Nous sommes tous concernés par la question du terrorisme en Afrique de l’Ouest


Le magazine de l’Afrique 54 Etats  http://www.54etats.com/actus/article/en-kiosque-le-1-mars-tous-unis-contre-le-terrorisme-2672/  consacre son dernier numéro (mars 2016) à la menace terroriste. Vous aurez sans doute l’occasion de lire mon entretien dans le format papier. En attendant je vous propose une série de questions sur cette thématique et mes analyses.

Bonne lecture

 

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Aqmi, Boko Haram, Daech, Boko Haram et Shebab, le continent africain épicentre du terrorisme mondial ?

1) Quel dénominateur commun entre ces différents groupes ?

Le dénominateur commun qui pourrait exister entre ces différents groupes terroristes est la capacité à constituer une menace permanente pour l’Afrique. Chacune de ces organisations à la volonté d’instaurer un califat ou un Etat islamique dans la partie ou elle est implantée. Selon l’Institute for Economics and Peace (IEP), dans son rapport sur le terrorisme (Global Terrorism Index 2014), Aqmi, Boko Haram et Al-Shebab figurent dans le top 10 des groupes les plus actifs, violents et meurtriers depuis leur création. Cette indication montre le niveau de dangerosité de ces groupes terroristes qui ont déstabilisé des pays et des régions. Ces derniers contrôlent des pans entiers de territoires.

Aqmi est un acteur majeur dans la déstabilisation de l’Etat malien avant l’intervention française en 2013. Il étale ses « tentacules » du nord de l’Algérie au nord du Mali. Boko Haram est présent sur le nord-est du Nigeria. Les Shebab ont  contrôlé pendant des années la capitale et des villes de la Somalie. Depuis l’intervention de la force de paix de l’Union africaine (Amisom), ils sont plus présents dans les zones rurales du sud du pays. Plusieurs groupes djihadistes disséminés en Afrique du Nord ont rejoint les rangs de Daech ces derniers mois. Ils sont localisés en Libye, en Algérie, en Egypte, en Tunisie. Depuis quelques années, le continent africain est devenu le centre de gravité du terrorisme mondial.

L’autre dénominateur commun est assurément les moyens considérables à la disposition des groupes terroristes. En effet, ces moyens colossaux provenant de diverses sources de financements renforcent la présence et la capacité de nuisance des groupes djihadistes dans la région. Pendant des années, l’enlèvement d’otages a représenté pour des mouvances islamistes comme le Mujao et Aqmi l’activité la plus lucrative. Ce qu’on appela  « l’industrie de l’enlèvement » a généré des millions de dollars pour ces groupes. En 2011, Aqmi demandait à la France pour la libération de quatre otages enlevés en 2010 à Arlit sur un site d’extraction d’uranium dans le nord du Niger la somme faramineuse de 90 millions d’euros. Le paiement des rançons des premiers otages au sahel par les occidentaux a modifié considérablement le rapport de force. Boko Haram a pu constituer un « trésor de guerre » avec de nombreux braquages de banques et le paiement de droits de protection d’hommes politiques et de particuliers fortunés au Nigéria.

Daech pèserait  2 200 milliards de dollars selon une étude récente du Centre d’analyse du terrorisme (CAT) et constitue la « première puissance » du terrorisme mondial. Cette somme astronomique provient des ressources pétrolières et de l’impôt qui est prélevé dans sa zone d’activité en Syrie et en Irak.

A cela, il faut ajouter les trafics en tout genre auxquels s’adonnent les groupes terroristes. Cela nous amène à nous poser la question suivante. Que reste t’il de l’idéologie qui sous-tend l’action des terroristes face à des pratiques qui relèvent plus de la criminalité que du « djihadisme » ?  Est-on toujours dans le « terrorisme idéologique » ou dans une forme de « banditisme organisé » ? Il semble que le quotidien de certains groupes islamistes est plus devenu celui de réseaux criminels portés sur le blanchiment d’argent, le trafic de cigarettes, d’armes légères, d’essence, de drogue et les filières d’immigration clandestine.

2) Pourquoi sont-ils si présents en Afrique ?

Plusieurs facteurs  favorables expliquent la présence de divers groupes terroristes en Afrique. Le premier facteur est celui géographique. La bande sahélo saharienne du fait de son immensité a constitué un lieu d’implantation pour ces groupes. C’est une zone faiblement peuplée avec de grands espaces désertiques et montagneux. Le territoire vaste et aride s’étend sur 8 millions de kilomètres carrés  et présente des conditions de vie difficiles. Une grande partie des populations installées dans le Sahara sont des nomades qui ont pour principale activité le commerce. La mobilité des ces populations que l’on retrouve dans les différents pays rende le contrôle des frontières ardu. En réalité, la notion d’intangibilité des frontières s’applique difficilement dans la région pour ces populations. La faible présence de l’Etat dans la bande sahélo-saharienne dû à l’immensité de la zone de contrôle constitue un sérieux handicap dans la lutte contre le terrorisme.

La zone est aussi caractérisée par ce contraste, d’une part nous avons des centres politiques et économiques situés au sud des territoires et d’autre part, des zones périphériques faiblement peuplées localisées dans les régions septentrionales. Les écarts démographiques dans les pays du sahel entre les zones urbaines et le reste du territoire constituent un déséquilibre considérable. La capitale malienne Bamako concentre plus de 1,5 million d’habitants, soit 12% de la population, tandis que la moitié nord du pays est très peu peuplée.

Sur le plan socio-économique, nous sommes en présence d’Etats aux « économies modestes » qui ne peuvent à eux seuls soutenir une réelle action d’envergure face au péril islamiste. Les groupes terroristes, notamment Al Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) ont  su profiter des  faiblesses structurelles des Etats de l’arc sud-sahélien pour s’implanter et agir en toute impunité. Dans certaines situations, ils ont pris le relais de l’Etat dans la fourniture de services sociaux de bases aux populations locales. Certaines régions sont marquées par la défaillance des pouvoirs centraux qui se traduit par une absence de politiques publiques dans les espaces éloignés des capitales.

Sur le plan de la gouvernance politique, certaines populations semblent être « déconnectées » du pouvoir central. Les questions récurrentes de corruption et d’enrichissements illicites ont créée une « dilacération » entre les gouvernants et les populations dans les zones les plus reculées. Le manque d’exemplarité de certains dirigeants de la région dans la gestion des deniers publics est un élément du discours radical transmis à une frange de cette jeunesse désœuvrée. Cela renforce un sentiment de repli identitaire et d’exclusion sociale. Un profond sentiment d’abandon anime ces populations qui estiment  que les élites sont loin de leurs préoccupations quotidiennes. Boko Haram avait érigé en « élément de langage » cet aspect peu reluisant de certains dirigeants nigérians cités dans les affaires de corruption.  Les groupes terroristes ont finalement exploité les conditions géographiques de la région conjuguées aux difficultés des Etats à répondre efficacement aux attentes des citoyens et notamment la mauvaise gouvernance.

3) La multiplicité des mouvances appelle-t-elle nécessairement à des réponses plurielles; lesquelles ?

Le volet sécuritaire ne peut être à lui seul la réponse appropriée pour enrayer la menace terroriste dans la région même s’il est indispensable. Malgré le déploiement de la Minusma et de l’opération « Serval » aujourd’hui remplacée par « Barkhane », il demeure évident que la force militaire n’a pas mis fin aux agissements des groupes terroristes au sahel. Nous sommes dans une guerre « asymétrique » ou l’ennemi est mouvant voire insaisissable et profite des contextes nationaux pour perpétrer des attaques. Assurément, les forces de défense et de sécurité ont un rôle majeur à jouer pour enrayer la menace djihadiste. Mais nous sommes en présence de groupuscules répartis dans une zone immense, ce qui rend plus difficile la confrontation.

Une question est en lame de fond pour réduire le niveau de la menace des groupes terroristes. Comment réduire leur influence et les empêcher de recruter auprès de la jeunesse africaine ? La réponse à cette problématique doit être un enjeu national pour chaque président africain. Cela voudra dire qu’il faut apporter les véritables solutions à cette jeunesse qui pourrait être tentée par le discours islamiste. Dans cet environnement, il est devenu aisé de développer un discours radical et de véhiculer une idéologie aux antipodes des préceptes mêmes d’une religion comme l’islam.

Il faut rappeler que ces groupes disposent de moyens financiers importants pour appuyer une stratégie de séduction auprès des jeunes. Il est nécessaire d’affronter les groupes terroristes sur le terrain de l’idéologie. Il est urgent de trouver des voies et moyens  pour juguler le phénomène de la radicalisation auprès de cette tranche de la population qui absorbe cette idéologie extrémiste. La lutte contre l’obscurantisme religieux et les discours radicaux doit être une préoccupation dans les systèmes éducatifs des Etats de la région.

La question du développement des Etats africains se pose dans ce contexte de guerre contre le terrorisme. L’émergence ne doit pas être un slogan de campagne. Il faut briser l’image de l’Etat qui semble loin et qui ne prend pas en compte les préoccupations de ses populations dans les zones lointaines. Il faut combler le gap entre les régions en matière de développement à tous les niveaux. L’Etat se doit d’être exemplaire dans la redistribution des richesses et trouver des mécanismes efficaces pour réduire la corruption massive.

Il faut mettre en place des politiques publiques qui touchent toutes les zones du pays et les populations. La lutte contre le chômage des jeunes et particulièrement dans les régions les plus reculées est une réponse significative face à la menace terroriste. La présence de l’Etat et de ses démembrements doit être effective sur l’ensemble des territoires. Les populations éloignées ne doivent pas être livrées à elles-mêmes. Car, une telle situation facilite leur adhésion aux discours extrêmes des groupes terroristes.

Il faut impliquer de manière plus significative les acteurs de la société civile dans la sensibilisation de la jeunesse sur les dangers que représente le discours radical. Ces derniers ont un rôle important à jouer sur ce registre.

