vote des budgets. Une partie des salaires élevés des députés doit servir aux recrutements d’assistants parlementaires pour leur permettre de mieux répondre aux préoccupations du peuple avec l’élaboration de propositions de lois pertinentes. L’idée d’une Assemblée monocolore ne fait pas avancer la démocratie et ne permet pas de réels débats. Une Assemblée nationale où l’on retrouve plus de 120 députés pour le compte de la mouvance présidentielle sur les 150 que compte l ‘hemicycle indique l’urgence de revoir le système et le mode d’élection. Il est normal que le président nouvellement élu dispose d’une majorité confortable à l’Assemblée nationale pour dérouler son programme. Mais disposer d’une majorité écrasante voire absolue n’est pas une bonne chose pour la démocratie.

Une opposition plus crédible et qui constitue une force de propositions doit inverser cette tendance bien « africaine » à vouloir disposer d’une Assemblée nationale totalement acquise aux désidératas du pouvoir. L’assemblée, lieu privilégié par essence du débat est « minimisée » par les leaders politiques d’envergure qui n’ont qu’une obsession le fauteuil présidentiel.  Une démocratie qui marche, c’est également une Assemblée nationale forte dans le rôle qu’elle joue  et plurielle dans les sensibilités politiques qui la composent. Le 30 juillet 2017, les Sénégalais seront appelés à renouveler leur Assemblée nationale. La mouvance présidentielle et l’opposition devront faire de ce scrutin un moment utile de débats. L’enjeu doit être pour les citoyens la mise en place d’une Assemblée nationale de rupture avec les vieilles pratiques et initier un excellent casting des futurs députés qui vont les représenter au sein de l’hémicycle.

Le renforcement de l’indépendance de la justice

L’indépendance de la justice doit être une réalité au-delà des mots. Aujourd’hui, il existe une méfiance à l’égard de l’institution judiciaire au regard du traitement de certains dossiers ces dernières années. L’article 91 de la Constitution dispose que « le pouvoir judiciaire est gardien des droits et libertés définis par la Constitution et la loi ». Que faut-il penser de cet article lorsque la pratique nous prouve le contraire certains cas . Au Sénégal, il existe ce sentiment d’impunité pour les personnes qui pensent  qu’il est plus facile d’échapper à la justice lorsque l’on dispose de moyens financiers ou de relais d’influence.  

L’Union des magistrats sénégalais (UMS) appelle depuis des années à une réforme de la composition et du fonctionnement du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), pour davantage matérialiser cette indépendance. Il faut relever que cet organe est encore présidé par le chef de l’Etat et que le ministre de la Justice en est le vice-président. Il serait plus judicieux de laisser à la discrétion des magistrats le soin de désigner eux-mêmes les membres de cette structure. Le juge Ibrahima Dème, démissionnaire du CSM a fustigé le manque de transparence dans le choix des magistrats dans une lettre adressée au président Macky Sall. Il a dénoncé « une magistrature sous influence » et rappelé la nécessité d’une « magistrature indépendante et impartiale, démontrant constamment dans ses décisions, que la justice est exclusivement au service de la vérité » (http://bit.ly/2nsv26O ). Un tel acte inédit posé par un juge, membre du CSM, interpelle les citoyens sur la nécessité de bâtir une justice indépendante et  d’assurer un accès égal à la justice pour tous. Ces éléments sont des piliers de la vie démocratique.

Le candidat Macky Sall en 2012 dans son programme « Yonnu Yokuté » avait soulevé une idée intéressante pour redorer l’image du Conseil constitutionnel. Il proposa une réforme portant sur le nombre et le mode de désignation des membres de cette institution. Il suggéra le  passage de cinq à sept  membres dont trois seront nommés par le président de la République parmi lesquels le président du Conseil, ensuite un par la majorité parlementaire, un par l’opposition parlementaire et deux par le Conseil supérieur de la magistrature. Lors du référendum du 20 mars 2016, cette réforme a été mise en placard au profit de la désignation par le président de l’Assemblée nationale de deux des sept membres du Conseil constitutionnel.

Le Sénégal a toujours connu un président de la République et un président de l’Assemblée nationale issus de la même mouvance présidentielle. Il est difficile de voir l’avancée démocratique et l’intérêt de cette réforme dans le système politique actuel. On ne peut imaginer un président de l’Assemblée nationale proposer des personnalités qui ne rencontreraient pas l’assentiment du président de la République. Le renforcement de la transparence du Conseil constitutionnel aurait également consisté à généraliser la publicité des débats et la publication des avis contraires éventuels (opinion dissidente) de certains membres. Le Conseil constitutionnel a un rôle important dans le système juridique de notre pays.

