Bonne année 2016 et que les lignes continuent de bouger en Afrique


bonne année 16

 

L’année 2015 qui s’achève laissera des marques indélébiles sur les mutations actuelles de notre continent et plus particulièrement en  Afrique de l’Ouest. Nous avons salué l’élection présidentielle apaisée au Nigeria qui a vu la victoire de Muhammadu Buhari. Le Burkina Faso, malgré quelques péripéties ces derniers mois a aujourd’hui à sa tête un nouveau chef d’Etat en la personne de Roch Marc Christian Kaboré. Ce dernier a une mission historique de tourner définitivement la page Compaoré et il devra compter avec une société civile de plus en plus organisée. Je suis heureux de voir que le dossier sur l’assassinat de Thomas Sankara connait une nouvelle tournure. J’espère que la justice fera son travail et nous aurons des réponses concernant les questions que nous nous posons depuis des années.

Dans deux pays de la région, on a expérimenté la formule « un coup KO » lors des élections présidentielles. Alassane Ouattara  et Alpha Condé sont sortis vainqueurs au premier tour.  Je m’étonne toujours de voir des présidents sortants s’imposer au premier tour après les nombreuses agitations de l’opposition. J’en viens à conclure que nous avons des partis d’opposition plus prompts à formuler des critiques et à s’attarder sur des débats de personnes qu’à proposer des solutions opérantes aux populations qui font face à toutes sortes de difficultés.

Constituer une alternative crédible demande de s’enquérir des véritables préoccupations des citoyens au quotidien. Je n’oublie pas non plus que la posture de « président sortant » sous nos cieux confère un certain nombre d’avantages. La confusion entre le président sortant et le candidat en période électorale ne fait pas les affaires de l’opposition avec l’utilisation des moyens de l’Etat pour battre campagne. La question du financement des partis politiques agitée ces derniers jours au Sénégal reste un problème majeur en Afrique. Nous ne pouvons plus faire l’économie d’un tel débat.

La volonté d’inscrire nos pays sur la trajectoire de la bonne gouvernance est une réalité dans certains Etats. L’Île Maurice, le Bostwana et le Cap-Vert sont les champions dans ce domaine sur le continent. Le nouveau président tanzanien John Magufuli pose des actes intéressants en matière de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption  depuis son élection. Espérons que ces actions significatives ne soient pas des coups médiatiques. Ailleurs comme au Burundi un homme a décidé de se maintenir au pouvoir et peu importe ce que cela peut coûter à son peuple. C’est aussi cela l’Afrique mais les dynamiques actuelles nous montrent que  l’alternance est en train de s’installer de plus en plus dans les systèmes politiques.  Les sociétés civiles africaines sont résolument engagées à lutter contre les différentes formes d’appropriation du pouvoir.  Elles sont devenues des « acteurs » incontournables du changement ces dernières années.

« Entreprendre » est devenu le leitmotiv de la jeunesse africaine qui a dépassé le stade des promesses de création de milliers d’emplois à chaque élection présidentielle. L’entreprenariat et l’auto emploi sont  devenus une « obsession » pour une bonne frange de la jeunesse du continent. Du Kenya au Ghana, de la Tanzanie au Maroc, les jeunes s’investissent dans  tous les secteurs de la vie économique. Le dynamisme de l’Afrique passera par la capacité de sa jeunesse à s’inventer et à s’engouffrer dans la brèche de l’innovation pour relever les nombreux défis. Les pays anglophones du continent sont des moteurs dans ce nouvel état d’esprit et cette volonté de changement. Continuons de faire bouger les lignes en Afrique.

Bonne année 2016 à toutes et à tous.

Babacar NDIAYE

Mali – Terrorisme – Babacar NDiaye : « La menace est réelle et peut toucher à chaque instant tout pays africain » (Entretien avec le journal Le point Afrique)


DÉCRYPTAGE. Spécialiste des conflits armés en Afrique, Babacar Ndiaye livre son analyse de cette prise d’otages opérée à l’hôtel Radisson de Bamako.