La révision de l’arsenal juridique des pays africains, afin de l’adapter à la menace terroriste et à ses mutations rapides est devenue une exigence. En effet, les législations nationales doivent intégrer des dispositions qui non seulement répondent aux différents types d’actes liés au terrorisme mais également à leurs évolutions.

Il est clair qu’il faut apporter des réponses variées face aux groupes terroristes en fonction de leurs spécificités. Pendant des années, Boko Haram a concentré toutes ses attaques sur le sol nigérian. Le gouvernement  a tenté à plusieurs reprises de nouer un dialogue avec le groupe islamiste mais la multiplication des attaques et les milliers de morts ne laissent plus entrevoir une négociation. L’option prise ces dernières années est le tout sécuritaire avec la mise en place de nouvelles forces telle que le Nigerian Army Special Operations Command (NASOC). Elle regroupe l’ensemble des unités des forces spéciales.

L’armée nigériane a démontré  ces dernières années un manque de savoir faire face aux méthodes qu’imposent le terrorisme actuel. Les soldats déployés sur le terrain dans le Borno manquaient de munitions et ne percevaient pas toujours leurs soldes parce que l’argent était détourné à Abuja. L’ancien chef d’état-major de l’armée de l’air nigériane, le maréchal Adesola Amosun a été arrêté le 27 janvier 2016 afin d’être entendu dans le cadre d’une affaire de détournement de fonds destinés à la lutte contre Boko Haram. Il est difficile d’apporter une réponse décisive lorsque les budgets alloués pour combattre Boko Haram sont utilisés à des fins personnelles.

La nouvelle stratégie de Boko haram consistant à utiliser jeunes filles et des femmes dans le cadre d’attentat suicide renforce les autorités nigérianes dans la prééminence de l’option militaire. Le 22 juillet 2015 au nord du Cameroun un attentat a impliqué des jeunes filles équipées d’explosifs. Ce nouveau modus operandi a pour objectif de déjouer les filets sécuritaires. Seule une armée mobilisée peut obtenir des résultats probants et les nouvelles autorités sous la direction du président Buhari semblent s’inscrire sur cette trajectoire.

4) Rivalités et connexions entre les  groupes terroristes: Que faut-il comprendre ? 

L’heure semble être à la rivalité entre les grands groupes terroristes sur l’espace africain. Aqmi qui semblait manifester un essoufflement ces derniers mois est revenu au devant de la « scène ». En l’espace de deux mois, Al-Mourabitoun qui est un groupe islamiste né en 2013 de la fusion des Signataires par le sang de Mokhtar Belmokhtar lié à Aqmi et du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) a frappé deux capitales ouest-africaines. Les attaques sont très similaires car les cibles choisies sont de grands hôtels généralement fréquentés par les expatriés et les occidentaux de passage dans ces capitales. Il faut se poser la question sur le sens de ces attaques dans un intervalle aussi court. Il y’a manifestement une stratégie de survie pour Aqmi avec cette démonstration de l’organisation d’attaques dans les capitales de la région.

La percée de Daech notamment dans le nord du continent est une mauvaise nouvelle. Je crains que l’Afrique ne devienne davantage le « théâtre » des opérations de ces groupes terroristes (Aqmi et Daech) dans les mois à venir avec des attaques qui ont une résonance médiatique internationale. Cette situation peut conduire à une « guerre de positionnement » sur le continent. Boko Haram a prêté allégeance l’année dernière à Daech et on a pu voir dans certaines vidéos du groupe islamiste nigérian des ressemblances dans la réalisation et la manière de communiquer. Des groupes affiliées à Aqmi ont trouvé un intérêt à aller du côté de Daech qui dispose de mannes financières importantes.  « Internet » est devenu un outil de propagande pour les groupes islamistes et un terrain de rivalité pour attirer de jeunes recrus. Des pays qui semblaient échapper au phénomène du terrorisme comme le Sénégal ont vu de jeunes ressortissants rejoindre les rangs de Daech en Libye.

Il faut craindre une recrudescence d’attentats pour la région car les groupes terroristes sont de mieux en mieux organisés et démontrent une capacité à planifier des attaques d’envergure dans les capitales africaines. Le risque de surenchère entre des groupes comme Aqmi et Daech qui veulent souvent frapper des occidentaux en Afrique fait craindre le pire.

5) Bamako et Ouagadougou, une sérieuse alerte pour les autres capitales de la région ?

Dans un entretien de novembre 2015, je disais que la menace terroriste est réelle et peut toucher à chaque instant chaque pays africain (https://babacarndiaye1.wordpress.com/2015/11/20/mali-terrorisme-babacar-ndiaye-la-menace-est-reelle-et-peut-toucher-a-chaque-instant-tout-pays-africain-entretien-avec-le-journal-le-point-afrique/) . Ces propos faisaient suite aux attaques de l’hôtel Radisson de Bamako. Le nord du Mali qui a constitué un sanctuaire pour des groupes terroristes est devenu une zone de passage. Les récentes attaques d’Ouagadougou ont montré une fois de plus que la menace est globale. Le Burkina Faso, jusqu’ici épargné par des faits de terrorisme a connu ces derniers mois des incursions de groupes djihadistes. Ce qui s’est passé dans ce pays est une sérieuse alerte pour tous les pays de la région et plus globalement pour l’Afrique. Les attaques sont perpétrées par des unités mobiles de quelques hommes qui ont la capacité de traverser les frontières.

Face à cette difficulté à prévenir la menace terroriste il est difficile de dire si les pays épargnés le resteront longtemps encore. J’observe que dans une capitale comme Dakar, la sécurité a été renforcée dans plusieurs points et dans les hôtels avec la présence de policiers. Cela est une bonne chose mais le risque zéro n’existe pas sinon la France n’aurait pas pu être frappée deux fois la même année.  Je crois que le discours du président sénégalais Macky Sall a été constant depuis quelques mois sur la menace terroriste qui est réelle et globale. Il a renforcé le budget alloué aux forces de défense et de sécurité. Il a pris une mesure symbolique en interdisant le port de la burqa au Sénégal à l’image du Tchad.

Longtemps, certains dirigeants africains ont considéré le problème terroriste comme celui du voisin. Mais la donne a changé avec les événements récents.  Il est important de tenir un langage de vérité aux populations pour accroître leur niveau de vigilance.  Il est fort probable que nous assistions à des attaques terroristes dans des capitales jusqu’ici épargnées. Les autorités étatiques semblent prendre la mesure des choses et c’est déjà un élément positif dans le dispositif sécuritaire.

6) L’Afrique lutte t’elle efficacement contre le terrorisme ?

En quinze ans, les pays africains ont du s’adapter à la menace terroriste qui est devenue permanente.  Longtemps considéré comme une menace extérieure au continent, le terrorisme islamiste est devenu la principale source de préoccupation pour les Etats. La lutte contre le fléau a souvent été menée de manière individuelle. La volonté politique accompagnée d’une détermination réelle à lutter efficacement contre le terrorisme a souvent fait défaut au niveau certains Etats.

Comment expliquer que le Nigeria qui a souvent joué au « gendarme » de l’Afrique n’arrive pas à se défaire de Boko Haram ?  Les nombreux faits de corruption révélés au sein de l’armée est un début de réponse. Il a fallu l’intervention des pays voisins pour connaître des avancées significatives dans la lutte contre la mouvance islamiste. Cette coopération militaire était devenue inévitable même si le Nigéria a souvent entretenu des relations conflictuelles avec ses voisins (Cameroun, Tchad). Le problème Boko Haram s’est transposé dans l’espace régionale. La menace est aujourd’hui toujours vivace malgré les succès sur le terrain. L’action militaire qui s’inscrit dans la durée peut affaiblir le groupe islamiste, mais une éradication totale semble difficile à imaginer. L’État nigérian sera appelé à trouver d’autres solutions alternatives pour lutter plus efficacement contre cet ennemi déterminé et disposant de moyens importants pour agir dans cette région.

Une nouvelle dynamique sur le plan militaire amorcée en 2009 a permis a la Mauritanie d’être plus efficace dans sa lutte contre le terrorisme. Aujourd’hui, la sécurité du territoire mauritanien est beaucoup mieux assurée. Son armée a mené des attaques contre des bases d’Aqmi dans le nord du Mali. Cette offensive lui a permis à plusieurs reprises, d’anticiper et de déjouer des attaques terroristes, qui la visaient. Mais quel que soit le niveau d’engagement d’un pays, sans une coopération sous-régionale les effets resteront limités.

le G5 sahel (le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad), créée en décembre 2014 à Nouakchott sous l’impulsion du président Mauritanien Aziz est  un mécanisme ayant pour objectif de coordonner les politiques de développement et de sécurité des pays  de ce cercle. Ces Etats ont identifié de manière précise les besoins et des projets essentiels pour la région comme le désensablement du fleuve Niger, le bitumage de routes régionales, la création d’interconnections électriques entre le Mali et la Mauritanie, le Mali, le Burkina et le Niger. Un Comité d’Etat-major Opérationnel Conjoint (CEMOC) entre les pays du champ regroupant (Algérie, Mali, Mauritanie et Niger) et un centre de renseignement contre le terrorisme dans le sahel (unité de fusion et de liaison), ont vu le jour en 2010.  Ces structures sont chargées de collecter et d’échanger des informations sur les groupes terroristes qui présentent un risque pour leur espace.

La lutte contre le terrorisme est passée du stade d’abstrait à la phase réelle. Les choses demandent à être améliorées mais les cercles de coopération existent et il faut renforcer leur efficacité. L’échange des renseignements en temps réel, l’intensification des patrouilles motorisées le long des frontières  et le partage des expériences doivent être des réflexes systématiques entre les Etats. Une coopération internationale viendra toujours en appui aux initiatives régionales pour permettre aux pays africains de faire reculer le terrorisme. L’appui en renforcement des capacités, en formation et en logistique sont des actions nécessaires pour une coopération accrue. Une bonne coordination et une réponse commune sont les seuls gages d’un succès dans la lutte contre le terrorisme en Afrique. Tous les pays doivent avoir le même niveau d’implication dans les stratégies de lutte contre le fléau.