Les citoyens au cœur du jeu démocratique

Dans une situation ou l’équilibre des pouvoirs semble difficile à mettre en place, les organisations de la société civile doivent pleinement jouer leur rôle de sentinelle. Le citoyen, dans ses choix doit s’assurer que les meilleurs profils sont présents à tous les niveaux de l’Etat. Il doit mettre la même énergie dans le choix du président de la République que dans celui du député et du maire. On constate que les citoyens sont moins intéressés par les élections intermédiaires (élections législatives et communales) avec un niveau d’abstention qui ne cesse de progresser. En réalité, le citoyen est le « maître du jeu » démocratique mais cette conviction n’est pas la chose la mieux partagée au Sénégal et dans le continent. Souvent, nous voyons des citoyens qui sont impuissants face aux agissements de la classe politique. L’impression que donne le personnel politique est celle de disposer d’un « blanc-seing ». Le moment le plus redouté par les politiciens est la période électorale où ils cherchent toujours à donner des gages aux citoyens.

Les citoyens doivent reprendre la main sur la gestion des affaires publiques avec un suivi permanent des politiques publiques dont ils sont les bénéficiaires. La société civile doit initier de meilleures stratégies de mobilisation des citoyens sur les questions essentielles. Elle doit encore et toujours expliquer la force que peut constituer la carte d’électeur.  L’indignation et la mobilisation des citoyens sur les réseaux sociaux et dans les médias, à la suite de la panne de l’unique appareil de radiothérapie du service de cancérologie de l’hôpital Aristide le Dantec (Dakar) a été une démonstration pertinente du pouvoir de ces derniers à provoquer un changement immédiat. Des Sénégalais se sont même mobilisés pour prendre en charge l’évacuation des malades à l’étranger avec une chaîne de solidarité traduite par une campagne de financement participatif. Le gouvernement n’a eu d’autre choix que de se justifier et de procéder rapidement à l’achat de nouvelles machines. Il faut que se reproduisent dans notre pays des « 23 juin citoyennes » pour rappeler aux acteurs publics leur devoir de servir l’intérêt général. Thomas Jefferson disait que « le peuple est le seul censeur de ceux qui le gouvernent».

Babacar Ndiaye, le 29 mars 2017

La volonté d’un Sénégal émergent : au-delà du discours (Partie 2)


Administration sénégalaise

Révolutionner l’administration sénégalaise 

Il semble illusoire d’envisager une quelconque émergence sans la mise en place d’une administration de qualité. Le corps administratif sénégalais dans son ensemble doit être le reflet de cette volonté d’aller vers le changement. Révolutionner l’administration est une condition sine qua none. Jean Jaurès disait  qu’« il ne peut y avoir de révolution que là où il y a conscience ». L’heure est venue pour l’administration sénégalaise de faire sa mue. Il est inconcevable  de perdre des journées de travail pour la délivrance d’un acte administratif. La nécessité d’un contrôle accru des agents  (du directeur au préposé au nettoiement) et la mise en place d’un contrat de performance avec les administrés sont des outils nécessaires pour corriger les tares de l’administration sénégalaise.

Il est urgent de replacer le citoyen au cœur de l’appareil administratif et de mettre en œuvre toutes les dispositions allant dans le sens de sa satisfaction.  La ponctualité, la rigueur et la célérité dans le traitement des dossiers doivent être les maîtres-mots de cette nouvelle administration au détriment de l’absentéisme , des lenteurs et de l’inefficacité. La mise en place effective de sanctions à l’encontre des agents en cas de manquement devient un outil de management indispensable pour bénéficier d’une administration de qualité.   Il est nécessaire de revoir le système de recrutement des agents de l’administration. La compétence doit être le principal critère pour prétendre à un emploi dans la fonction publique.

La vitalité économique d’une nation dépend de la capacité de son administration à s’ adapter aux changements, à les anticiper et à répondre efficacement aux besoins des populations. Il nous  faut bannir les pratiques telles que la mise en avant de liens personnels pour voir son dossier  être traité en priorité. En effet, dans le cadre de dépôts de dossiers, il est trivial d’entendre cette phrase «  je viens de la part de tel…. Ou tel nous a mis en relation ». Dans un autre registre, il est usuel de se voir rétorquer que le document n’a pas encore été signé par le directeur. Dans l’administration, certains bureaux constituent «l’arbre à palabre» au détriment du citoyen qui est confiné dans une situation d’attente indescriptible. Il est temps que les agents de l’administration sénégalaise comprennent le sens et la mission du service public.  Lorsqu’on occupe un poste dans l’administration en totale inadéquation avec ses compétences, le citoyen sénégalais est le premier à ressentir les méfaits et les dysfonctionnements.

