La volonté d’un Sénégal émergent : au-delà du discours (Partie 1)


article babacar

 

Un changement radical de mentalité

Le premier pas vers l’émergence est un changement de mentalité et de comportement.

Chaque Sénégalais à son niveau doit incarner cette soif de développement. Le premier levier sur lequel les nouvelles autorités porteuses du projet « Sénégal émergeant » devaient s’appuyer  est la dissémination d’une telle ambition. Si toutes les couches de la population ne sont pas suffisamment imprégnées des objectifs du plan et ne sont pas impliquées dans les processus de transformation, alors il ne s’agira que d’un vœu pieux.  La volonté de changement et de progrès  ne peut être portée que par une élite. Il ne s’agit pas d’étaler une liste d’infrastructures réalisées ou  d’agiter les chiffres de la croissance qui n’ont pas d’emprise réelle sur le vécu des populations. La question d’un nécessaire changement de mentalité des Sénégalais et de leurs rapports à la citoyenneté et au civisme ne peut plus être éludée. Le constat est alarmant et impose des actions concrètes.

Les gouvernants doivent agir sur le comportement des populations. Ils doivent constituer des modèles en toutes circonstances et être irréprochables dans la gestion du bien commun. Montesquieu disait que « le plus grand mal que fait un ministre n’est pas de ruiner son peuple, il y en a un autre mille fois plus dangereux : c’est le mauvais exemple qu’il donne ». Les années Wade ont parfaitement illustré cette perte des valeurs.   La parole donnée perdit sous sa gouvernance son caractère sacré. Le poète anglais Edmond Spenser disait que « l’amour est plus précieux que la vie ; l’honneur plus que l’argent : Mais plus précieux que tous deux, la parole donnée ». Les valeurs qui constituent le socle de nos sociétés tendent à disparaître au profit de la facilité.

Au soir du 25 mars 2012, le président Macky Sall avait l’occasion unique d’inviter les sénégalais à une véritable introspection. Chaque citoyen devrait s’interroger sur ses actes au quotidien et la portée qu’ils peuvent avoir sur la construction nationale. Les maîtres mots de cette nouvelle alternance devaient être la « discipline » et le « travail ».  Ce nouvel état d’esprit devait être reflété à tous les étages de la société. Le socle de l’émergence est le travail. Cette valeur  est proclamée à tous les niveaux de la société mais elle  n’est pas assez ancrée dans la mentalité sénégalaise. Ces dernières années, une nouvelle conception est apparue concernant l’argent. En effet, une idée répandue voulait que l’argent ne soit pas le fruit du travail mais plutôt le fait de ruses et de jeux de dupes.

Le président Macky Sall lors d’un séminaire de la mouvance présidentielle en 2014 relevait à juste titre la propension des Sénégalais à faire la fête en toutes circonstances et à ne pas travailler assez. Ce constat ne souffre d’aucune contestation.  Pourtant, il est fréquent de voir l’Etat mobilisé des milliers personnes pour des cérémonies en tous genres aux heures de travail. La sobriété tant proclamée par les tenants du pouvoir s’efface au profit de grande mobilisation pour des inaugurations. Lors des remaniements ministériels ou de changements de direction, on assiste à des spectacles navrants au moment des passations de service. Un folklore indescriptible entoure ces moments de solennités dans l’administration. « Le succès de la Malaisie c’est le travail » affirmait l’ancien premier ministre malaisien Mahathir Ibn Mohamed lors d’un colloque à Riyadh en janvier 2009.

La marche vers l’émergence nécessite un écosystème favorable et un ensemble de pré requis.  Aucun pays ne peut espérer atteindre des progrès significatifs sur le plan économique et social  sans une discipline marquée des différents segments de sa population. Au pays de la téranga, l’indiscipline est érigée en règle de conduite. Il suffit d’observer le comportement des sénégalais sur les routes. C’est sans doute l’exemple qui illustre le mieux le manque de discipline notoire des populations. Il est fréquent de voir  sur les artères de Dakar des gros camions transportant à ras bord des matériaux croisant des charretiers au détriment de l’automobiliste qui ne doit à sa survie qu’à une vigilance de tous les instants. Certains piétons prennent des risques inconsidérés tous les jours en traversant  des autoroutes. Ce type de «spectacle» est devenu banal et revêt même une forme de normalité. Les accidents se multiplient sur les routes de Dakar et du Sénégal.

L’autre spectacle le plus navrant est la désinvolture avec laquelle les Sénégalais jettent dans les rues les sachets ou papiers après utilisation. Pour certains, la seule règle qui prévaut dans les espaces publics c’est qu’il n’y a pas de règles. Avec un tel niveau d’insouciance de la préservation de son cadre de vie, il est difficile d’envisager un quelconque changement dans des villes insalubres.

Une prise de conscience est nécessaire à tous les niveaux de la population. La volonté de changer les choses doit être le plus puissant ciment  de notre nation et cela commence par une remise en question de nos mauvaises habitudes. A l’image de pays asiatiques comme Hong Kong ou les dirigeants ont su changer les mentalités et créer des réflexes de « haine » contre la corruption, nous devons refuser de relativiser les faits d’indiscipline et d’incivisme. Chaque Sénégalais doit être l’artisan  de ce changement. Nous ne devons plus nous contenter de cette situation de fatalité et le discours ambiant que consiste à nous faire croire que le changement est une utopie. Posons les actes.

Babacar NDIAYE, le 31 aôut 2016