Mali Radisson

Presque deux cents personnes étaient présentes dans l’hôtel Radisson lorsque les assaillants, entre deux et cinq selon des témoins, sont arrivés à bord d’une voiture avec une immatriculation du corps diplomatique. Il faut croire qu’ils ont fait exprès au niveau de la date, une semaine après les attentats de Paris, le jour même de l’ouverture du sommet antiterroriste du G5 Sahel avec 5 chefs d’État. Le G5 Sahel est une nouvelle organisation qui réunit le Tchad, le Niger, le Burkina Faso, le Mali et la Mauritanie. Avec le recul de l’expérience que lui confère sa connaissance des conflits armés en Afrique, Babacar NDiaye du cabinet Impact Africa Consulting, décrypte pour Le Point Afrique ce qui se cache derrière cet acte terroriste du Radisson Blu de Bamako.

Le Point Afrique : On a vu les vives réactions des Africains, surtout les dirigeants, après les attentats du week-end dernier à Paris, mais l’Afrique aussi est sous la menace de ces groupes ? Comment observez-vous ces risques ?

Babacar NDiaye : Les attentats de Paris ont démontré une fois de plus que la menace terroriste est globale. De nombreux dirigeants africains ont condamné ces actes terroristes et ont apporté leur soutien à la France. Il faut relever que le continent africain a connu ces dernières années l’implantation de groupes terroristes très actifs qui ont déstabilisé un certain nombre de pays.  Des États ont constitué des foyers, voire des sanctuaires, pour des groupes terroristes qui ont agi en toute impunité. Le Nord-Mali est sans doute un des exemples les plus illustratifs de la capacité de nuisance de ces groupes qui contrôlent ou ont contrôlé des pans entiers de territoires. La montée en puissance puis l’implantation des groupes terroristes en Afrique ont plusieurs explications. Les États disposent de ressources limitées pour combattre efficacement des groupes terroristes qui s’adonnent à tous les types de trafic et d’enlèvement. Ces groupes prospèrent dans des États fragiles, dans des États post-conflits, dans des États aux frontières poreuses et donc difficiles à surveiller du fait du manque de moyens. Le phénomène de la corruption endémique est également un facteur favorisant ce développement. Il n’y a véritablement jamais eu une volonté commune de fédérer les forces de défense dans les États africains pour éradiquer des groupes terroristes de mieux en mieux organisés et disposant de moyens financiers importants. Comment expliquer que Boko Haram a pu défier pendant des années la première puissance économique du continent, le Nigeria. Cette armée, supposée être une des plus performantes du continent, a montré ses limites à venir à bout du groupe islamiste. L’Afrique est clairement sous la menace du terrorisme depuis des années et des milliers de personnes ont péri dans des attentats et actes terroristes. La menace est globale, mais les États n’ont pas encore suffisamment pesé les risques d’un tel phénomène. Chaque dirigeant africain est d’abord convaincu que c’est l’affaire du voisin et a tendance à minimiser le risque de potentiels attentats sur son territoire. Ce qui s’est passé au Nord-Mali et l’avancée djihadiste enrayée par la France en 2013, ce qui se passe actuellement au nord du Nigeria ou en Somalie ont montré les défaillances de nos armées africaines et de notre capacité à assurer notre sécurité collective. Les attaques terroristes sont légion dans des pays comme le Nigeria ou encore la Somalie. La menace est réelle et peut toucher à chaque instant tout pays africain.

Comment le recrutement de djihadistes en Afrique se fait-il ?