Babacar NDIAYE

Février 2016

Mali – Terrorisme – Babacar NDiaye : « La menace est réelle et peut toucher à chaque instant tout pays africain » (Entretien avec le journal Le point Afrique)


DÉCRYPTAGE. Spécialiste des conflits armés en Afrique, Babacar Ndiaye livre son analyse de cette prise d’otages opérée à l’hôtel Radisson de Bamako.

Mali Radisson

Presque deux cents personnes étaient présentes dans l’hôtel Radisson lorsque les assaillants, entre deux et cinq selon des témoins, sont arrivés à bord d’une voiture avec une immatriculation du corps diplomatique. Il faut croire qu’ils ont fait exprès au niveau de la date, une semaine après les attentats de Paris, le jour même de l’ouverture du sommet antiterroriste du G5 Sahel avec 5 chefs d’État. Le G5 Sahel est une nouvelle organisation qui réunit le Tchad, le Niger, le Burkina Faso, le Mali et la Mauritanie. Avec le recul de l’expérience que lui confère sa connaissance des conflits armés en Afrique, Babacar NDiaye du cabinet Impact Africa Consulting, décrypte pour Le Point Afrique ce qui se cache derrière cet acte terroriste du Radisson Blu de Bamako.

Le Point Afrique : On a vu les vives réactions des Africains, surtout les dirigeants, après les attentats du week-end dernier à Paris, mais l’Afrique aussi est sous la menace de ces groupes ? Comment observez-vous ces risques ?

Babacar NDiaye : Les attentats de Paris ont démontré une fois de plus que la menace terroriste est globale. De nombreux dirigeants africains ont condamné ces actes terroristes et ont apporté leur soutien à la France. Il faut relever que le continent africain a connu ces dernières années l’implantation de groupes terroristes très actifs qui ont déstabilisé un certain nombre de pays.  Des États ont constitué des foyers, voire des sanctuaires, pour des groupes terroristes qui ont agi en toute impunité. Le Nord-Mali est sans doute un des exemples les plus illustratifs de la capacité de nuisance de ces groupes qui contrôlent ou ont contrôlé des pans entiers de territoires. La montée en puissance puis l’implantation des groupes terroristes en Afrique ont plusieurs explications. Les États disposent de ressources limitées pour combattre efficacement des groupes terroristes qui s’adonnent à tous les types de trafic et d’enlèvement. Ces groupes prospèrent dans des États fragiles, dans des États post-conflits, dans des États aux frontières poreuses et donc difficiles à surveiller du fait du manque de moyens. Le phénomène de la corruption endémique est également un facteur favorisant ce développement. Il n’y a véritablement jamais eu une volonté commune de fédérer les forces de défense dans les États africains pour éradiquer des groupes terroristes de mieux en mieux organisés et disposant de moyens financiers importants. Comment expliquer que Boko Haram a pu défier pendant des années la première puissance économique du continent, le Nigeria. Cette armée, supposée être une des plus performantes du continent, a montré ses limites à venir à bout du groupe islamiste. L’Afrique est clairement sous la menace du terrorisme depuis des années et des milliers de personnes ont péri dans des attentats et actes terroristes. La menace est globale, mais les États n’ont pas encore suffisamment pesé les risques d’un tel phénomène. Chaque dirigeant africain est d’abord convaincu que c’est l’affaire du voisin et a tendance à minimiser le risque de potentiels attentats sur son territoire. Ce qui s’est passé au Nord-Mali et l’avancée djihadiste enrayée par la France en 2013, ce qui se passe actuellement au nord du Nigeria ou en Somalie ont montré les défaillances de nos armées africaines et de notre capacité à assurer notre sécurité collective. Les attaques terroristes sont légion dans des pays comme le Nigeria ou encore la Somalie. La menace est réelle et peut toucher à chaque instant tout pays africain.

Comment le recrutement de djihadistes en Afrique se fait-il ?

Les groupes djihadistes ont su profiter de toutes les faiblesses de certains pays africains pour se développer et affirmer une présence active (impuissance des États sur le plan sécuritaire, géographie propice à leur implantation, économies modestes). Dans certains pays où les groupes terroristes prospèrent, il faut observer les mêmes caractéristiques. Que ce soit au nord du Mali ou du Nigeria, nous avons des zones d’extrême pauvreté dépourvues des services de l’État. Les politiques publiques y sont quasi inexistantes. À cela, il faut ajouter les problèmes de gouvernance, de corruption et le détournement de deniers publics. Cela entraîne un sentiment de repli identitaire et d’exclusion sociale. Le fort taux de paupérisation et d’analphabétisme de ces sociétés constitue potentiellement un creuset pour le recrutement de jeunes, en pleine crise identitaire et dépourvus de repères. Derrière la religion, un profond ressentiment anime ces potentiels candidats au djihadisme qui s’estiment abandonnés par les élites et le pouvoir central. Les populations éloignées sont livrées à elles-mêmes et cette situation facilite le recrutement pour les groupes terroristes. Dans cet environnement, il devient aisé de développer un discours radical et de véhiculer une idéologie aux antipodes des préceptes mêmes d’une religion comme l’islam. Ces groupes disposent de moyens financiers importants pour appuyer une stratégie de séduction auprès des jeunes. Il est difficile d’avancer un nombre de recrues pour chaque groupe terroriste, mais ce ne sont pas les potentiels candidats au djihadisme qui manquent dans ces régions. Les outils et discours pour le  recrutement sont bien pensés, car ils répondent à des situations de détresse.

Nigeria, Niger, Cameroun, Tchad, pour ne citer que ces pays, sont en première ligne face à Boko Haram depuis plus d’une année. Où en est-on ?

La lutte contre le groupe islamiste Boko Haram a connu ces derniers mois des avancées significatives. Le Nigeria a élu un nouveau président qui affiche une détermination et un volontarisme à mettre fin aux agissements du groupe. Le président Muhammadu Buhari a fait de la lutte contre Boko Haram une des priorités de son mandat. Des mesures ont été prises, comme le  transfert du quartier général des opérations militaires d’Abuja vers Maiduguri, la capitale de l’État de Borno et fief de l’insurrection djihadiste. Une alliance stratégique a été mise en place entre le Nigeria et les pays frontaliers que sont le Tchad, le Cameroun et le Niger. Cette coopération militaire était devenue inévitable malgré les relations conflictuelles qui ont souvent existé entre le Nigeria et ses voisins (Cameroun, Tchad). Le problème Boko Haram s’est transformé en une menace régionale. Des succès ont été enregistrés et on a semblé observer des signes de faiblesse de la secte islamiste qui a fait allégeance à l’État islamique. Cet acte a été perçu comme un moyen de se doter d’un puissant allié du djihadisme international dans une séquence où les pays frontaliers et surtout le Tchad s’organisaient pour faire face à la secte islamiste. Devenu l’État islamique en Afrique de l’Ouest, il s’est inscrit dans une nouvelle forme de violence avec l’utilisation de fillettes et de femmes kamikaze. Le 22 juillet 2015, au nord du Cameroun, un attentat a impliqué de jeunes filles équipées d’explosifs. La menace est toujours réelle et une action militaire qui s’inscrit dans la durée peut affaiblir l’action de la secte islamiste, mais une éradication totale semble difficile à imaginer. L’État nigérian sera appelé à trouver d’autres solutions alternatives pour lutter plus efficacement contre cet ennemi déterminé et disposant de moyens importants pour agir dans cette région. Plus de 6 664 victimes ont été décomptées l’année dernière du fait des agissements de la secte islamiste nigériane.

Comment jugez-vous les récentes interventions du président sénégalais Macky Sall pour interdire le voile intégral ?

Les différentes interventions du président Macky Sall sur la question du terrorisme ces derniers jours montrent à suffisance que la menace est palpable. Il faut saluer son engagement à aborder ces questions dans ce contexte africain difficile. Il faut expliquer aux populations que le risque est réel. Il a pris des mesures au Sénégal pour renforcer la vigilance des forces de défense. En octobre dernier, deux imams soupçonnés de terrorisme ont été arrêtés au Sénégal. En chef d’État responsable, il a pris des mesures pour renforcer un système de renseignement plus performant qui doit être capable de prévenir la menace sur le sol sénégalais. Il a initié la poursuite de la formation des forces spéciales en les dotant d’équipements plus modernes et en les mettant dans de meilleures conditions de travail. Il a annoncé la poursuite du plan d’équipement des unités et la réfection d’un certain nombre de bâtiments de l’armée. Pour s’inscrire dans une lutte efficace contre le terrorisme, il faut évidemment doter de moyens importants les forces de défense et de sécurité. Concernant son intervention sur l’interdiction du port du voile intégral au Sénégal, il me semble que ce phénomène est assez marginal. Il faut rappeler qu’il n’est pas le premier président africain à intervenir sur cette question. Le président Deby a fait la même annonce concernant son pays. Le président Macky Sall considère que le port du voile intégral ne correspond pas à la culture sénégalaise ni à la conception de l’islam dans ce pays et qu’il constitue un phénomène importé. Il faut souligner encore que le port du voile intégral est extrêmement marginal au Sénégal.

Dakar, le 20 novembre 2015.

Vous pouvez retrouver cet entretien sur le site Le point Afrique http://afrique.lepoint.fr/actualites/mali-terrorisme-babacar-n-diaye-la-menace-est-reelle-et-peut-toucher-a-chaque-instant-tout-pays-africain-20-11-2015-1983445_2365.php

L’Afrique de l’Ouest, nouveau « théâtre des opérations » du terrorisme mondial


L’Afrique de l’Ouest a connu ces dernières années une prolifération de groupes terroristes très actifs. Le phénomène islamiste a pris une tournure inquiétante dans la région ce qui en fait une des zones les plus dangereuses du monde.  La situation de délitement au nord du Mali a favorisé l’implantation des groupes islamistes qui y opèrent face à l’impuissance des « pays du champ[1] ». Mohamed Bazoum, le Ministre des Affaires Etrangères du Niger qualifie la région de « poudrière ». La zone connait également une recrudescence de trafic en tout genre et de criminalité.  Un rapport du Conseil de Sécurité des Nations Unies du 26 Janvier 2012 faisait état de l’aggravation de l’insécurité au sahel après la chute de Khadafi[2]. Plus que jamais, l’Afrique de l’Ouest est devenue un nouvel « el dorado » de groupes terroristes très organisés et mobiles.