Pour un contrôle de la qualité des services rendus aux usagers, l’Etat devrait mettre en place un organe de surveillance sur cette question essentielle. Il regrouperait des usagers et des membres de l’administration et aura pour  mission de recevoir les griefs des administrés afin d’identifier les structures défaillantes et situer les responsabilités. L’utilisation des Techniques d’informations et de communications (TIC) peut faciliter ce contrôle citoyen avec une remontée rapide des informations. Pour qu’une telle action soit efficace, il est primordial que l’Etat joue sa partition aux côtés des citoyens. Lors du premier forum sur le financement des projets de Partenariat public-privé (PPP) qui s’est tenu à Dakar au mois de mai 2014, le président Sall invita l’administration à faire sa mue. Pour amorcer cette phase de modernisation, la culture de la sanction en cas de manquement doit être la règle de conduite à tous les niveaux. Une administration débarrassée de tous ces tares et constituée de personnes dont la seule volonté est servir les intérêts des citoyens est seul gage d’avancées significatives. Révolutionnons notre administration.

Babacar Ndiaye, le 31 août 2016

 

La volonté d’un Sénégal émergent : au-delà du discours (Partie 1)


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Un changement radical de mentalité

Le premier pas vers l’émergence est un changement de mentalité et de comportement.

Chaque Sénégalais à son niveau doit incarner cette soif de développement. Le premier levier sur lequel les nouvelles autorités porteuses du projet « Sénégal émergeant » devaient s’appuyer  est la dissémination d’une telle ambition. Si toutes les couches de la population ne sont pas suffisamment imprégnées des objectifs du plan et ne sont pas impliquées dans les processus de transformation, alors il ne s’agira que d’un vœu pieux.  La volonté de changement et de progrès  ne peut être portée que par une élite. Il ne s’agit pas d’étaler une liste d’infrastructures réalisées ou  d’agiter les chiffres de la croissance qui n’ont pas d’emprise réelle sur le vécu des populations. La question d’un nécessaire changement de mentalité des Sénégalais et de leurs rapports à la citoyenneté et au civisme ne peut plus être éludée. Le constat est alarmant et impose des actions concrètes.

Les gouvernants doivent agir sur le comportement des populations. Ils doivent constituer des modèles en toutes circonstances et être irréprochables dans la gestion du bien commun. Montesquieu disait que « le plus grand mal que fait un ministre n’est pas de ruiner son peuple, il y en a un autre mille fois plus dangereux : c’est le mauvais exemple qu’il donne ». Les années Wade ont parfaitement illustré cette perte des valeurs.   La parole donnée perdit sous sa gouvernance son caractère sacré. Le poète anglais Edmond Spenser disait que « l’amour est plus précieux que la vie ; l’honneur plus que l’argent : Mais plus précieux que tous deux, la parole donnée ». Les valeurs qui constituent le socle de nos sociétés tendent à disparaître au profit de la facilité.

Au soir du 25 mars 2012, le président Macky Sall avait l’occasion unique d’inviter les sénégalais à une véritable introspection. Chaque citoyen devrait s’interroger sur ses actes au quotidien et la portée qu’ils peuvent avoir sur la construction nationale. Les maîtres mots de cette nouvelle alternance devaient être la « discipline » et le « travail ».  Ce nouvel état d’esprit devait être reflété à tous les étages de la société. Le socle de l’émergence est le travail. Cette valeur  est proclamée à tous les niveaux de la société mais elle  n’est pas assez ancrée dans la mentalité sénégalaise. Ces dernières années, une nouvelle conception est apparue concernant l’argent. En effet, une idée répandue voulait que l’argent ne soit pas le fruit du travail mais plutôt le fait de ruses et de jeux de dupes.

Le président Macky Sall lors d’un séminaire de la mouvance présidentielle en 2014 relevait à juste titre la propension des Sénégalais à faire la fête en toutes circonstances et à ne pas travailler assez. Ce constat ne souffre d’aucune contestation.  Pourtant, il est fréquent de voir l’Etat mobilisé des milliers personnes pour des cérémonies en tous genres aux heures de travail. La sobriété tant proclamée par les tenants du pouvoir s’efface au profit de grande mobilisation pour des inaugurations. Lors des remaniements ministériels ou de changements de direction, on assiste à des spectacles navrants au moment des passations de service. Un folklore indescriptible entoure ces moments de solennités dans l’administration. « Le succès de la Malaisie c’est le travail » affirmait l’ancien premier ministre malaisien Mahathir Ibn Mohamed lors d’un colloque à Riyadh en janvier 2009.

