La volonté d’un Sénégal émergent : au-delà du discours (Partie 2)


Administration sénégalaise

Révolutionner l’administration sénégalaise 

Il semble illusoire d’envisager une quelconque émergence sans la mise en place d’une administration de qualité. Le corps administratif sénégalais dans son ensemble doit être le reflet de cette volonté d’aller vers le changement. Révolutionner l’administration est une condition sine qua none. Jean Jaurès disait  qu’« il ne peut y avoir de révolution que là où il y a conscience ». L’heure est venue pour l’administration sénégalaise de faire sa mue. Il est inconcevable  de perdre des journées de travail pour la délivrance d’un acte administratif. La nécessité d’un contrôle accru des agents  (du directeur au préposé au nettoiement) et la mise en place d’un contrat de performance avec les administrés sont des outils nécessaires pour corriger les tares de l’administration sénégalaise.

Il est urgent de replacer le citoyen au cœur de l’appareil administratif et de mettre en œuvre toutes les dispositions allant dans le sens de sa satisfaction.  La ponctualité, la rigueur et la célérité dans le traitement des dossiers doivent être les maîtres-mots de cette nouvelle administration au détriment de l’absentéisme , des lenteurs et de l’inefficacité. La mise en place effective de sanctions à l’encontre des agents en cas de manquement devient un outil de management indispensable pour bénéficier d’une administration de qualité.   Il est nécessaire de revoir le système de recrutement des agents de l’administration. La compétence doit être le principal critère pour prétendre à un emploi dans la fonction publique.

La vitalité économique d’une nation dépend de la capacité de son administration à s’ adapter aux changements, à les anticiper et à répondre efficacement aux besoins des populations. Il nous  faut bannir les pratiques telles que la mise en avant de liens personnels pour voir son dossier  être traité en priorité. En effet, dans le cadre de dépôts de dossiers, il est trivial d’entendre cette phrase «  je viens de la part de tel…. Ou tel nous a mis en relation ». Dans un autre registre, il est usuel de se voir rétorquer que le document n’a pas encore été signé par le directeur. Dans l’administration, certains bureaux constituent «l’arbre à palabre» au détriment du citoyen qui est confiné dans une situation d’attente indescriptible. Il est temps que les agents de l’administration sénégalaise comprennent le sens et la mission du service public.  Lorsqu’on occupe un poste dans l’administration en totale inadéquation avec ses compétences, le citoyen sénégalais est le premier à ressentir les méfaits et les dysfonctionnements.

Pour un contrôle de la qualité des services rendus aux usagers, l’Etat devrait mettre en place un organe de surveillance sur cette question essentielle. Il regrouperait des usagers et des membres de l’administration et aura pour  mission de recevoir les griefs des administrés afin d’identifier les structures défaillantes et situer les responsabilités. L’utilisation des Techniques d’informations et de communications (TIC) peut faciliter ce contrôle citoyen avec une remontée rapide des informations. Pour qu’une telle action soit efficace, il est primordial que l’Etat joue sa partition aux côtés des citoyens. Lors du premier forum sur le financement des projets de Partenariat public-privé (PPP) qui s’est tenu à Dakar au mois de mai 2014, le président Sall invita l’administration à faire sa mue. Pour amorcer cette phase de modernisation, la culture de la sanction en cas de manquement doit être la règle de conduite à tous les niveaux. Une administration débarrassée de tous ces tares et constituée de personnes dont la seule volonté est servir les intérêts des citoyens est seul gage d’avancées significatives. Révolutionnons notre administration.

Babacar Ndiaye, le 31 août 2016

 

La volonté d’un Sénégal émergent : au-delà du discours


plan-senegal-emergent

« La grandeur d’une nation ne se mesure pas uniquement à sa taille, c’est la volonté, la cohésion, la vigueur, la discipline de son peuple et la qualité de ses dirigeants qui lui assurent une place honorable dans l’histoire. » Lee Kuan Yew, le père de l’indépendance de Singapour

 

Ces  trois dernières années, le terme le plus utilisé au Sénégal est « émergence ». Le président Macky Sall élu triomphalement en 2012 affiche l’ambition de propulser le Sénégal dans le cercle des pays émergents d’ici une vingtaine d’années. Le Plan Sénégal Émergent (PSE) est présenté comme le tableau de bord devant permettre l’atteinte de cet objectif. Dés sa diffusion en 2014, ce document a fait l’objet d’attaques et de critiques car  son élaboration a été confiée à un cabinet étranger. Le premier pas vers l’émergence est sans doute de faire confiance à l’expertise sénégalaise pour définir un tel plan d’action. Mais les gouvernements africains ont toujours ce réflexe de faire appel à l’occident pour dessiner une vision.