Les groupes djihadistes ont su profiter de toutes les faiblesses de certains pays africains pour se développer et affirmer une présence active (impuissance des États sur le plan sécuritaire, géographie propice à leur implantation, économies modestes). Dans certains pays où les groupes terroristes prospèrent, il faut observer les mêmes caractéristiques. Que ce soit au nord du Mali ou du Nigeria, nous avons des zones d’extrême pauvreté dépourvues des services de l’État. Les politiques publiques y sont quasi inexistantes. À cela, il faut ajouter les problèmes de gouvernance, de corruption et le détournement de deniers publics. Cela entraîne un sentiment de repli identitaire et d’exclusion sociale. Le fort taux de paupérisation et d’analphabétisme de ces sociétés constitue potentiellement un creuset pour le recrutement de jeunes, en pleine crise identitaire et dépourvus de repères. Derrière la religion, un profond ressentiment anime ces potentiels candidats au djihadisme qui s’estiment abandonnés par les élites et le pouvoir central. Les populations éloignées sont livrées à elles-mêmes et cette situation facilite le recrutement pour les groupes terroristes. Dans cet environnement, il devient aisé de développer un discours radical et de véhiculer une idéologie aux antipodes des préceptes mêmes d’une religion comme l’islam. Ces groupes disposent de moyens financiers importants pour appuyer une stratégie de séduction auprès des jeunes. Il est difficile d’avancer un nombre de recrues pour chaque groupe terroriste, mais ce ne sont pas les potentiels candidats au djihadisme qui manquent dans ces régions. Les outils et discours pour le  recrutement sont bien pensés, car ils répondent à des situations de détresse.

Nigeria, Niger, Cameroun, Tchad, pour ne citer que ces pays, sont en première ligne face à Boko Haram depuis plus d’une année. Où en est-on ?

La lutte contre le groupe islamiste Boko Haram a connu ces derniers mois des avancées significatives. Le Nigeria a élu un nouveau président qui affiche une détermination et un volontarisme à mettre fin aux agissements du groupe. Le président Muhammadu Buhari a fait de la lutte contre Boko Haram une des priorités de son mandat. Des mesures ont été prises, comme le  transfert du quartier général des opérations militaires d’Abuja vers Maiduguri, la capitale de l’État de Borno et fief de l’insurrection djihadiste. Une alliance stratégique a été mise en place entre le Nigeria et les pays frontaliers que sont le Tchad, le Cameroun et le Niger. Cette coopération militaire était devenue inévitable malgré les relations conflictuelles qui ont souvent existé entre le Nigeria et ses voisins (Cameroun, Tchad). Le problème Boko Haram s’est transformé en une menace régionale. Des succès ont été enregistrés et on a semblé observer des signes de faiblesse de la secte islamiste qui a fait allégeance à l’État islamique. Cet acte a été perçu comme un moyen de se doter d’un puissant allié du djihadisme international dans une séquence où les pays frontaliers et surtout le Tchad s’organisaient pour faire face à la secte islamiste. Devenu l’État islamique en Afrique de l’Ouest, il s’est inscrit dans une nouvelle forme de violence avec l’utilisation de fillettes et de femmes kamikaze. Le 22 juillet 2015, au nord du Cameroun, un attentat a impliqué de jeunes filles équipées d’explosifs. La menace est toujours réelle et une action militaire qui s’inscrit dans la durée peut affaiblir l’action de la secte islamiste, mais une éradication totale semble difficile à imaginer. L’État nigérian sera appelé à trouver d’autres solutions alternatives pour lutter plus efficacement contre cet ennemi déterminé et disposant de moyens importants pour agir dans cette région. Plus de 6 664 victimes ont été décomptées l’année dernière du fait des agissements de la secte islamiste nigériane.

Comment jugez-vous les récentes interventions du président sénégalais Macky Sall pour interdire le voile intégral ?