Le Président déchu Amadou Toumani Touré (ATT) évoquait la « fragilité » de la région sur le plan sécuritaire, les événements récents ont cristallisé cette instabilité. Les groupes islamistes « cohabitent » avec des mouvements indépendantistes et des narco trafiquants[3].  Le terrorisme est propice dans des zones frappées particulièrement par l’insécurité et la pauvreté. Cependant, le phénomène, de plus en plus croissant au niveau de la zone sahélo-saharien, est amplifié  par l’enlisement au nord du Mali qui semble s’inscrire dans la durée ajouté aux conséquences de la crise libyenne. Ainsi, Al Qaida au Maghreb Islamique (Aqmi), le  Mouvement pour l’unicité du jihad en Afrique de l’ouest  (Mujao) et Ansar Dine[4] profitent de cette situation de confusion dans la région pour renforcer leur présence et agir en toute liberté.  Le Nigéria aussi fait face aux agissements de la secte islamiste Boko Haram qui multiplie les actes terroristes avec une violence inouïe depuis quelques mois. Cette montée en puissance des groupes islamistes échappe complètement aux pays de la région.

Caractéristiques de l’espace sahélo saharien favorables aux groupes islamistes

La bande sahélo saharienne présente un intérêt particulier pour les groupes terroristes du fait de son immensité. C’est une zone faiblement peuplée avec de grands espaces désertiques et montagneux. Ce vaste territoire aride de 8 millions de kilomètres carrés présente des conditions de vie difficiles. Les températures y avoisineraient 1 degré en décembre à 50 degrés durant la période de sécheresse. Une grande partie des populations installées dans le Sahara sont des nomades qui ont pour principale activité le commerce. La mobilité des ces populations qui sont retrouvées dans les différents pays rendent le contrôle des frontières ardu. Ramtane Lamamra[5], Commissaire à la Paix et à la Sécurité de l’Union Africaine expliquait l’implantation des groupes terroristes au sahel à travers trois facteurs. « La recherche de zones refuges caractérisées par un faible maillage sécuritaire et une présence insuffisante des organes des États; la quête de nouvelles sources de financement ; le besoin de conquérir de nouveaux espaces de recrutement pour les besoins d’une confrontation planétaire avec autrui».  

La faible présence de l’Etat dans la bande sahélo-saharienne dû à l’immensité de la zone de contrôle constitue un handicap dans la lutte contre le terrorisme. Il s’agit d’Etats aux « économies vulnérables » qui ne peuvent soutenir une réelle action d’envergure face au péril islamiste. Les écarts démographiques dans les pays du sahel entre les zones urbaines et le reste du territoire constituent un déséquilibre considérable. A titre d’exemple au Mali, la capitale Bamako compte plus de 1,5 million d’habitants, soit 12% de la population, tandis que la moitié nord du pays est très peu peuplée. De même, les trois quarts du Niger sont désertiques. La capitale politique et démographique, Niamey, avec près de 900 000 habitants, représente près de 6% de la population du pays, soit une proportion moindre par rapport à l’armature urbaine de la Mauritanie et du Mali, car la géographie du peuplement met en évidence un ruban de densité relativement élevée de population le long de la vallée du fleuve Niger, ce qui signifie, là aussi, une prime méridionale dans le peuplement[6].

Les groupes terroristes, notamment Al Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) profitent des  faiblesses structurelles des Etats de l’arc sud-sahélien. La notion d’intangibilité des frontières s’applique difficilement dans la région pour les populations. La zone est aussi caractérisée par ce contraste, d’une part nous avons des centres politiques et économiques situés au sud des territoires et d’autre part, des zones périphériques faiblement peuplées localisées dans les régions septentrionales. Cette « dichotomie centre/périphérie »  se répercute sur les conditions d’exercice de l’autorité de l’Etat et se traduit par l’absence de visibilité des pouvoirs centraux  dans les espaces éloignés des capitales.

« Ces pouvoirs centraux ne disposent pas ainsi de relais  suffisamment denses pour assurer, en permanence et durablement, les fonctions régaliennes de l’Etat dans les zones périphériques[7] » Cette situation crée de fait des velléités indépendantistes de populations qui sont « déconnectés » du pouvoir central et l’instauration de territoire sous leur contrôle.

Les groupes terroristes présents en Afrique de l’Ouest

La percée islamiste en Afrique de l’Ouest a eu lieu au cours de ces dix dernières années. La préoccupation à l’égard du développement de la menace terroriste dans la région sahélo-saharienne est devenue au fil des événements une préoccupation internationale. Les principaux « groupes terroristes » actifs qui menacent la stabilité de la zone ouest africaine sont Al Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), le Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) et Boko Haram. Au palmarès des groupes les plus-en vue, ils jouent les « premiers rôles » et la situation actuelle au nord du Mali a renforcé leurs positions.

Aqmi, le pendant d’Al Qaida  au niveau africain

Al Qaida au Maghreb Islamique est l’appellation actuelle du Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC) né en Algérie en 1998. Il fut crée à la fin d’une décennie de violence qui a plongé le pays dans la terreur. Ses fondateurs[8] dont Hassan Hattab sont des anciens  du Groupe Islamique Armée (GIA) opposés à la forme de violence perpétrée par l’organisation contre les populations civiles. Le GSPC s’est donc constitué à partir d’un noyau de l’ex-GIA de la zone 2, localisé en Kabylie, plus précisément dans la région Boumerdès-Dellys-Tizi-Ouzou. Hattab en aurait été, pour une courte durée, le premier émir. Des dissensions vont naitre en 2003 au sein du GSPC sur les objectifs entre le fondateur Hattab et sa « jeune garde ». Ce nouveau courant sous l’inspiration d’Abdelmalek Droukdal  alias Abou Moussab Abdelwadoud  prône une « internalisation » des actions de la mouvance et en prend les commandes.

Cette volonté d’étendre l’influence du GSPC au delà des frontières algériennes se traduit par l’attaque de la caserne de Lemgheity[9] en Mauritanie en juin 2005 et l’envoi de combattants dans le bourbier irakien. Le GSPC cherche à se rapprocher d’Al Qaida qui occupe le devant de l’actualité mondiale depuis les attentats de New York.

Le 11 septembre 2006, le numéro 2 d’Al Qaida, l’égyptien Ayman Al Zawahiri, annonce officiellement l’intégration du GSPC dans Al Qaida. En effet, le GSPC a fait allégeance au leader d’Al Qaida, Oussama Ben Laden.   En janvier 2007, le GSPC change d’appellation et devient désormais Al Qaida au Maghreb Islamique, ce « label » lui procure une plus grande visibilité dans les médias. Selon l’ancien Ministre des Affaires Etrangères mauritanien Mohammad-Mahmoud Ould Mohamedou[10] ,  « AQMI est la seule des différentes branches d’Al Qaida al oum (Al Qaida mère) qui soit un rattachement d’un groupe préexistant, alors que toutes les autres variantes, aussi indépendantes soient-elles, avaient été créées directement par Al Qaida elle-même ; en Irak, dans la péninsule arabique, en Afghanistan, au Pakistan et également dans le cas de l’organisation secrète qui avait réclamé la responsabilité des attentats de Madrid en mars 2004 et de Londres en juillet 2005. D’autres organisations islamistes ont exprimé leur solidarité avec Al Qaida mais n’ont pas nécessairement cherché à y être formellement rattachées. C’est ainsi le cas du groupe libanais Fatah Al Islam et des milices Al Shabaab[11] en Somalie ». Aqmi compterait dans ses rangs plus de 500 hommes[12] déployés entre l’Algérie, dans les Brigades du Sahara et au nord du Mali. Le recrutement de combattants est facilité par les conditions de vie difficile des populations dans cette zone. Aqmi dispose d’une puissance financière qui lui permet d’intervenir dans le domaine social et attirer les jeunes désœuvrés. La situation de délitement que connait actuellement l’espace sahélo saharienne a favorisé une plus grande autonomie au sein de la mouvance islamiste. Mokhtar Belmokhtar[13] et Abdelhamid Abou Zeid ont obtenu une plus grande notoriété avec leurs « katibas » (brigades) tandis que la direction de l’organisation et son chef Droukdel  sont basés en Kabylie (Algérie).

Le Mouvement pour l’unicité du jihad en Afrique de l’ouest (Mujao), une dissidence d’Aqmi

Apparu en décembre 2011, le Mouvement pour l’unicité du jihad en Afrique de l’ouest (MUJAO) est présenté comme une « émanation » d’Aqmi. Il est dirigé par le Mauritanien Hamada Ould Mohamed Kheirou alias alias Abou Qumqum. L’objectif principal de Mujao est l’établissement de la charia dans toute l’Afrique de l’ouest avec une pratique « rigoriste » de l’islam. Mouvement mystérieux, Mujao a revendiqué la prise d’otages du 23 octobre 2011 d’humanitaires occidentaux (2 espagnols et une italienne) à Tindouf, et l’attentat suicide en mars 2012 perpétré contre le siège du groupement de la wilaya de Tamanrasset de la Gendarmerie Nationale à 1800 km d’Alger. Il semblerait que le Gouvernement algérien soit la cible privilégiée de la mouvance même si son nom indique une volonté d’agir en Afrique de l’Ouest. Le Mujao, composé de jeunes combattants mauritaniens, de maliens et sahraouis a profité de la crise malienne pour renforcer sa présence dans le nord du Mali. En quelques mois, ce groupe islamiste a démontré une capacité d’actions dans la région.  Le vaste plateau désertique allant de Tessalit (à l’extrême nord du Mali) jusqu’à Gao constituerait  leur fief.