La marche vers l’émergence nécessite un écosystème favorable et un ensemble de pré requis.  Aucun pays ne peut espérer atteindre des progrès significatifs sur le plan économique et social  sans une discipline marquée des différents segments de sa population. Au pays de la téranga, l’indiscipline est érigée en règle de conduite. Il suffit d’observer le comportement des sénégalais sur les routes. C’est sans doute l’exemple qui illustre le mieux le manque de discipline notoire des populations. Il est fréquent de voir  sur les artères de Dakar des gros camions transportant à ras bord des matériaux croisant des charretiers au détriment de l’automobiliste qui ne doit à sa survie qu’à une vigilance de tous les instants. Certains piétons prennent des risques inconsidérés tous les jours en traversant  des autoroutes. Ce type de «spectacle» est devenu banal et revêt même une forme de normalité. Les accidents se multiplient sur les routes de Dakar et du Sénégal.

L’autre spectacle le plus navrant est la désinvolture avec laquelle les Sénégalais jettent dans les rues les sachets ou papiers après utilisation. Pour certains, la seule règle qui prévaut dans les espaces publics c’est qu’il n’y a pas de règles. Avec un tel niveau d’insouciance de la préservation de son cadre de vie, il est difficile d’envisager un quelconque changement dans des villes insalubres.

Une prise de conscience est nécessaire à tous les niveaux de la population. La volonté de changer les choses doit être le plus puissant ciment  de notre nation et cela commence par une remise en question de nos mauvaises habitudes. A l’image de pays asiatiques comme Hong Kong ou les dirigeants ont su changer les mentalités et créer des réflexes de « haine » contre la corruption, nous devons refuser de relativiser les faits d’indiscipline et d’incivisme. Chaque Sénégalais doit être l’artisan  de ce changement. Nous ne devons plus nous contenter de cette situation de fatalité et le discours ambiant que consiste à nous faire croire que le changement est une utopie. Posons les actes.

Babacar NDIAYE, le 31 aôut 2016

La volonté d’un Sénégal émergent : au-delà du discours


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« La grandeur d’une nation ne se mesure pas uniquement à sa taille, c’est la volonté, la cohésion, la vigueur, la discipline de son peuple et la qualité de ses dirigeants qui lui assurent une place honorable dans l’histoire. » Lee Kuan Yew, le père de l’indépendance de Singapour

 

Ces  trois dernières années, le terme le plus utilisé au Sénégal est « émergence ». Le président Macky Sall élu triomphalement en 2012 affiche l’ambition de propulser le Sénégal dans le cercle des pays émergents d’ici une vingtaine d’années. Le Plan Sénégal Émergent (PSE) est présenté comme le tableau de bord devant permettre l’atteinte de cet objectif. Dés sa diffusion en 2014, ce document a fait l’objet d’attaques et de critiques car  son élaboration a été confiée à un cabinet étranger. Le premier pas vers l’émergence est sans doute de faire confiance à l’expertise sénégalaise pour définir un tel plan d’action. Mais les gouvernements africains ont toujours ce réflexe de faire appel à l’occident pour dessiner une vision.

Il faut tout de même saluer la pertinence d’un tel projet qui a pour objectif d’inscrire le Sénégal sur les rails de l’émergence à l’horizon 2035. Fixer un cap avec des échéances précises a souvent manqué dans les politiques publiques de notre pays. Le contenu du PSE est discutable et son mécanisme de financement est somme toute classique. Une fois de plus les autorités sénégalaises se sont présentées à Paris devant les bailleurs de fonds  pour contracter une dette qui engagera les générations futures. Depuis les indépendances, le Sénégal est l’un des pays de l’Afrique de l’Ouest à avoir reçu le plus d’aide de l’Occident et des institutions de Bretton Woods.

Dans la décennie 2000 à 2010, notre pays a bénéficié de toutes les formes d’aides existantes auprès de ses partenaires traditionnels.  A ce titre, il faut citer l’initiative renforcée en faveur des Pays pauvres très endettés (Initiative PPTE) et plus récemment l’Initiative d’allégement de la dette multilatérale (IADM).  La volonté de passer à l’étape de l’émergence suppose tout d’abord une indépendance financière et la capacité de faire  preuve de créativité dans la mise en œuvre des stratégies. Aucun pays dans le monde n’a atteint l’émergence avec uniquement des prêts contractés auprès de bailleurs étrangers. Hélas! Nous tombons toujours dans le piège sans fin de l’endettement.