Les différentes interventions du président Macky Sall sur la question du terrorisme ces derniers jours montrent à suffisance que la menace est palpable. Il faut saluer son engagement à aborder ces questions dans ce contexte africain difficile. Il faut expliquer aux populations que le risque est réel. Il a pris des mesures au Sénégal pour renforcer la vigilance des forces de défense. En octobre dernier, deux imams soupçonnés de terrorisme ont été arrêtés au Sénégal. En chef d’État responsable, il a pris des mesures pour renforcer un système de renseignement plus performant qui doit être capable de prévenir la menace sur le sol sénégalais. Il a initié la poursuite de la formation des forces spéciales en les dotant d’équipements plus modernes et en les mettant dans de meilleures conditions de travail. Il a annoncé la poursuite du plan d’équipement des unités et la réfection d’un certain nombre de bâtiments de l’armée. Pour s’inscrire dans une lutte efficace contre le terrorisme, il faut évidemment doter de moyens importants les forces de défense et de sécurité. Concernant son intervention sur l’interdiction du port du voile intégral au Sénégal, il me semble que ce phénomène est assez marginal. Il faut rappeler qu’il n’est pas le premier président africain à intervenir sur cette question. Le président Deby a fait la même annonce concernant son pays. Le président Macky Sall considère que le port du voile intégral ne correspond pas à la culture sénégalaise ni à la conception de l’islam dans ce pays et qu’il constitue un phénomène importé. Il faut souligner encore que le port du voile intégral est extrêmement marginal au Sénégal.

Dakar, le 20 novembre 2015.

Vous pouvez retrouver cet entretien sur le site Le point Afrique http://afrique.lepoint.fr/actualites/mali-terrorisme-babacar-n-diaye-la-menace-est-reelle-et-peut-toucher-a-chaque-instant-tout-pays-africain-20-11-2015-1983445_2365.php

WATHI, un think tank citoyen pour l’Afrique de l’Ouest (A découvrir)


wathi logo

 

Chers amis,

Je souhaite partager avec vous l’information concernant la création du think tank Wathi. Il s’agit d’une organisation qui s’est donnée pour mission de mettre à la disposition de l’Afrique de l’Ouest un cadre permanent permettant à tous ceux qui le souhaitent de participer à la production et l’échange de connaissances et d’idées et de contribuer, chacun à sa manière, à la consolidation des Etats, des institutions et des sociétés d’Afrique de l’Ouest, et à ceux du continent africain.

Voici des éléments de compréhension sur le think tank Wathi :

Un état d’esprit

Le WATHI est un état d’esprit fait d’un improbable cocktail de confiance, de réalisme, d’un joyeux idéalisme, d’une focalisation sur l’Afrique de l’Ouest et d’une ouverture sur toutes les autres régions du monde.

C’est l’état d’esprit d’une Afrique de l’Ouest et d’une Afrique qui travaille à améliorer tous les jours le présent et le futur de ses enfants tout en cultivant et en assumant une vision de la vie qui se fonde sur la recherche d’un bonheur aussi partagé que possible.

Un mouvement citoyen

Le WATHI traduit l’engagement des femmes et des hommes qui ne veulent pas se contenter de rêver d’une autre Afrique de l’Ouest et d’une autre Afrique, mais qui se proposent d’y travailler concrètement, patiemment et résolument.

C’est un mouvement citoyen qui transcende les catégorisations sociales, qui n’établit pas de hiérarchie entre les savoirs et les savoir-faire, qui veut mettre à la disposition d’une région africaine un outil permanent pour penser et agir ensemble.

C’est l’ambition démesurée de changer le présent et l’avenir de l’Afrique de l’Ouest élargie à ses régions voisines, en faisant du temps, waati en langue bamanakan du Mali, un allié.

Un laboratoire d’idées

Le WATHI est un laboratoire d’idées et une boîte à outils appelés à s’adapter constamment aux exigences de la réalité des pays de l’Afrique de l’Ouest.

Cadre de réflexion et d’action collective pour changer les trajectoires nationales ouest-africaines et pour transformer la région, le WATHI veut regarder les réalités des pays de la région telles qu’elles sont pour pouvoir concentrer l’énergie, le temps, la créativité, l’intelligence collective de ses femmes et de ses hommes sur les questions les plus cruciales pour le présent et pour l’avenir.

Que fait le WATHI?

Le WATHI contribue, par la réflexion et l’action collective citoyenne, à la transformation des systèmes politiques, économiques et sociaux et à une redéfinition des valeurs collectives dans les pays d’Afrique de l’Ouest.