Boko Haram, les « talibans nigérians »

Le Nigéria est un « géant » d’Afrique avec ses 160 millions d’habitants[14] et sa place de deuxième économie du continent. Ces derniers mois le pays est secoué par une vague d’attentats terroristes perpétrée par les islamistes de Boko Haram. La secte nigériane a été fondée en 2002 à Maïduguri dans le nord du Nigéria par un groupe de fidèles réuni autour du jeune prêcheur, Mohammed Yusuf. Selon certains analystes[15], les origines de la mouvance islamiste remontent à l’année 1995. Le terme « Boko Haram »  provient de l’haoussa et de l’arabe et signifie « l’’enseignement occidental est un péché ». La secte islamiste communément appelé Boko Haram s’est donné comme nom “Jama’atul Alhul Sunnah Lidda’wati wal Jihad”[16] .Certains membres de la secte faisaient partie d’un mouvement islamiste apparu dans les années 80 à Kano autour du prêcheur camerounais Mallam Muhammadu Marwa surnommé « Maitatsine[17] ». Le fondateur de Boko Haram Mohammed Yusuf a étudié le Coran au cours de séjours au Tchad et au Niger.

L’Objectif principal de la secte est le renversement du gouvernement nigérian et l’application de la charia sur l’ensemble du territoire[18]. Le mouvement islamiste a pour cible le Gouvernement Nigérian, les populations chrétiennes et les forces de l’ordre.

En décembre 2003, Boko Haram s’illustre pour la première fois dans l’Etat de Yobe avec les attaques de postes de police et des bâtiments publics dans les villes de Geiam et Kanamma.  Les « talibans » de Boko Haram comme ils se définissent eux mêmes sont issus des couches désœuvrées de la société. Ces jeunes sont séduits par le discours islamiste de Boko Haram. Il semble difficile de connaitre le nombre précis de combattants mais les chiffres tourneraient autour de 280 000 personnes[19] dont 300 permanents, répartis entre le nord du Nigéria, le Niger (Zinder, Maradi et Diffa) et le Tchad.

En 2009, suite aux attaques répétées contre les institutions de l’Etat dans le nord, les forces de sécurité nigérianes passent à l’offensive. Plus de 700 combattants de Boko Haram seront tués parmi eux, leur chef Mohammed Yusuf.  Il est remplacé par Mallam Umaru Sanni. Au cours de l’année 2011, un climat de violence permanent s’installe à nouveau dans les Etats du nord du pays. Dans l’intervalle, Boko Haram se serait divisé en plusieurs branches. L’ex-numéro deux du mouvement, l’imam Abubakar Shekau est un des chefs les plus connus actuellement.

Modes opératoires des groupes terroristes

La menace terroriste dans l’espace ouest africain a des formes multiples. Aqmi et Mujao ont sensiblement le même mode opératoire et Boko Haram est plutôt sur le registre de la terreur avec des attaques d’une extrême violence sur le sol nigérian. Au cours de ces dernières années, Aqmi a développé différents modes opératoires sur l’ensemble de la région relayés dans les médias occidentaux. Les deux modes opératoires les plus utilisés ces dernières années par les réseaux terroristes sont les attentats et l’enlèvement d’otages au sahel.

L’attentat suicide, acte terroriste « par excellence » fut utilisé à plusieurs reprises par la mouvance algérienne. En Avril 2007, plusieurs attentats suicide ont été commis en Algérie[20] et au Maroc dans la même période. Aqmi a utilisé le même procédé le 11 décembre 2007[21] à Alger contre le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). L’organisation s’illustre à nouveau avec le même mode opératoire en aout 2009 en Mauritanie contre l’Ambassade de France[22].

En Aout 2011, Aqmi a revendiqué le double attentat suicide qui a fait 18 morts à l’Académie militaire de Cherchell, en Algérie. En effet, Deux kamikazes, dont l’un à moto, se sont fait exploser  à quelques secondes d’intervalle devant l’entrée du mess des officiers de cette école militaire[23].

Le 3 Mars 2012, la mouvance dissidente d’Aqmi, le Mujao a eu recours à l’attentat suicide à la voiture piégée contre la brigade de gendarmerie de Tamanrasset (1.970 km au sud d’Alger). Cette attaque à fait 24 blessés, parmi lesquels 14 civils.

La mouvance islamiste nigériane semble adopter ce même mode opératoire. En effet, Boko Haram a commis une série d’actes terroristes au nord du Nigéria sous plusieurs formes (attentats suicide, attaques à main armée, braquages). Il a revendiqué le 3 juin 2012 l’attentat-suicide contre une église dans le quartier de Yelwa à Bauchi, au nord-est du Nigeria. Le bilan fut de quinze morts et une quarantaine de blessés. Boko Haram multiplie depuis plusieurs mois les actes terroristes contre des cibles variées notamment les symboles du pouvoir (police, armée, hommes politiques) et les églises. En janvier dernier, la secte avait lancé une série d’attaques coordonnées spectaculaires dans la ville de Kano, visant principalement des commissariats et faisant au moins 185 morts. La mouvance nigériane a toujours pris pour cible l’Etat et la population nigériane.

Il semblerait que la date 26 Aout 2011[24] soit un tournant dans la stratégie de Boko Haram. En choisissant de frapper le bureau de la représentation des Nations unies à Abuja, la mouvance a voulu « internationaliser » son combat. Avant cette date, la secte ne s’était jamais attaquée à une cible étrangère. Doit-on pour autant conclure que Boko Haram a franchi un palier et s’inscrit dans la lignée d’Aqmi avec une perspective régionale ? La secte islamiste n’a pas récidivé et il semble trop tôt pour tirer des conclusions hâtives. Pour l’heure, Boko Haram continue d’étendre son action au delà du nord du Nigéria et l’attaque de l’église catholique de Madalla, près d’Abuja le 24 décembre 2011 en est une parfaite illustration. Cet attentat a fait au moins 35 morts à la fin de la messe de Noël. A la mi-janvier, Human Rights Watch avait calculé que Boko Haram avait tué 935 personnes au Nigeria depuis la reprise de ses actions militaires, en 2009.

L’utilisation de « l’attentat » révèle une volonté de créer un climat d’insécurité chez « le supposé ennemi » des mouvances islamistes. Dans « cette nouvelle ère du tout technologique » un attentat est relayé dans les premières minutes dans les médias du monde. Les attentats du 11 Septembre et surtout les images des avions percutant le World Trade Center ont laissé une trace indélébile dans la mémoire collective.

« Internet » est devenu un outil de propagande pour les groupes islamistes. Il apparait un phénomène de « médiatisation » des chefs terroristes qui mettent en scène leur message de revendication après un attentat. L’ex leader d’Al Qaida Ben Laden avait ouvert la « brèche » de l’ère médiatique des chefs islamistes pour véhiculer son message.

L’autre procédé très prisé par les groupes islamistes dans la région est l’enlèvement.  En 2003 déjà, Aqmi (Ex GSPC)  s’était illustré avec l’enlèvement 32 touristes européens dans le sud algérien. Parmi ces touristes, une allemande perdra la vie durant la détention des suites d’une insolation. Les derniers otages sont libérés en août 2003 au Mali, où ils avaient été transférés. En février 2008, Aqmi procède à l’enlèvement de deux touristes autrichiens. Ils seront libérés le 31 octobre 2008 au Mali. En janvier 2009,  quatre touristes européens sont enlevés. Trois seront libérés au Mali (le 22 avril et le 12 juillet 2009) et la britannique Edwin Dyer sera exécuté le 31 mai 2009. Le 26 novembre 2009, l’humanitaire français Pierre Camatte est enlevé au Mali, à Ménaka. Il sera libéré le 23 février 2010. Le Mali est devenue pour Aqmi une zone de captivité pour les otages enlevés au sahel.

AQMI détiendrait actuellement neuf otages européens dont six français, un suédois, un néerlandais et un britannique. Depuis 2007, il aurait procédé à l’enlèvement de plus de 80 personnes. La mouvance islamiste commencerait à modifier sa stratégie, en s’aventurant en-dehors de ses lieux habituels vers des régions moins suspectes, plus proches de la frontière avec le Burkina Faso.

Le Mojao s’est inscrit sur la même trajectoire qu’Aqmi avec l’enlèvement du Consul d’Algérie et ses six collaborateurs le 5 avril 2012  à Gao.  L’enlèvement des sept Algériens a eu lieu quelques jours après la « chute du Nord du Mali » tombé aux mains de divers groupes armés dont le Mujao, Ansar Dine, Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et le Mouvement national de libération de l’Azawad.  A la différence de Mujao et Aqmi, Boko Haram n’est pas sur le registre de l’enlèvement d’otages.

L’enlèvement d’otages présente « deux intérêts » pour les groupes islamistes tels que le Mujao et Aqmi. Il permet de négocier la libération de détenus qui sont actuellement dans les prisons algériennes mais aussi le paiement de rançons. Ce que Serge Daniel[25] appelle « l’industrie de l’enlèvement » est devenu aujourd’hui l’activité la plus lucrative pour ces groupes terroristes. Mujao réclamait à l’Algérie la libération d’islamistes détenus sur son territoire, en plus d’une rançon de près de 20 million de dollars moyennant la libération du Consul et ses collaborateurs. Le mouvement avait formulé une demande de  rançon de près de 40 millions de dollars et la libération de deux Sahraouis arrêtés par la Mauritanie en échange d’une espagnole et d’une italienne humanitaires enlevés le 23 octobre 2011 à Tindouf dans l’Ouest de l’Algérie. En 2011, Aqmi demandait à la France pour la libération de quatre otages enlevés le 16 septembre 2010 à Arlit sur un site d’extraction d’uranium dans le nord du Niger la somme faramineuse de 90 millions d’euros. Le paiement des rançons des premiers otages au sahel par les occidentaux a modifié considérablement le rapport de force. En effet, les groupes terroristes en n’ont fait un moyen de pression et un outil de propagande.