Un pays comme le Rwanda a choisi de prendre le chemin inverse pour atteindre les résultats que nous voyons aujourd’hui. Le président Paul Kagame a fait le pari de développer son pays sans le soutien de la communauté internationale, en invitant les populations à relever ce défi. Clay Parker, le directeur général de Bridge2Rwanda, une Organisation non gouvernementale (ONG) dans le développement économique expliquait en ces termes la réussite actuelle de Rwanda. «Le style de management est construit à partir d’un minimum de bureaucratie et d’un maximum de protection. Les gens veulent apprendre et travailler dur. Ils veulent être innovants et ne pas être en concurrence avec l’Afrique mais avec le monde entier ». Kagame porte incontestablement une vision pour son pays. Les performances actuelles  sur le plan économique le montrent à suffisance.

Celle du président Sall déclinée à l’origine dans son programme de campagne intitulé le « chemin  du développement » a fait place au « Plan Sénégal émergent ». Jean Jaurès disait que « quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots ». Installer dans l’imaginaire collective qu’un nouveau programme va impulser une nouvelle dynamique de changement avec des travaux pharaoniques et des investissements à coup de milliards est somme toute  classique. Je me souviens encore d’une rencontre en 2011 au King Fadh Palace et les déclarations de l’ancien président Wade qui annonçait le Sénégal aux portes de l’émergence. Il faudrait d’ailleurs demander à nos dirigeants de nous dire ce qu’ils entendent par « émergence ». La manipulation de concepts et de mots  dans l’air du temps devient insupportable. Nous parlons d’un pays qui conserve les mêmes marqueurs depuis des années.

La maîtrise de l’eau et de l’électricité n’est pas assurée aux populations sénégalaises en 2016 alors qu’elles constituent les bases même de cette émergence tant chantée. L’ épisode du tuyau défectueux de Keur Momar Sarr en 2014 avait paralysé la distribution en eau de la capitale sénégalaise pendant plusieurs semaines. Cette situation a démontré la fragilité de l’Etat à fournir le besoin le plus primaire. Cet article a pour objectif de dégager des pistes de solution sur le Sénégal qui dit-on a choisi d’emprunter le chemin de l’émergence. Il sera décomposé en plusieurs parties correspondant à des réflexions sur les préalables à cette émergence.

Babacar Ndiaye, le 30 août 2016

 

 

 

Lutter contre la corruption c’est asseoir la crédibilité de l’OFNAC et de ses rapports


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En 2012, le nouveau président élu Macky Sall fit de la lutte contre la corruption son cheval de bataille avec la création d’une structure dédiée à cette mission au Sénégal. L’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC) vit le jour avec à sa tête Madame Nafi Ngom Keita de l’Inspection générale d’Etat (IGE). L’ambition avouée de cette nouvelle  structure est de contribuer à la mise en place d’une gouvernance vertueuse et sobre prônée par le nouveau pouvoir. La première mission de la nouvelle équipe fut de recevoir la déclaration de patrimoine des autorités étatiques.

Les résistances et les entraves à la bonne exécution de cette mission furent multiples. Certains ministres et responsables de service public avaient refusé de se soumettre à cette exigence légale. Les médias sénégalais avaient fait état de menaces de certaines autorités à l’encontre de la présidente de l’OFNAC.  Ce premier signal a montré à suffisance la complexité de la tâche du nouvel organe en charge de la lutte contre la corruption. A ce jour, personne n’est en mesure de dire si toutes les autorités concernées ont effectué leurs déclarations de patrimoine. Le Sénégal brille encore par sa capacité à mettre en place des institutions qui sur le papier contribuent au renforcement de notre démocratie mais dans la pratique ne répondent pas aux attentes.

L’OFNAC n’échappe pas à cette règle. Personne ne peut douter de la motivation et de l’enthousiasme de Nafy Ngom Keita à conduire à bien sa mission. Mais ceux qui l’ont nommée avaient-ils réellement l’intention de faire de l’OFNAC une institution crédible de lutte contre toutes les formes de corruption. La polémique actuelle avec le départ précipité de madame Keita de la tête de l’institution montre la difficulté de venir à bout de la corruption sous nos cieux. La volonté est proclamée partout mais les actions d’envergure qui témoignent d’un sentiment réel de lutte contre la corruption sont peu visibles.

Lors de sa passation de service avec la nouvelle présidente, madame Ngom Keita a eu des mots justes. Elle a affirmé que  « la difficulté du combat contre la corruption est que les corrupteurs et les corrompus utilisent la force financière obtenue grâce à cette même corruption pour nous combattre ». Cette phrase a particulièrement retenu mon attention. Le premier rapport d’activités (2014-2015) de l’OFNAC a pointé du doigt des faits de corruption dans les secteurs de l’éducation, de la santé, des impôts, de l’emploi, des collectivités locales, des transports terrestres et des marchés publics (http://www.wathi.org/laboratoire/choix_de_wathi/rapport-public-dactivites-2014-2015-office-national-de-lutte-contre-fraude-corruption-ofnac-senegal-partie-2/)

Il est dommage de constater que la presse nationale n’a pas suffisamment exploité les éléments de ce rapport. Elle tombe toujours dans le piège de l’actualité dictée par le pouvoir. Et si le départ de madame Ngom Keita était une diversion pour « noyer » le rapport et détourner l’opinion des éléments constitutifs de ce document ? La gestion des résultats du rapport par les autorités et le sort réservé à sa présidente concourent à décrédibiliser  l’OFNAC. Il ressort de cet épisode que les manquements identifiés dans l’administration sénégalaise et les faits présumés de corruption relevés par l’OFNAC ne semblent pas être la préoccupation première des autorités.