Le WATHI ne se réduit à ses activités, il se définit avant tout comme un état d’esprit et une entreprise dynamique constamment renouvelée par la créativité de ses animateurs et des membres de son réseau. Les activités décrites ci-après correspondent à la première phase de la vie du WATHI. Ce n’est qu’un début.

Le e-WATHI

Le site web du WATHI ( http://www.wathi.org/accueil/) est une plateforme participative de production, d’échanges et de diffusion de connaissances et d’idées.

Le e-WATHI développe des contenus dans quatre grands domaines que sont: les institutions politiques, la gouvernance et la sécurité; la société, la culture et les identités; l’éducation, la santé et les sciences; l’économie, les infrastructures et l’environnement.

La plateforme web sert la mission de WATHI par :

  • la mise à la disposition du grand public de sources d’informations, d’analyses et d’inspiration pertinentes pour la région ouest-africaine;
  • l’animation permanente d’un espace de débats structurés générateurs de pistes de réformes et d’actions collectives sur les questions identifiées comme étant cruciales pour le bien-être présent et futur des populations des pays de la région.

Les rencontres nationales WATHI

Chaque rencontre nationale réunira un groupe d’une cinquantaine de participants de profils professionnels variés, dont une majorité de jeunes cadres des secteurs public, privé et associatif, résidant dans leur pays, âgés de 25 à 45 ans et une minorité de personnes-ressources résidentes ou non et de tous âges, sélectionnées par le WATHI pour leur expertise et expérience spécifiques.

Les rencontres nationales se tiendront de manière tournante dans les pays de la région dans le but d’élaborer un diagnostic précis sur l’état de ces pays et de formuler des propositions de réformes réalistes, susceptibles de changer profondément les systèmes et fonctionnements politiques, institutionnels, économiques, sociaux et culturels existants. Les dates des premières rencontres nationales et les pays choisis seront annoncés en 2016.

COMMENT SOUTENIR LE WATHI

Un financement citoyen cohérent avec l’état d’esprit

  • L’état d’esprit du WATHI est celui de femmes et d’hommes qui sont attachés à l’Afrique de l’Ouest et à l’Afrique, qui croient à la nécessité de s’engager pour défendre l’intérêt général des populations actuelles et des générations futures, et qui croient en la capacité des Africains à générer eux-mêmes les ressources nécessaires à la réflexion et à l’action collective sur des questions cruciales pour leur avenir.
  • La stratégie de mobilisation de ressources du WATHI n’exclut pas les donateurs institutionnels privés et publics potentiels (fondations, organisations internationales et régionales, entreprises privées) mais elle vise d’abord et avant tout les citoyens des pays d’Afrique et de tous les autres continents qui partagent la vision et l’état d’esprit du WATHI.
  • Plus le WATHI reposera sur des ressources provenant de la générosité d’un très grand nombre d’entre vous, plus nous serons indépendants financièrement et capables de nous concentrer exclusivement sur nos missions.
  • Le WATHI fait de la transparence financière un principal cardinal. Les informations sur les sources de financement de WATHI et sur l’allocation des ressources aux différentes activités seront données régulièrement sur le site web.

Pour en savoir plus sur le think tank Wathi, vous pouvez consulter le site internet http://www.wathi.org/accueil/

Longue vie à Wathi.

Babacar NDIAYE

Burkina Faso, ce coup d’Etat ne doit pas passer


burkina faso

Dans une Afrique en pleine mutation, certaines pratiques ont la dent dure. A quelques semaines de l’élection présidentielle, le Régiment de sécurité présidentielle (RSP) est entrain  de plonger le Burkina Faso dans une période de grande incertitude. Le Président Kafando et le Premier ministre Zida qui conduisaient la transition sont entre les mains de l’ancienne garde présidentielle de Compaoré. Ce coup d’Etat perpétré par le Général Gilbert Diendéré (Ancien chef d’état-major et bras droit de Blaise Compaoré) et ses compagnons est un frein au processus de transition entamé depuis un an.