Selon Serge Daniel, « Les prises d’otages sont une vraie manne financière pour les salafistes. Il n’y a qu’à voir les montants des rançons : les Espagnols ont versé entre 8 et 15 millions d’euros pour la libération de leurs ressortissants, l’Italie 3,5 millions, l’Autriche entre 1,5 et 3 millions ». Il estime la fortune de la mouvance algérienne aujourd’hui à 200 millions d’euros.

Cela nous amène à nous poser la question suivante. Que reste t’il de l’idéologie face à des pratiques qui relèvent plus de la criminalité que du « djihadisme » ?  Est-on toujours dans le « terrorisme idéologique » ou dans une nouvelle forme de « banditisme organisé » ? Il semble que le quotidien de ces groupes islamistes est plus devenu celui de réseaux criminels  portés sur le rapt, le blanchiment d’argent[26], le trafic de cigarettes, d’armes légères, d’essence, de drogue et les filières d’immigration clandestine.

Existe-t-il une menace terroriste sur le transport aérien en Afrique de l’Ouest ?

Les attentats du 11 Septembre 2001 ont marqué fondamentalement le début de la lutte internationale contre le terrorisme. Ils ont constitué le degré le plus élevé en termes d’impact d’un acte terroriste dans la mémoire collective. En effet, cet événement a bouleversé la donne d’un point de vue sécuritaire avec l’intensité des attentats sur le sol américain. Aujourd’hui encore, la planification minutieuse de ces actes qui ont touché le pays supposé être le plus puissant du globe soulève de nombreuses questions. Si les Etats Unis avec toute leur « puissance technologique » et leur arsenal militaire n’ont pas déjoué cette attaque, la tache s’annonce alors difficile pour les pays d’Afrique de l’Ouest. Il ne s’agit pas de dire qu’une menace terroriste sur le transport aérien est en cours de préparation en Afrique de l’Ouest mais plutôt d’en évoquer les liens.

Il faut rappeler qu’en 2011, la secte islamiste Boko Haram  menaçait de prendre pour cible l’aéroport de Lagos.  Il existe plusieurs formes de menaces terroristes sur le transport aérien même si « l’avion suicide type 11 Septembre 2001» est le plus connu. Nous avons aussi le « détournement d’avion avec prise d’otages » et enfin «  le sabotage et la destruction en vol de l’appareil ».  Concernant ce dernier point l’Afrique a connu le 28 novembre 2002,  l’épisode  de la tentative de destruction d’un Boeing israélien à Mombassa au Kenya. En effet, le double tir manqué de missiles SA-7 sur le Boeing 757 israélien de la compagnie Arkia fut imputé aux milices Shebab.  En 2007, la milice Shebab récidive successivement le 9 mars en prenant pour cible à l’aide d’une lance roquette un avion cargo[27] (Iliouchine 2-76) en phase d’atterrissage à l’aéroport de  Mogadiscio.

Le 23 Mars, le même groupe terroriste abat le même type d’avion cargo en utilisant un missile antiaérien à l’aéroport de Mogadiscio[28] et causera la mort d’européens.

La circulation des missiles sol-air SA-7 (de fabrication soviétique) au Mali et des MANPADS (Man Portable Air Defense System, missiles portatifs sol-air), dont le nombre s’élèverait à 20 000[29] selon l’Africom, fait naitre des inquiétudes sur le transport aérien en Afrique de l’Ouest. En effet, il ne fait nul doute que les groupes terroristes présents au sahel disposent de la logistique pour menacer les appareils locaux et occidentaux. Les états doivent accroitre leur niveau de vigilance quant à une éventuelle menace sur le transport aérien. Même si au regard des différentes actions menées dans la région depuis plusieurs années, Boko Haram et surtout Aqmi n’ont jamais pris pour cible le transport aérien. Dans la gradation de la menace, l’attentat contre le transport aérien constitue « un coup d’éclat » pour les terroristes. L’objectif recherché n’est pas nécessairement d’atteindre la cible désignée dans un attentat mais créer les conditions d’une crainte généralisée.  A ce sujet le 29 Juin 2012, le Mujao a menacé de s’attaquer aux Etats qui composeraient une future force militaire d’intervention au nord du Mali. Cette menace devrait interpeller les états à une plus grande surveillance sur tout ce qui relève du transport aérien.

Vers une « grande alliance des terroristes islamistes» en Afrique de l’Ouest?

Au regard de la montée islamiste dans l’espace sahélo saharien depuis quelques années, il convient de s’interroger sur une possible « connexion » voire une « alliance » entre ces groupes terroristes. L’instabilité politique à Bamako et l’insécurité au Nord du Mali a accéléré cette « mainmise territoriale » des groupes islamistes au coté du Mouvement National pour la Libération de l’Azawad (MNLA). Il ne fait aucun doute que l’agenda islamiste d’Ansar Dine est plus en phase avec celui de Mujao ou d’Aqmi  que la revendication indépendantiste du MNLA[30]. En mai dernier il est fait  état d’une rencontre à Tombouctou[31] à laquelle a participé Aqmi, Mujao et Ansar dine. Elle avait pour but de « consolider » leurs relations et leur emprise sur la région. L’Algérien Nabil Makloufi, coordinateur des katiba d’Aqmi au Sahel, Abou Zeid et Mokhtar Belmokhtar  ont pris part à cette rencontre[32] au coté du chef du Mujao. On prête à Aqmi et à son chef Abdelmalek Droukdel, l’ambition d’instituer un « Etat islamique » dans la région ce qui pourrait rencontrer l’assentiment de Mujao et Ansar Dine.

La relation entre la secte islamiste Boko Haram et les autres mouvances islamistes semble plus difficile à établir. En effet, Boko Haram a cantonné toutes ses attaques sur le territoire nigérian. Cependant, les Etats Unis par la voix du Général Carter Ham[33], le Commandant de la mission « Africa Command » a révélé que « les liens entre Aqmi et Boko Haram sont très probablement les plus inquiétants dans la mesure où les informations que nous avons indiquent qu’ils partageraient des ressources monétaires, s’entraineraient ensemble et s’échangeraient des matériaux explosifs ce qui peut être très dangereux[34] ». Les représentants de la mission des Nations Unis au sahel ont également fait état de liens entre Boko Haram  et AQMI. Leur rapport[35] indique que certains des membres de la mouvance islamiste basés Nigéria et du Tchad avaient été formés dans les camps de l’AQMI au Mali pendant l’été 2011.  « Sept membres de l’organisation auraient été arrêtés au Niger, alors qu’ils se rendaient au Mali, en possession de documents sur la fabrication d’explosifs, de tracts  de propagande ainsi que de noms et de coordonnées[36] de membres de l’AQMI qu’ils projetaient, semble-t-il, de rencontrer[37] ». Le Président nigérien Mahamadou Issoufou a même évoqué l’installation de camps d’entrainement de Boko Haram à Gao.

Boko Haram semble avoir tissé des liens avec Aqmi, ce rapprochement expliquerait le « saut technique » opéré par ses membres dans l’organisation des récents attentats-suicides. En effet, la « sophistication » des dernières attaques et les similitudes dans les modes opératoires avec Aqmi, font penser qu’il y’a eu un « transfert de savoir ». Cependant, irait-on jusqu’à affirmer que les deux organisations ont noué une alliance alors que les objectifs poursuivis sont opposés ? Aqmi s’inscrit dans une perspective régionale alors que Boko Haram jusqu’ici a mène un combat national.

Le professeur James Forest[38] estime plutôt qu’ « Aqmi a longtemps cherché un groupe affilié en Afrique de l’Ouest, et de préférence au Nigeria. Bien qu’on distingue des tentatives avec Boko Haram, rien n’indique que cela ait eu du succès. Mais il y a quelques relations personnelles entre AQMI et Boko Haram qui ont facilité des échanges d’armes et de renseignements ; ceux-ci ont été accompagnés de quelques déclarations publiques de coopération au niveau de leurs organisations. »

Se dirige t-on vers une « grande alliance du terrorisme djihadiste» en Afrique de l’Ouest? Il semble difficile de répondre à cette question pour l’heure, il serait plus judicieux de parler de « mutualisation » des forces. A cet effet, il semblerait que l’enlèvement des deux jeunes Français[39] à Niamey en 2011 avait été organisé grâce à des renseignements fournis par un membre de Boko Haram présent dans la capitale nigérienne. Une « alliance djihadiste » en Afrique de l’ouest serait lourde de danger pour la stabilité d’une région déjà en proie à toutes les formes de fragilité institutionnelles.

Quelle stratégie pour enrayer le phénomène terroriste en Afrique de l’Ouest ? 

La menace terroriste prend de l’ampleur dans la région et déstabilise surtout des pays comme le Mali et le Nigéria. Une véritable stratégie pour enrayer le phénomène a tardé à se dessiner au niveau des pays concernés et sur le plan régional ces dernières années. Le nord du Mali est devenu le « sanctuaire » des groupes islamistes qui y développent leurs activités sous le regard impuissant des « pays du champ ». La crise libyenne[40] a participé à l’exacerbation de la situation avec une prolifération d’armes dans la région.

L’autre facteur déstabilisant est le retour au Mali et au Niger des combattants (mercenaires et anciens touaregs[41]) issus des rangs de l’armée régulière libyenne. La crainte d’une jonction entre Aqmi et ces combattants lourdement armés venus de Libye pèse sur la région. Mais l’élément le plus inquiétant est la circulation des armes corroboré par la déclaration du Ministre algérien Abdelkader Messahel[42] qui affirma que « des pans entiers des arsenaux libyens ont été transférés vers l’Algérie et les pays de la bande sahélienne[43]». La France dans sa volonté de faire plier Kadhafi en soutenant le Conseil National de Transition (CNT) avait procédé au parachutage d’armes[44] à l’Ouest de la Libye. Le constat est indéniable, le sahel est devenu un « dépôt d’armement à ciel ouvert » et les groupes terroristes pourront se ravitailler sans aucune difficulté. Le Rapport de la mission d’évaluation des incidences  de la crise libyenne sur la région du Sahel des Nations Unies de 2011 confirme cette inquiétude sur la présence massive d’armes[45].