Lutter contre la corruption semble se réduire à un slogan au moment où des sanctions étaient attendues contre les personnes qui ont été épinglées dans le rapport. Quelle attitude doit avoir le citoyen face à cette situation et quel regard porter aujourd’hui sur l’OFNAC ? Son utilité est clairement remise en cause car la décision de mettre fin aux fonctions de l’ex-présidente avant son terme interpelle sur la volonté réelle de lutter contre la corruption.

Asseoir la crédibilité de l’institution et de son rapport annuel est le premier pas significatif dans cette lutte contre la corruption sinon elle sera un organe budgétivore de plus au Sénégal. Les organisations de la société civile doivent effectuer un travail de sensibilisation auprès des populations sur la mission de l’OFNAC et sur les résultats des rapports de l’institution. Cette mobilisation citoyenne autour de la question de la corruption est indispensable pour pousser les gouvernants à prendre les mesures adéquates lors de la publication des rapports annuels de l’OFNAC.

 

Babacar Ndiaye, le 24 août 2016

 

Sénégal : est-ce un simple référendum ?


MACKY

Certains amis et lecteurs de mon blog m’ont invité à donner mon point de vue sur le référendum du 20 mars 2016. J’ai écouté les arguments des deux camps qui s’opposent actuellement à travers diverses stratégies. La classe politique sénégalaise a cette faculté de plonger le pays dans une campagne électorale permanente. Le référendum a des allures d’élection présidentielle avec une agitation politique indescriptible.

La décision du président Macky Sall de poursuivre son mandat jusqu’en 2019 cristallise tous les débats. Pour rappel, ce dernier entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2012 avait pris l’engagement de réduire le mandat en ramenant le quinquennat et de se l’appliquer en cas de victoire. Il faut également rappeler le contexte dans lequel cet engagement avait été pris et séduit bon nombres d’électeurs. Le président Wade martelait qu’il lui fallait 3 ans pour finir ses chantiers. Le candidat Moustapha Niasse parlait d’un mandat unique de 5 ans. D’autres hommes politiques soulevèrent la proposition d’un mandat de transition. C’est dans cette surenchère d’annonces que le candidat Macky Sall prit l’engagement de restaurer le quinquennat. Cet engagement a été réitéré dans les premières heures de l’alternance au Sénégal et dans de nombreuses rencontres dans le monde.

« Le référendum a des allures d’élection présidentielle avec une agitation politique indescriptible ».

La volonté de rupture a été clairement exprimée et la nécessité de placer le Sénégal sur les rails du développement semblait animer le nouveau président. Quatre ans après, que s’est il passé pour qu’il prenne le risque politique de se détourner de son engagement. Je ne vais pas aborder ici le débat juridique qui à mon sens n’est pas pertinent dans le contexte. Les plus éminents juristes du Sénégal ont renvoyé à ses contradictions le « juriste du président ». Il faudra également que l’on s’interroge un jour sur le droit constitutionnel sénégalais et  la capacité de certains juristes de défendre des positions en fonction de l’intérêt du moment. La précipitation du camp présidentiel à organiser le référendum est également incompréhensible. La sérénité devrait regagner l’entourage du président dont les ministres et conseillers sont tous devenus des « constitutionnalistes ».

L’élément qui me parait le plus essentiel dans cette décision du président est le non respect de l’engagement pris en 2012. Le respect de la parole donnée est une valeur africaine, dans certaines régions il est plus important que l’écrit. Nos sociétés sont marquées par sa sacralité à plus forte raison lorsqu’elle émane du dirigeant. Le fameux reniement du Président Wade a davantage décrédibilisé la parole politique. Une atmosphère de défiance entoure constamment les déclarations des hommes politiques. Dans la rupture prônait par le président Sall, les termes de vertu et d’éthique sont souvent revenus. Le contexte dans lequel il prend cette décision ne peut pas être détaché de tous ses discours sur les valeurs.