La raison brandit pour justifier cet acte est la volonté de procéder à l’organisation d’une élection qui va rassembler toutes les sensibilités politiques y compris l’ancien parti au pouvoir le Congrès pour le progrès et la démocratie (CDP). Il faut rappeler que le Conseil constitutionnel burkinabé avait écarté de la course présidentielle des candidats qui étaient au cœur du « système Compaoré ». Cette exclusion de pontes de l’ancien pouvoir est perçue comme une erreur à plusieurs égards. En effet, les autorités de la transition devaient faire confiance au peuple burkinabé qui a pris son destin en main en 2014. Sans nul doute que ces candidats estampillés « compaoriste » allaient connaitre une grosse déconvenue lors de ce scrutin d’octobre. Ce qu’il faut souligner c’est encore ce décalage entre nos gouvernants et les populations africaines qui sont de plus en plus conscientes de leur rôle dans la gestion de nos Etats. On se souvient du Sénégal, lorsque le Président Wade a voulu se maintenir au pouvoir, il a été battu dans les urnes. Les autorités de transition burkinabé ont donné une belle opportunité aux proches de Compaoré de revenir au devant de la scène.

La volonté d’organiser des élections inclusives qui est à l’origine de ce coup d’Etat ne convint pas grand monde. Ce coup de force traduit plutôt la capacité de nuisance de Blaise Compaoré et ses proches dans ce processus de transition. En début de semaine, la commission pour les réformes appelait dans un rapport à la dissolution du RSP la toute puissante unité d’élite de l’armée burkinabé sous Compaoré.

Les prochaines heures vont être cruciales pour le peuple du Faso. Il faut condamner avec force ce coup d’Etat et se mobiliser contre ces putschistes qui poursuivent des intérêts particuliers. Le peuple burkinabé a la volonté d’avancer et ne peut accepter d’être l’otage de groupes mus par des intérêts personnels. Un rapport de force avec une mobilisation sans précédent des différentes composantes de la population burkinabé semble inéluctable pour enrayer cette forfaiture.

Babacar NDIAYE, le 17 septembre 2015

Quand allons-nous poser les vrais débats au Sénégal ?


 

Eight members of the Senegalese opposition, (From L to R) Alioune Tine, Youssou N'Dour, Macky Sall, Moustapha Niasse, Talla Sylla, Amath Danssoko, Idrissa Secke, Cheikh Tidjane Gadio, Tanor Dieng and Cheikh Bamba Dieye, stand together during a press conference in Dakar, on February 4, 2012. The eight opposition candidates, running in Senegal's presidential election, pledged today to take joint action to block President Abdoulaye Wade from standing for a third term in office.  AFP/PHOTO / SEYLLOU (Photo credit should read SEYLLOU/AFP/Getty Images)

 

Les populations sénégalaises sont actuellement confrontées aux éternels problèmes que sont le manque d’eau et les coupures d’électricité. Les gouvernements se succèdent et une solution durable ne semble pas se dessiner pour soulager les populations. Le seul génie des hommes politiques au Sénégal est leur capacité à détourner les populations des vrais débats par l’entremise des médias. Le divertissement proposé au quotidien par la classe politique à travers des guerres de positionnement ou les velléités de transhumer vers le camp présidentiel est l’information la plus courue par notre presse nationale. Les véritables préoccupations des populations sont occultées au profit de débats insipides d’acteurs politiques sans emprise sur le réel.

Une question se pose avec acuité, celle de savoir la place des médias dans le développement de notre pays. Ces derniers se doivent de plus relayer les informations qui intéressent le plus grand nombre. Penser que l’information la plus pertinente est la dernière sortie de tel ou tel acteur politique est devenue le seul credo de la plupart de nos médias nationaux. Peu d’émissions posent les vrais débats  sur la gouvernance actuelle du Président Sall. Et lorsque que certaines émissions y arrivent, le casting des intervenants ne permet pas souvent d’aller au fond des choses. Les débats sur nos chaines nationales sont centrés sur les faits et gestes d’une classe politique pléthorique. Le manque de maîtrise des sujets qui interpellent les sénégalais au quotidien conjugué à l’absence de formulation de solutions opérantes orientent les échanges sur des polémiques et des débats de personnes.