Certaines voix sont montées au créneau pour fustiger le « laxisme » du Gouvernant malien sur  ce qui couvait au nord. La liberté de mouvement des groupes islamistes au nord a soulevé de nombreuses interrogations sur l’attitude de l’Etat malien. En effet, Il a été reproché au Président Toumani Touré l’absence d’une véritable volonté politique pour juguler cette menace. En proie à une rébellion touareg et disposant de moyens limités, pouvait-il se permettre de faire face à Aqmi. De plus, des officiers maliens auraient été en contact direct avec les groupes islamistes, leur facilitant les trafics en tout genre dans cette partie du pays. Selon Ahmadou Ould Abdallah[46]  « il n’y aurait pas d’AQMI dans la région sans complicités avec les services de renseignement et de sécurité, et avec des responsables des douanes.  Ces complicités s’étendraient partout, notamment en Algérie, mais aussi au Mali. A Gao, dans le nord du pays, un quartier où s’érigeaient de luxueuses villas a été surnommé… « Cocaïne City » ».

Le tableau du sahel ainsi présenté, il semble difficile de trouver une solution rapide pouvant mettre fin aux agissements des groupes islamistes. De nombreuses initiatives ont été mises en place dans la région pour lutter contre la menace terroriste. En 2011,  l’Union européenne a présenté  sa stratégie concernant la sécurité et le développement au Sahel.  Avec cette initiative au Sahel, l’UE entend aider des pays comme la Mauritanie à un meilleur contrôle de ses frontières.  En outre, la stratégie de l’Union Européenne s’articule sur la bonne gouvernance, le développement économique et la résolution des conflits. Elle encourage les Etats partenaires à renforcer leur sécurité et le respect de la loi, tout en luttant contre l’extrémisme et le radicalisme.

Les « pays du champ » semblent vouloir renforcer leur coopération[47] en matière de lutte contre le terrorisme mais font face à l’extrême mobilité des mouvements islamistes. Seule une réponse  globale face à la menace peut enregistrer des résultants probants. « Une lutte efficace contre le terrorisme, passe non seulement par une détermination individuelle de chaque Etat, mais aussi et surtout, par une politique sécuritaire commune au plan international et sous régional » affirmait Soumeylou Boubèye Maïga[48]. L’Algérie une puissance régionale, est fréquemment accusée de fermer les yeux sur les agissements des groupes islamistes issus de ses « flancs ». L’Algérie s’est refusée jusqu’ici à une intervention militaire au-delà de ses frontières.  Ce manque d’implication d’Alger dans la coopération pour annihiler les actions des groupes terroristes est déploré par les partenaires. En Novembre 2011, Le chef d’état-major de l’armée algérienne Gaïd Salah  donnait des gages sur l’implication de son pays en ces termes. « La situation sécuritaire dans la région constitue un défi face auquel il nous appartient de redoubler d’efforts à travers une coopération plus étroite au sein du Comité d’état-major opérationnel conjoint afin de juguler tout risque et facteurs d’insécurité et poursuivre notre dynamique dans le but d’éradiquer le terrorisme et ses connexions ».

Depuis quelques semaines, l’Union Africaine[49] et la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) souhaitent une intervention au Mali d’une force africaine sous l’égide des Nations Unies.  Le Conseil de Sécurité à New York s’est montré plutôt réticent sur la proposition africaine demandant plus de gages sur la portée d’une telle opération. On note un certain « empressement » à vouloir en découdre avec les groupes islamistes au nord du Mali. L’ancien Ministre d’ATT Maïga indique « qu’il faut démonter la logique des dijhadistes d’Ansar Dine et d’Aqmi, et signifier à leurs membres que le Mali ne peut plus être, comme ils pensent, une terre de combat[50] ».  Le risque principal d’une telle intervention au nord du Mali serait le rassemblement de tous les groupes islamistes. Ils pourraient constituer une armée pour faire face à cette force internationale. Dans un tel scénario, quelle serait la position du MNLA ? Quel camp le mouvement indépendantiste va-t-il soutenir ? Quelle serait la durée d’une telle intervention et quel va être le rôle de l’armée malienne? Autant de questions qui méritent d’être soulevées dans l’optique d’une intervention au Nord du Mali.

Dans toute crise ou situation de conflit, intervient le temps de la négociation. La situation au nord du Mali ne dérogera pas à cette règle. Une intervention militaire n’est pas forcément un gage de succès tout au plus elle réduira l’influence dans le temps des groupes terroristes. Elle permettra sans doute à l’Etat malien de reconquérir le nord mais l’éradication du phénomène islamiste parait plus complexe. Nous sommes en présence de groupuscules répartis dans une zone immense, ce qui rend plus difficile la confrontation.

Le cas du Nigéria semblait offrir plus de  perspectives en termes de  résolution du conflit qui l’oppose à Boko Haram. Le Gouvernement  a appelé la secte islamiste à une table des négociations mais Boko Haram serait fragmenté en plusieurs cellules qui n’obéissent pas une hiérarchie. Cette situation rend complexe une négociation avec Boko Haram et la fin des attentats sur le sol nigérian.  Les Etats-Unis ont placé le chef de la secte Boko Haram, Abubakar Muhammad Shekau, et deux autres dirigeants sur leur liste noire antiterroriste[51]. Cependant Boko Haram  ne figure pas sur la liste des organisations terroristes des américains. Cette précision est de tailler car elle permet au Gouvernement nigérian d’avoir comme interlocuteur le groupe islamiste et d’entrevoir des négociations.

L’Afrique de l’Ouest, d’ordinaire instable est confrontée aujourd’hui à la menace terroriste. Les événements qui se déroulent actuellement au Nord du Mali et au Nigéria font de cette partie du continent la nouvelle destination des combattants djihadistes. Le Président nigérien dans un entretien avec la chaine France 24[52] confirmait la présence d’Afghans et de Pakistanais au nord du Mali. Ces derniers serviraient de formateurs aux personnes recrutées dans les différents pays de l’Afrique de l’Ouest. La nécessité d’une intervention internationale est agitée dans les rencontres africaines mais serait elle gage de succès ?

Il ne s’agit pas d’un « ennemi conventionnel » mais d’une mosaïque de fractions islamistes très organisées et mobiles. La stratégie des pays africains et de l’ONU devra pendre en compte toutes ces spécificités sans courir le risque de déstabiliser davantage la région comme ce fut le cas en Libye.

Babacar NDIAYE,  le 09 Juillet 2012


[1] Les quatre pays dits « du champ » sahélien sont l’Algérie, le Mali, la Mauritanie et le Niger.  Associés contre la menace terroriste, ils ont mis en place le Comité d’État-major Opérationnel Conjoint dont le  quartier général situé dans le sud de l’Algérie, à Tamanrasset a été  inauguré le 21 avril, 2010.

[2] Rapport de la mission d’évaluation des incidences  de la crise libyenne sur la région du Sahel. http://daccess-dds-ny.un.org/doc/UNDOC/GEN/N12/208/64/PDF/N1220864.pdf?OpenElement

[3] Entre 2004 et 2010, les chiffres les plus conservateurs estiment à 50 tonnes la quantité de cocaïne traitée qui aura transité par le Sahel. « Le Sahel plaque tournante du trafic de la drogue » http://www.latribune-online.com/suplements/cahiers_du_week-end/69385.html

[4] Ansar Dine (Défenseur de l’Islam) est la mouvance islamiste très active au nord du Mali d’ Iyad Ag Ghali, ancien chef de la rébellion touareg de 1991. Il a annoncé le 10 décembre 2011 la création de son mouvement djihadiste qui prône l’instauration de la Charia sur le territoire malien. Le Rapport de la mission d’évaluation des incidences de la crise libyenne sur la région du Sahel des Nations Unies de 2011 le mentionne comme un « groupe terroriste».Cependant, aucun enlèvement ni attentat lui a été imputé pour l’heure. Ansar Dine serait proche d’Aqmi.  La médiation d’Iyad Ag Ghali avait permis la libération des 32 touristes enlevés en 2003 par Al Qaida (Ex GSPC).

[5] Ramtane Lamamra, éditorial de l’African journal for the prevention and combating terrorism, Centre africain d’Etudes et de Recherche sur le terrorisme Union Africaine, Alger, Juin 2010, pp 14

[6] La géopolitique des populations du Sahel, Gérard-François DUMONT*, le 7 avril 2010 http://www.diploweb.com/La-geopolitique-des-populations-du.html

[7] « Sécurité, gouvernance et lutte contre le terrorisme dans l’espace sahélo-sahélien ». Contribution de l’Organisation International de la Francophonie lors de la rencontre spéciale du comité contre le terrorisme avec les organisations internationales, régionales et sub régionales sur la prévention contre le terrorisme  du 19 au  21 Avril en France 2011

[8] Hassan Hattab, Nabil Sahraoui alias Abou Ibrahim Mustapha, Abou Omar Abd Al-Birr (responsable de la communication), Abdelaziz Abbi alias Abou Al-Hammam Okacha (conseiller militaire)

[9] Unité militaire installée au nord-est de la Mauritanie dans une région baptisée El Hank, non loin de l’Algérie et du Mali. Le bilan officiel  fait état de 15 morts, 2 disparus, 17 blessés ainsi que 9 morts dans le camp des assaillants. http://www.rfi.fr/actufr/articles/066/article_36653.asp

[10] Politologue et diplomate mauritanien. Professeur invité à l’Institut des Hautes Études Internationales à Genève où il enseigne sur le Moyen-Orient contemporain et sur l’histoire du terrorisme. Il est expert associé au Centre de Politiques de Sécurité de Genève. Précédemment Directeur Associé du Programme de Recherches sur les Conflits de l’Université Harvard à Boston. Auteur de Understanding Al Qaeda – The Transformation of War (2007) et Contre-Croisade – Origines et Conséquences du 11 Septembre (2004).