L’impression que l’on peut avoir de ce changement intervenu dans le discours du président est l’éternel « petit calcul politique ». A mon avis il y’ a un élément que les hommes politiques n’intègrent pas suffisamment dans leurs rapports au pouvoir. Il s’agit du facteur temps notamment la rapidité du mandat et la réalisation des  nombreux d’engagements pris durant la campagne électorale. Ils donnent souvent le sentiment de pouvoir tout régler durant un mandat avec des programmes qui n’ont aucune emprise sur le réel. Il est dommage que la décision du président intervienne après 4 ans d’exercice du pouvoir. La séquence temporelle dans laquelle s’inscrit cette annonce ne peut laisser personne indifférente.

On a l’habitude de dire que tout président nouvellement élu jouit d’une période de grâce. Durant cette période, les populations qui l’ont élu sont plus conciliantes. Sans doute, il aurait fallu évacuer la question de la durée du mandat durant cette séquence. Mais durant de nombreux mois le président n’a eu de cesse de réaffirmer son intention de réduire son mandat. En se donnant deux ans de plus, le  président aura à cœur d’inclure dans son bilan les projets en cours. On est toujours dans cette posture qui consiste à vouloir régler toutes les questions dans une séquence temporelle très courte. Cela pousse évidemment les autorités en place à agir de manière imprévisible et à s’accorder toutes les chances pour obtenir un second mandat. En définitif, le diktat ou la pression du second mandat pousse à la faute de nombreux dirigeants qui s’enferment dans des calculs et s’adonnent à de la « politique politicienne ».

Le citoyen sénégalais est choqué de voir à chaque changement le président s’entourer des personnes qui l’ont jadis combattu. Ce que l’on appelle communément « transhumance » au Sénégal est une pratique qui a la dent dure malgré le perpétuel discours de rupture. Ou est la rupture lorsqu’on observe que des figures marquantes de l’ancien pouvoir rejoignent une à une la mouvance présidentielle et sont nommées à des postes importants. Mieux, aujourd’hui ils appellent à voter pour le  « oui » alors qu’ils étaient les partisans d’un retour au septennat en 2008 sous Wade. Sans doute, seront ils recasés au Haut Conseil des Collectivités Locales, une institution budgétivore de plus.  La classe politique doit apprendre à respecter le peuple sénégalais. Le philosophe Emmanuel  Lévinas disait que « La politique doit pouvoir toujours être contrôlée et critiquée à partir de l’éthique ». Il semble que dans notre pays  l’éthique ne soit pas le principal marqueur de la classe politique.

« En se donnant deux ans de plus, le  président aura à cœur d’inclure dans son bilan les projets en cours. On est toujours dans cette posture qui consiste à vouloir régler toutes les questions dans une séquence temporelle très courte ».

Les conséquences de ce référendum seront nombreuses sur l’échiquier politique. Dans cette période de confrontation entre les partisans du « oui » et du  « non ». Les deux camps gagneraient à davantage expliquer aux populations les enjeux. Il est incontestable que le point le plus attendu de ce référendum fut la réduction du mandat présidentiel actuel. La déception de certains sénégalais est grande. Mais il faut reconnaître que certains points soumis au référendum peuvent constituer des avancées démocratiques. Il est toujours bon de consolider une démocratie avec l’intégration de nouveaux droits. La question du « reniement » du président Sall pourra être réglée ultérieurement par les citoyens qui jugent qu’il a failli à sa parole. Le premier temps fort sera les élections législatives de 2017 en l’installant dans le système de la « cohabitation ». Le second temps fort est l’élection présidentielle de 2019, les populations auront la latitude de le pousser vers la sortie.

Les partisans du « non » favoriseraient le statut quo en cas de victoire avec une constitution qui restera inchangée. Non seulement le président Macky Sall poursuivra son mandat de sept ans mais le prochain président qui sera élu en fera de même. Le « non » expose à deux mandats successifs de sept ans, celui en cours et le prochain. Cela devra être bien expliqué au Sénégalais.  La volonté de vouloir sanctionner le président Sall à tous prix suffit-elle pour faire ce choix. Il est certain qu’un « Non » le délégitimerait et l’affaiblirait pour le reste de sa présidence.

« La cohabitation sera possible à l’avenir au Sénégal. La poursuite du mandat de 7 ans peut créer dans le temps cette situation inédite ».

La cohabitation sera possible à l’avenir au Sénégal. La poursuite du mandat de 7 ans peut créer dans le temps une situation inédite. Il est possible que le Sénégal connaisse des séquences de cohabitation. En 2017, nous aurons des élections législatives et si le président Sall venait à perdre cette élection, nous serons dans un cas de figure nouvelle. Le président sera obligé de composer avec une majorité nouvelle et le premier ministre issu de cette mouvance  sera à ce moment charger de définir la politique de la nation.  Habituellement et de façon mécanique lorsqu’il y’a concordance sur la durée des mandats entre celui présidentiel et législatif, le président dispose d’une majorité confortable pour dérouler son programme.