Deux camps s’opposent dans ce jeu politique. La mouvance présidentielle prompte à donner des satisfécits à toute action menée par le Chef de l’Etat sans une once de distanciation critique. L’opposition quant à elle adopte la posture simpliste de tirer à boulets rouges en toutes circonstances sur le gouvernement. Elle ne constitue aucunement une force de propositions et n’offre pas une alternative crédible sur les enjeux de l’heure.

A-t-on organisé un vrai débat sur les tenants et aboutissants du Plan Sénégal Émergeant (Pse) sans tomber dans le travers habituel de la nécessité d’une telle initiative. Peut-on atteindre l’émergence sans un secteur privé fort et des capitaines d’industries sénégalais capable de rafler des appels d’offres sur le marché régional et international ? A l’ère de la mondialisation, quels sont les produits «  Made in Sénégal » qui s’exportent massivement à l’étranger et créent de la plus value sur notre économie ?  Quelle garantie avons-nous que le successeur du Président Macky Sall poursuivra le Pse jusqu’à son terme ? Comme il est de coutume en Afrique, nous pouvons légitimement penser que le prochain locataire du palais de la République préférera exécuter son propre plan de développement. Nous devons nous poser les questions idoines.

Le débat politique au Sénégal est essentiellement axé  sur des querelles de personnes et les petites déclarations intempestives. Cela dénote aussi du niveau de la classe politique sénégalaise qui montre une certaine faiblesse à se prononcer  sur les questions économiques. Sous ce rapport, il est aisé de s’adonner à l’activité politique sous nos cieux. Il suffit de démontrer une capacité à aborder les sujets les plus cruciaux sous l’angle du superflu. Combien d’hommes politiques au Sénégal nous interpellent sur la situation économique actuelle du pays, sur le niveau d’endettement et les mécanismes pour rendre notre économie plus compétitive. Sur la question épineuse de l’emploi au Sénégal, le gouvernement a annoncé la création de 147 208 emplois sur la période 2012-2014. A-t-on tenu un vrai débat sur ce chiffre annoncé en grande pompe par le Ministère de tutelle. De quels emplois s’agit-il ? Quelle est le pourcentage de contrat à durée indéterminée et d’emplois précaires ? Chaque année plus de 200 000 personnes arrivent sur le marché de l’emploi. Les questions sérieuses sont éludées par nos hommes politiques et les médias nationaux préfèrent se délecter à travers leurs unes de leurs empoignades et petites phrases lassantes. Certains journalistes doivent faire preuve de plus de rigueur dans le traitement de l’information en allant se former sur les thématiques du développement. Les questions récurrentes de querelles de coalitions, de frondes ou de candidatures à la prochaine présidentielle ne peuvent constituer des sujets de préoccupations pour les populations.

La gouvernance sobre et vertueuse est elle une réalité au Sénégal ? Les ruptures nécessaires pour emprunter le chemin de l’émergence ont-elles été amorcées par les tenants du pouvoir ? Des efforts ont été consentis certes pour nous faire oublier l’ère wadienne du gaspillage à outrance mais nous observons que certaines pratiques ont la dent dure. Les ministres et directeurs généraux continuent d’être les grands mécènes des soirées en tout genre du Grand théâtre. Certaines nominations sont dictées par l’appartenance politique et la faculté à transhumer au détriment de la compétence. A ce titre, la tentative malheureuse du Président Sall de justifier la transhumance lors d’un face à face avec la presse locale est incompréhensible. Le parallèle entre la transhumance et la mobilité professionnelle a heurté plus d’un sénégalais. Ce discours est en totale contradiction avec sa volonté de rupture.