[11] Les milices islamiques al-Shabab (Parti de la jeunesse), dont le nom vient d’être changé en Imaarah Islamiya (l’autorité islamique), sont issues de l’Union des tribunaux islamiques somaliens qui ont dirigé le pays en 2006-2007. Les Shabab souhaitent l’établissement d’un Etat islamique qui appliquerait strictement la charia dans l’ensemble de la Corne de l’Afrique. Elles seraient actuellement en difficulté car elles combattent sur trois fronts différents. Au sud, les forces kenyanes, fortes de 2 000 combattants, ont progressé à l’intérieur du territoire somalien, s’emparant des localités de Fafadun et d’Eladeand ; au nord, ce sont quelques 5 000 Ethiopiens qui repoussent peu à peu les islamistes ; et dans le centre du pays, la mission africaine en Somalie (AMISOM) a repris le contrôle de la capitale Mogadiscio. NOTE D’ACTUALITÉ N°267, 22 Janviers 2012,  « SOMALIE : LES MILICES AL-SHABAB SUR LE DÉCLIN ? » Alain Rodier http://www.cf2r.org/fr/notes-actualite/somalie-les-milices-al-shabab-sur-le-declin.php

[12] Mathieu Guidère, professeur d’islamologie et de pensée arabe à l’université Toulouse-II, estime l’effectif des combattants d’AQMI à un millier. Mais il note surtout les importantes pertes du groupe (combattants tués, blessés, arrêtés ou repentis), qui atteindraient, selon ses calculs, 50% des effectifs chaque année, ce qui suppose un renouvellement constant des recrues, notamment pour les Brigades du Sahara. Entre 2007 et 2011, les pertes de cette mouvance auraient été de 500 à 600 hommes par an.

[13] Sa présence à Gao le 6 Avril 2012 avait été rapportée par l’AFP. « Mali – Mokhtar Belmokhtar, un des chefs d’Aqmi, est à Gao » http://www.lepoint.fr/monde/mali-mokhtar-belmokhtar-un-des-chefs-d-aqmi-est-a-gao-07-04-2012-1449402_24.php

[14] La population nigériane est composée  de Haoussa et l Fulani (29%), de Yorubas (21%), d’Ibos (18%), de Ijaw (10%), de Kanuri (4%), d’Ibibio (3,5%,) et les Tiv (3,5%).

[15] Freedom C. Onuoha, “The Islamist Challenge: Nigeria’s Boko Haram Crisis Explained,” African Security Review 19(2), p. 55.

[16]Peuple engagé dans la propagation de l’enseignement du Prophète et du jihad

[17] Isichei, Elizabeth (1987), “Assessment of the Maitatsine Religious Crisis 1980”,  Journal of Religions in Africa, Vol. xii.

[18] La charia est déjà appliquée  dans 12 États du nord du Nigéria

[19] Islamic Fundamentalism and Sectarian Violence: The “Maitatsine” and “Boko Haram” Crises in Northern Nigeria. N. D. DANJIBO Peace and Conflict Studies Programme, Institute of African Studies, University of Ibadan

[20] 11 avril 2007,  deux voitures piégées avaient explosé, l’une visant le Palais du gouvernement, l’autre un commissariat de banlieue. On avait dénombré au moins 30 morts et plus de 200 blessés. Attentats revendiqués par Aqmi

[21] Deux bombes ont explosé le 11 décembre à Alger, l’une visant notamment le bâtiment du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) qui regroupait le personnel des Nations Unies sur le terrain, ainsi qu’un bâtiment adjacent du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR). Le bilan est de  17 morts (13 hommes et 4 femmes). http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=15447&Cr=&Cr1=

[22] Attentat-suicide contre l’ambassade de France à Nouakchott,  deux gendarmes mobiles français blessés.

[24] Un attentat-suicide contre le bureau de la représentation des Nations unies à Abuja, au Nigeria, a eu lieu le vendredi 26 août vers 11h00, heure locale, faisant au moins 18 morts et une quarantaine de blessés. Selon la police, le kamikaze, qui a lancé sa voiture contre l’entrée de l’immeuble, serait mort dans l’explosion. http://www.rfi.fr/afrique/5min/20110826-explosion-une-bombe-bureau-nigerian-nations-unies-abuja

[25]Journaliste béninois installé au Mali depuis seize ans, Serge Daniel a publié chez Fayard « Aqmi l’industrie de l’enlèvement ». Ce livre est le résultat de quatre années d’enquête sur Al-Qaïda au Maghreb islamique.

[26] « L’interconnexion » entre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme en Afrique de l’ouest ». Babacar NDIAYE, Institut Afroacademy 19 Novembre 2009. http://www.afroacademy.com/?lien=51&&id=4

[27] L’avion de la Mission d l’Union Africaine en Somalie (AMISAM) touché partiellement a pu se poser.

[28] L’avion cargo avait à son bord des biélorusses. Le bilan fut de 11 morts

[29] La Libye disposait d’un stock de 20.000 missiles portatifs avant le début en février de la révolte qui a mis fin au régime de Kadhafi. Il s’agit essentiellement de SAM-7 acquis dans les années 1970 et 1980.

[30] violents affrontements entre le MNLA et les islamistes à Gao. 27 juin 2012 http://www.rfi.fr/afrique/20120627-mali-situation-chaotique-gao-mnla-ansar-dine-combats-islamistes

[32] L’Agence France Presse a évoqué des « sources concordantes » sur la présence des leaders d’Aqmi à cette rencontre.

[33] Il est en charge de la coordination des activités militaires américaines sur le continent africain. Une centaine d’hommes travaillent sous ses ordres pour effectuer des actions directes au sol allant de l’entrainement des armées africaines à l’envoi de drones pour lutter contre les shebabs en Somalie.

[34]Africa’s Islamist militants ‘co-ordinate efforts’. http://www.bbc.co.uk/news/world-africa-18592789

[35] Rapport de la mission d’évaluation des incidences  de la crise libyenne sur la région du Sahel  7-23 décembre 2011

[36] Les cartes SIM avec les numéros de téléphone satellitaire des chefs de plusieurs  katiba du sahara

[38] James JF Forest, Ph.D. is Director of Terrorism Studies and Associate Professor of Political Science at the United States Military Academy. He teaches undergraduate courses in terrorism, information warfare, African security and international relations, and directs the cadet education program for the Combating Terrorism Center at West Point. Dr. Forest was selected by the Center for American Progress and Foreign Policy Magazine as one of “100 of America’s most esteemed terrorism and national security experts”.

[39]Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) a revendiqué  l’enlèvement  de deux Français dans un restaurant de Niamey, « Le Toulousain » le 7 Janvier 2011. Les deux otages ont été tués près de la frontière Malienne. http://www.lexpress.fr/actualites/2/aqmi-revendique-l-enlevement-des-deux-francais-a-niamey_952187.html

[40] Mokhtar Belmokhtar, un chef d’Aqmi, avait en effet déclaré récemment que ses hommes avaient « été les plus grands bénéficiaires des révolutions dans le monde arabe », précisant que « pour ce qui est de l’acquisition, par nous, de l’armement en Libye, c’est une chose tout à fait normale ». http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20111117091041/

[41] La présence de Touaregs  dans l’armée libyenne s’explique par le lien étroit que le Colonel Kadhafi entretenait avec cette population qui l’a soutenu lors de sa prise du pouvoir en 1969. Kadhafi a promu des touaregs à de hautes responsabilités durant son « règne en Libye ».

[42] Ministre algérien délégué aux Affaires Maghrébines et Africaines

[43] « Aqmi : comment l’Algérie se protège des kamikazes ». Jeune Afrique. 5 Août 2011

[44] Le Figaro. « La France a parachuté des armes aux rebelles libyens ». 29 juin 2011. Le média français  évoque le parachutage de lance-roquettes, fusils d’assaut, mitrailleuses et missiles antichar Milan.

[45] Un grand nombre d’armes et de munitions provenant des stocks libyens sont entrées clandestinement dans la région malgré les mesures prises pour contrôler les frontières. Fonctionnaires nationaux et experts internationaux estiment qu’ont ainsi été introduits par contrebande des roquettes, des mitrailleuses équipées de viseur antiaérien, des fusils-mitrailleurs, des munitions, des grenades, des explosifs (Semtex) et des pièces d’artillerie antiaérienne légère (calibres légers bitubes) montées sur véhicules. Ils n’excluent pas en outre que des armes plus sophistiquées, comme des missiles sol-air ou des systèmes antiaériens portables, puissent être transférées dans la région, sans toutefois apporter la preuve que de telles armes sont présentes ou ont été retrouvées.

[46] Directeur du Centre pour les stratégies pour la sécurité Sahel Sahara

[47] La forêt de Wagadou, au nord-ouest du Mali, près de la frontière mauritanienne a été le théâtre d’une opération conjointe des armées mauritanienne et malienne, fin juin 2011 contre une base d’un groupe armé d’al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). L’endroit est aujourd’hui aux mains des militaires maliens. http://www.rfi.fr/afrique/20110718-base-malienne-aqmi-foret-wagadou-desertee

[48] Ancien Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération Internationale sous le Président Toumani Touré

[49] L’Union africaine souhaite une intervention au Mali sous mandat des Nations unies. http://www.souslemanguier.com/nouvelles/news.asp?id=10&idnews=37618&pays=240&rub=

[50] Soumeylou Boubeye Maiga : « La reconquête du Nord est un test pour l’armée malienne ». Jeune Afrique 27 Juin 2012

[52] Mahamadou Issoufou : «des Afghans et des Pakistanais dans le nord du Mali» http://www.rfi.fr/afrique/20120607-mahamadou-issoufou-nord-mali-afghans-pakistanais-niger