Dans le cas d’espèce, nous allons avoir des élections législatives qui ne vont plus coïncider avec celle présidentielle. C’est le système des élections à mi-mandat qu’installera cette nouvelle donne. Cette situation peut avoir un intérêt  remarquable pour le citoyen qui pourra sanctionner le président en place après quelques années de pouvoir en le cantonnant dans le rôle « d’inaugurer les chrysanthèmes ». Le président qui perdra la majorité aux élections législatives du fait du peuple sera affaibli jusqu’à la fin du mandat et n’aura plus d’emprise sur la politique menée au Sénégal. Le centre névralgique du pouvoir sera la primature.  Attendons le 20 mars pour connaitre l’issue de cette consultation et le choix des sénégalais.

Babacar NDIAYE, le 15 mars 2016

 

 

 

Bonne année 2016 et que les lignes continuent de bouger en Afrique


bonne année 16

 

L’année 2015 qui s’achève laissera des marques indélébiles sur les mutations actuelles de notre continent et plus particulièrement en  Afrique de l’Ouest. Nous avons salué l’élection présidentielle apaisée au Nigeria qui a vu la victoire de Muhammadu Buhari. Le Burkina Faso, malgré quelques péripéties ces derniers mois a aujourd’hui à sa tête un nouveau chef d’Etat en la personne de Roch Marc Christian Kaboré. Ce dernier a une mission historique de tourner définitivement la page Compaoré et il devra compter avec une société civile de plus en plus organisée. Je suis heureux de voir que le dossier sur l’assassinat de Thomas Sankara connait une nouvelle tournure. J’espère que la justice fera son travail et nous aurons des réponses concernant les questions que nous nous posons depuis des années.

Dans deux pays de la région, on a expérimenté la formule « un coup KO » lors des élections présidentielles. Alassane Ouattara  et Alpha Condé sont sortis vainqueurs au premier tour.  Je m’étonne toujours de voir des présidents sortants s’imposer au premier tour après les nombreuses agitations de l’opposition. J’en viens à conclure que nous avons des partis d’opposition plus prompts à formuler des critiques et à s’attarder sur des débats de personnes qu’à proposer des solutions opérantes aux populations qui font face à toutes sortes de difficultés.

Constituer une alternative crédible demande de s’enquérir des véritables préoccupations des citoyens au quotidien. Je n’oublie pas non plus que la posture de « président sortant » sous nos cieux confère un certain nombre d’avantages. La confusion entre le président sortant et le candidat en période électorale ne fait pas les affaires de l’opposition avec l’utilisation des moyens de l’Etat pour battre campagne. La question du financement des partis politiques agitée ces derniers jours au Sénégal reste un problème majeur en Afrique. Nous ne pouvons plus faire l’économie d’un tel débat.

La volonté d’inscrire nos pays sur la trajectoire de la bonne gouvernance est une réalité dans certains Etats. L’Île Maurice, le Bostwana et le Cap-Vert sont les champions dans ce domaine sur le continent. Le nouveau président tanzanien John Magufuli pose des actes intéressants en matière de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption  depuis son élection. Espérons que ces actions significatives ne soient pas des coups médiatiques. Ailleurs comme au Burundi un homme a décidé de se maintenir au pouvoir et peu importe ce que cela peut coûter à son peuple. C’est aussi cela l’Afrique mais les dynamiques actuelles nous montrent que  l’alternance est en train de s’installer de plus en plus dans les systèmes politiques.  Les sociétés civiles africaines sont résolument engagées à lutter contre les différentes formes d’appropriation du pouvoir.  Elles sont devenues des « acteurs » incontournables du changement ces dernières années.

« Entreprendre » est devenu le leitmotiv de la jeunesse africaine qui a dépassé le stade des promesses de création de milliers d’emplois à chaque élection présidentielle. L’entreprenariat et l’auto emploi sont  devenus une « obsession » pour une bonne frange de la jeunesse du continent. Du Kenya au Ghana, de la Tanzanie au Maroc, les jeunes s’investissent dans  tous les secteurs de la vie économique. Le dynamisme de l’Afrique passera par la capacité de sa jeunesse à s’inventer et à s’engouffrer dans la brèche de l’innovation pour relever les nombreux défis. Les pays anglophones du continent sont des moteurs dans ce nouvel état d’esprit et cette volonté de changement. Continuons de faire bouger les lignes en Afrique.

Bonne année 2016 à toutes et à tous.

Babacar NDIAYE