Pourquoi les rapports de l’Inspection générale d’Etat (Ige) qui se succèdent et sont transmises au Président de la République ne sont pas suivis d’effet malgré les preuves tangibles de mauvaise gestion. Dans le cadre de la traque des biens supposés mal acquis, on se souvient encore de l’interview du Président Sall avec une presse étrangère dans laquelle il affirmait avoir mis sous le coude des dossiers. Ces propos inacceptables posent encore et toujours la question de l’indépendance de la justice et de la séparation des pouvoirs au Sénégal.

La question de l’efficacité de nos institutions mérite que l’on pose le débat. La démocratie sénégalaise n’est elle pas piégée par l’omniprésence de  l’exécutif dans la marche du pays. L’hyper présidentialisation obstrue la marge de manœuvre du pouvoir législatif qui se complaît dans un rôle de chambre d’enregistrement et d’applaudissements.  Il serait intéressant de voir le nombre de propositions de lois élaborées par nos députés depuis 1960. L’Assemblée nationale sénégalaise brille plus par sa capacité à voter les projets de lois émanant du gouvernement. Sur 150 députés, lorsque la mouvance présidentielle en compte généralement 120, quel débat démocratique peut être possible ? A ce sujet, il est urgent de mener une réforme sur le mode d’élection des députés qui est archaïque et rétrograde.

La Commission nationale sur la réforme des institutions (Cnri)  a formulé des propositions pertinentes pour renforcer notre architecture institutionnelle. Il est curieux de constater que le débat autour des propositions de ladite commission a été renvoyé à 2016. Le débat sur la réduction du mandat du Président Sall à 5 ans occulte toutes les recommandations émises par la commission Mbow. Le parti au pouvoir fait dans le clair- obscur sur le mandat présidentiel alors qu’il s’agit d’un engagement fort du candidat Macky Sall. Face à la conscience citoyenne de plus en plus accrue des sénégalais, il serait inopportun de revenir sur cet engagement. Quelque soit l’artifice juridique utilisé pour maintenir les 7 ans, les populations sauront tirés les conséquences d’un tel acte. La restauration des valeurs tant chantée par le camp présidentiel commence par le respect de la parole donnée.

Tant que les vrais débats ne seront pas posés et que la vocation première de la politique – celle de gérer les affaires de la cité – sera relayée au second plan, l’émergence demeurera une utopie. Un gouvernement qui peine à trouver une solution définitive face aux coupures d’eau et d’électricité ne peut espérer conduire son peuple vers l’émergence. Posons les vraies questions.

Babacar NDIAYE, le 26 Juin 2015

Abdoulaye NDIAYE Directeur général d’Impact Africa Consulting analyse la situation politique au Sénégal


 

Dans un entretien accordé à la radio RFM le 30 mai 2014, le journaliste et  Directeur général du cabinet de conseil Impact Africa Abdoulaye NDIAYE analyse la situation politique du Sénégal.

Il évoque le processus de renouvellement des instances du parti socialiste sénégalais avec l’élection du secrétaire général.

Il aborde plus globalement la situation des partis politiques au Sénégal et la posture des citoyens.

Il se prononce sur la crise des valeurs et le manque de lisibilité sur les idéologies agitées par les partis politiques. Il préconise une modernisation au sein des partis politiques.

Enfin, il analyse la floraison des mouvements citoyens et le rôle de la société civile dans le jeu politique comme alternatifs aux partis politiques.

Vous pouvez écouter l’entretien sur ce lien : 

Interview avec Apanews: Babacar Ndiaye se prononce sur les conflits en Afrique de l’Ouest


Interview avec Apanews: Babacar Ndiaye se prononce sur les conflits en Afrique de l’Ouest

 Interview accordé à l’Agence de presse africaine le mercredi 21 mai 2014 à Dakar

Sujets abordés:

La situation sécuritaire au Mali

Boko haram, le talon d’Achille de la première puissance africaine

Voici le lien pour regarder l’interview:

Sur Youtube:

Sur le site d’Apanews http://apanews.net/tv/index.php?id=605169