Il faut tout de même saluer la pertinence d’un tel projet qui a pour objectif d’inscrire le Sénégal sur les rails de l’émergence à l’horizon 2035. Fixer un cap avec des échéances précises a souvent manqué dans les politiques publiques de notre pays. Le contenu du PSE est discutable et son mécanisme de financement est somme toute classique. Une fois de plus les autorités sénégalaises se sont présentées à Paris devant les bailleurs de fonds  pour contracter une dette qui engagera les générations futures. Depuis les indépendances, le Sénégal est l’un des pays de l’Afrique de l’Ouest à avoir reçu le plus d’aide de l’Occident et des institutions de Bretton Woods.

Dans la décennie 2000 à 2010, notre pays a bénéficié de toutes les formes d’aides existantes auprès de ses partenaires traditionnels.  A ce titre, il faut citer l’initiative renforcée en faveur des Pays pauvres très endettés (Initiative PPTE) et plus récemment l’Initiative d’allégement de la dette multilatérale (IADM).  La volonté de passer à l’étape de l’émergence suppose tout d’abord une indépendance financière et la capacité de faire  preuve de créativité dans la mise en œuvre des stratégies. Aucun pays dans le monde n’a atteint l’émergence avec uniquement des prêts contractés auprès de bailleurs étrangers. Hélas! Nous tombons toujours dans le piège sans fin de l’endettement.

Un pays comme le Rwanda a choisi de prendre le chemin inverse pour atteindre les résultats que nous voyons aujourd’hui. Le président Paul Kagame a fait le pari de développer son pays sans le soutien de la communauté internationale, en invitant les populations à relever ce défi. Clay Parker, le directeur général de Bridge2Rwanda, une Organisation non gouvernementale (ONG) dans le développement économique expliquait en ces termes la réussite actuelle de Rwanda. «Le style de management est construit à partir d’un minimum de bureaucratie et d’un maximum de protection. Les gens veulent apprendre et travailler dur. Ils veulent être innovants et ne pas être en concurrence avec l’Afrique mais avec le monde entier ». Kagame porte incontestablement une vision pour son pays. Les performances actuelles  sur le plan économique le montrent à suffisance.

Celle du président Sall déclinée à l’origine dans son programme de campagne intitulé le « chemin  du développement » a fait place au « Plan Sénégal émergent ». Jean Jaurès disait que « quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots ». Installer dans l’imaginaire collective qu’un nouveau programme va impulser une nouvelle dynamique de changement avec des travaux pharaoniques et des investissements à coup de milliards est somme toute  classique. Je me souviens encore d’une rencontre en 2011 au King Fadh Palace et les déclarations de l’ancien président Wade qui annonçait le Sénégal aux portes de l’émergence. Il faudrait d’ailleurs demander à nos dirigeants de nous dire ce qu’ils entendent par « émergence ». La manipulation de concepts et de mots  dans l’air du temps devient insupportable. Nous parlons d’un pays qui conserve les mêmes marqueurs depuis des années.

La maîtrise de l’eau et de l’électricité n’est pas assurée aux populations sénégalaises en 2016 alors qu’elles constituent les bases même de cette émergence tant chantée. L’ épisode du tuyau défectueux de Keur Momar Sarr en 2014 avait paralysé la distribution en eau de la capitale sénégalaise pendant plusieurs semaines. Cette situation a démontré la fragilité de l’Etat à fournir le besoin le plus primaire. Cet article a pour objectif de dégager des pistes de solution sur le Sénégal qui dit-on a choisi d’emprunter le chemin de l’émergence. Il sera décomposé en plusieurs parties correspondant à des réflexions sur les préalables à cette émergence.

Babacar Ndiaye, le 30 août 2016